Auteur Sujet: Visite de l'ancien Centre Radio-Électrique PTT de Sainte-Assise (77)  (Lu 50194 fois)

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vivien

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Le Centre Radio-Électrique PTT de Sainte-Assise (77)
Site cédé par Orange pour 1€ à la région île de France pour en faire une réserve naturelle


En cette fin d'année, je vous propose un voyage dans l'èmetteur le plus puissant au monde, un èmetteur pour les ondes super longues (basse fréquence) avec une antenne portée par onze mâts de 250 mètres et cinq mats de 180 mètres qui èmet sur une zone s'étalant entre les Amériques et le Japon.
J'ai oublié de mettre la phrase au passé : C'était le cas à son inauguration en 1921 par le ministre des Postes, Télégraphes et Télécommunications (P.T.T.), M. Louis Deschamps.
Dans les années 1920, les liaisons télégraphiques internationales existantes (câbles sous-marins) appartiennent à des compagnies privées anglaises ou américaines. C'est ainsi que les informations politiques et économiques (la bourse entre autre) transitent par Londres avant d'arriver à Paris ! Seules des liaisons sans fil peuvent modifier cet état de fait qui met la France dans une situation de faiblesse. Il devenait donc stratégiquement indispensable d'établir un centre de Télégraphie sans fil.

Aujourd'hui la partie que je vous emmène visiter est à l'abandon, mais il y a toujours une partie classée secret défense où la marine nationale a une antenne de plusieurs km de diamètre supportée par  10 pylônes pour son centre de communication avec nos sous-marins nucléaires. Les basses fréquences qui ont la caractéristique de bien pénétrer dans l’eau et les sous-marins restent en communication avec Sainte-Assise même sous l'eau.

Une filiale d'Orange (GlobeCast) a toujours un mat de 250 mètres et un téléport. Un Téléport permet l'émission des signaux montant vers les satellites de télécommunication, en particulier les signaux vidéo/audio pour la diffusion directe par satellite de services de télévision. C'est aussi là qu'arrivent les communication Internet des abonnés à internet par Satellite avec GlobeCast. Il est constitué d'un parc d'antennes paraboliques de grande dimension (de 4 à 16 mètres de diamètre).

Carte postale de l'époque :


Pourquoi le site de Sainte-Assise pour toutes ces antennes ?

Le domaine des bruyères de Sainte-Assise est situé sur la nappe d’eau subaffleurante aux portes de Paris. Il s'agit d'une nappe d'eau subaffleurente (sol gorgé d'eau) qui permet un réverbération du rayonnement vers la stratosphère. (C'est ce que j'ai compris de discussion entre spécialistes)
Cette particularité, aura fortement contribué, en 1920, à l’implantation d’un centre radioélectrique de l’administration des PTT sur ce site stratégique.

Voici l'emplacement :


Même positionnement mais avec une vue satellite :


Le poste de Sainte-Assise d'avant guerre comportera 3 stations :
- une petite station à lampes assurant des relations avec Londres et Madrid => Les 3 bâtiments du repère (1).
- une station continentale réservée aux communications européennes. Le bâtiment au point repère (2) comprenait une antenne montée sur un pylône de 250 mètres (qui n'existe plus aujourd'hui).
- une station transcontinentale réservée aux communications transocéaniques => C'est aujourd'hui exploité par la Marine nationale. Le bâtiment est probablement dans la zone secret défense.

Je pose devant l'entré du bâtiment (2) réservée jadis aux communications européennes :


Pourquoi "Radio-France" et pas PTT ?

Attention, ce n'est pas le "Radio France" actuel, société de service public, née le 1er janvier 1975, qui gère les stations de radio publiques en France métropolitaine.

La Compagnie Radio France fut de 1919 à 1956 une filiale du groupe SFR  (attention on parle de "SFR", mais ce n'est pas l'actuel 2ème opérateur telecom Français qui signifie "Société française du radiotéléphone" mais "Société française radio-électrique". Ce SFR fusionnera en 1957 avec la CSF "Compagnie générale de télégraphie sans fil" et le mot "SFR" ne sera plus utilisé.

Wikipedia nous raconte l'histoire :

A Sainte-Assise, sur les communes de Seine-Port et de Boissise-la-Bertrand, près de Saint-Fargeau-Ponthierry en Seine-et-Marne, il est créé une importante station de radio (émission, reception, brouillage etc). L'exploitation partielle de la station est confiée par la Société française radio-électrique ou SFR (le technicien) à la Compagnie Radio-France (l'opérateur) dont l'Administrateur-Directeur est Émile Girardeau (fondateur de la SFR et de la marque Radiola) et le Directeur technique Paul Brenot, deux grands pionniers de la radio en France, collaborateurs du général Gustave Ferrié.

La première pierre du centre est posée le 9 janvier 1921. Une organisation exemplaire du chantier permettra un démarrage des émissions dès 1922. Très vite pour le contrôle des ondes en France la concurrence est vive, déjà il est question d'influence politique et de réclame (la publicité d'alors).

Si les liens avec les colonies en titre sont désormais assurés officiellement par le Ministère des Postes et Télégraphes, la Compagnie Radio France joue un rôle importants dans les liaisons sans-fil avec certaines protectorats (Maroc) ou pays européens (Londres, Madrid, Prague etc). Mais elle exploite aussi la part française du câble Paris-New York qui double ses émissions télégraphiques, les liaisons vers l'Amérique du Sud etc. Parfois elle agit en partenariat avec d'autres filiales de la CSF comme la Société Radio-Orient. Avec le progrès technique et surtout l'amplification des échanges commerciaux, progressivement le radiogramme se substitue au cablogramme.

