L’exclusivité, c'est justement pour empêcher qu’un concurrent vienne sur le dossier pendant les négo.
L'acheteur veut sécuriser pendant un certain temps sans parler des frais engagés
“ça ne se bouscule pas au portillon” c'est invérifiable
Les discussions sont rarement publiques et l'intervention politique encore moins
Non ça ne sert pas qu'à ça. Et comme je le disais, l'entrée en négociations exclusives c'est le standard dans ce type d'opérations, ça ne signifie strictement rien.
C'est totalement vérifiable au contraire. Encore une fois alors que Patrick Drahi a envoyé le signal à tout le monde, les opérateurs étrangers ou des fonds d'investissement auraient pu faire des offres bien avant la première du trio. Ce qui n'a pas été le cas. De même entre le rejet de la première offre le 14 octobre et l'entrée en négociations exclusives le 17 avril, soit six mois, un temps suffisamment long pour en faire une, il ne s'est rien passé. La période de vérification diligente (« due diligence ») entre janvier et fin février n'empêchait rien non plus.
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu d'autres marques d'intérêt mais que ce n'était pas suffisamment intéressant et pertinent pour aller jusqu'à faire une offre. Et cela s'explique pour plusieurs raisons. Le marché français est mature, il y a peu de croissance à en attendre. Il suffit de voir les chiffres de recrutement ces derniers trimestres. Le taux d'équipement en mobile et en fixe (ce dernier étant plus visqueux par ailleurs) est très élevé. De plus, le marché français est ultra concurrentiel avec des prix parmi les plus bas de l'OCDE. Les remonter pour améliorer la marge et les dividendes est une gageure, malgré les tentatives de Bouygues Telecom à coup d'options imposées et de Free avec son forfait mobile à 29,99 euros pour monter l'ABPU. Sans compter la dette abyssale de SFR, mais aussi les créanciers qui « imposent » le prix à Drahi pour la vente. Sans compter également l'actif stratégique qu'est un opérateur télécom et donc les contraintes vis-à-vis de l'État (même si ce sont pas les pires à satisfaire en réalité). Sans compter enfin le changement de doctrine sur les concentrations à la Commission européenne.
Ces principales raisons mises bout à bout expliquent pourquoi ça ne se bouscule pas au portillon. Le jeu n'en vaut pas la chandelle dans les conditions actuelles.
SFR dégage environ 1 milliard d'euros par an. Avec un coût de rachat de 20 milliards, le retour sur investissement est de 20 ans.
Aucun investisseur purement financier.
SFR est un opérateur purement franco-français ; son rachat ne permet pas à un opérateur chinois ou américain d'entrer directement sur plusieurs marchés simultanément. Le marché français n'est pas très rentable en raison de la guerre des prix et n'est pas franchement central dans le marché européen. Il n'y aura donc pas d'opérateurs étrangers.
Il reste donc les opérateurs en place, qui imaginent pouvoir surpayer l'opération pour plusieurs raisons. La première serait le gain immédiat de clients, ce qui permet de répartir plus largement les coûts fixes (répartir les mêmes coûts sur un million de clients de plus, par exemple, augmente la rentabilité par client). La seconde serait une moindre intensité concurrentielle, car un joueur de moins, c'est une compétition moins féroce. Mais je pense qu'ils se trompent dans les deux cas. D'abord, ils vont devoir financer un plan social colossal ou une coûteuse intégration d'une infrastructure existante (ce sera un mélange des deux). Ensuite, la guerre des prix va continuer en raison d'un acteur qui n'existe que pour cela.
Au final, je pense qu'il y aura un gagnant, deux statu quo et un perdant. Le gagnant sera Drahi. Free conservera une bonne dynamique et gagnera des clients sans trop modifier ses offres, tandis qu'Orange maintiendra son statut de leader. Le perdant sera Bouygues, qui paiera cher des parts de marché, tandis que Free continuera à lui tailler des croupières.
Et encore 20 ans c'est optimiste, le milliard de SFR se réduit d'année en année tant les performances, enfin plutôt les échecs, commerciales s'accumulent.
Pas d'accord avec l'analyse de conclusion qui repose sur des choses inexactes. Free n'a pas de bonne dynamique non. Ils stagnent. Ça fait plusieurs années qu'ils ont un atteint un plafond de verre et a même reculé un temps sur le mobile. Il ne taille pas des croupières à Bouygues Telecom, qui même sans croissance externe fait de la croissance organique en étant le plus dynamique commercialement. Free n'est plus l'agitateur du secteur, mais est devenu un suiveur autant sur son marché historique (Pop S en réponse à la Pure fibre) que sur le mobile où ses forfaits Série Free ne sont pas à la hauteur des promos des concurrents. Il se lance même sur du haut de gamme (d'apparence en tout cas) en créant un forfait sur le haut du marché et pas sur le bas. L'unique but est d'augmenter les revenus, comme il l'a fait sur le fixe où il ne propose plus le meilleur pour 29,99 euros par mois, comme ça a été longtemps son credo.
Bref, je n'affirmerai pas que la concurrence restera intensive avec un retour à trois par la seule présence de Free qui s'est endormi. Faire émerger un quatrième nouvel opérateur ne serait pas une solution mais renforcer l'existence de MVNO en régulant plus fortement les prix de gros pourrait déjà être une piste. La fameuse solution à 3,5 opérateurs.
En revanche, je suis d'accord sur le plus grand gagnant de l'affaire si elle arrive à son terme, à savoir Patrick Drahi. Il aura réussi à valoriser une entreprise lourdée de dettes et qui voit les créanciers prendre le pouvoir petit à petit, empochant un joli chèque après avoir bien essoré l'entreprise et ses salariés dont les effectifs ont fondu depuis son rachat contrairement à ses promesses illusoires auxquelles seuls les naïfs ont cru.