Vers 1935 la Compagnie Radio-France utilisait donc un réseau d'agences à son nom ou sous intulé CSF en France et dans l'Empire français gérant la télégraphie avec ou sans fil, notamment les nouvelles boursières et commerciales, certaines liaisons navales ou militaires etc. Le développement des ondes courtes explique ce succès. Elle lance aussi la radio-téléphonie avec les navires en mer

En 1938, Radio-France, complètement contrôlée par la CSF qui ne détient pourtant que 12% du capital, est une société qui compte 317 employés dont 231 sont basés à Paris, 59 à Sainte Assise et 27 à Villecresnes. Entreprise moyenne donc mais donc l'importance stratégique est grande. A l'étranger seul le chef de poste est salarié de l'entreprise, les autres sont employés par des sociétés du groupe CSF.

La concession générale n’était pas étendue au téléphone, ni aux câbles sous-marins, et le Service ministériel de la TSF assurait les communications avec la plupart des colonies françaises et certains services radio-maritimes (voir Compagnie Radio Maritime), seuls services mobiles existant alors. D'où des rivalités avec le ministère et, en fait dès avant la seconde guerre mondiale la Compagnie Radio France est en déclin même si elle reste proche des services secrets français.

En juin 1940, l'officier qui gardait la station de Sainte-Assise ne peut la faire sauter faute d'explosifs disponibles. Pendant l'occupation, la station sera utilisée pour les besoins de la Kriegsmarine, qui ne manquera pas de la faire sauter en août 1944. Les techniciens la remettent en marche dès septembre 1944, ce qui leur vaut les félicitations du Général Lanahan, chef des communications de l'armée des EU. Mais commercialement la reprise en 1945 est difficile, la capacité technique lui échappe de plus en plus et l'hostilité des PTT est permanente. En 1956 les biens et une partie du personnel de la Compagnie sont intégrés par les PTT, suite à la fin de la concession trentenaire prolongée par la période de guerre.


Source : Wikipedia

Si vous voulez en savoir plus sur ce qu'il se passa sur ce site pendant la seconde guerre mondiale, je vous recommande le Mémoire de Maîtrise de Céline CHAMBON (préparé sous la direction de M. le professeur Duroselles). Il date de 1972 et est vraiment lisible par le grand public un peu comme on lirait un livre (il fait 48 pages).

(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)

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Le Centre Radio-Électrique PTT de Sainte-Assise (77)
« Réponse #1 le: 31 décembre 2013 à 13:11:53 »
Il reste quand même environ 500 pylônes divers sur ce site "stratégique" :





Depuis le  22 octobre 2009, une partie du site (celle en vert foncé sur la carte IGN) est une réserve naturelle.

Son classement est principalement lié à ses intérêts floristiques et entomologiques.

Pas moins de 276 espèces de plantes vasculaires ont été observées sur la RNR dont 21 espèces assez rares (AR), 12 espèces rares (R), 12 espèces très rares (RR) et une espèce extrêmement rare (RRR) : Eleocharis multicaulis (ZNIEFF). Parmi elles, on dénombre 18 espèces déterminantes ZNIEFF, dont 6 protégées régionales (PR) : Erica scoparia (RR) (omniprésente), Illecebrum verticilatum (RR), Laserpitium latifolium (RR), Lobelia urens (R), Pedicularis sylvatica (RR) et Potamogeton polygonifolius (R) et une espèce protégée nationale (PN) : Pilularia globulifera (RR). Une grande partie de cette flore est en régression en Ile-de-France.

Voici un document du Conseil Général d’Île-de-France pour en savoir plus sur la partie réserve naturelle que je ne développerais pas plus :

(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)



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Le Centre Radio-Électrique PTT de Sainte-Assise (77)
« Réponse #2 le: 31 décembre 2013 à 13:14:59 »
Si le site posséde une grande variété d’espèces protégé, il a aussi une grande variété de pylônes, eux aussi en voie de disparition sous l'effet du temps et de la rouille :






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Le Centre Radio-Électrique PTT de Sainte-Assise (77)
« Réponse #3 le: 31 décembre 2013 à 13:16:01 »
Mon père qui fait de l'escalade :



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« Réponse #4 le: 31 décembre 2013 à 13:26:53 »
Je suppose que des fils passaient sur la petite roue :


Le grand pylône au fond lui est toujours en activité, c'est pour l'antenne de plusieurs km de diamètre supportée par  10 pylônes pour son centre de communication avec nos sous-marins nucléaires.

Je limiterais les photos, car c'est c'est une zone de défense hautement sensible :


Un des dix pylônes de la marine :


Zoom pour voir les fils qui relie les pylônes : Il sont bien solides car mon père a déjà vu des hommes passer sur ces câbles .


La venue des militaire est relativement récente car c'est en 1991, une partie de la station est vendue par France Télécom à la Marine nationale.
Le site, inauguré en 1998, est devenu un terrain militaire surveillé par une compagnie de fusiliers-marins.

Normalement ce Centre de transmissions marine (CTM) de Sainte-Assise est utilisé pour les communications non-confidentielles avec les sous-marins.

Toutefois, je me demande si cela n'a pas changé car le site est devenu de plus en plus sécurisé. Après avoir interdit aux voitures sur la route qui traverse le site de s’arrêter (on ne peux rien voir ce sont des mur plein de chaque coté), la route a fini par être totalement coupée.

Je me suis rendu au point (4) sur  la carte et la route est brutalement coupée.

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« Réponse #5 le: 31 décembre 2013 à 13:29:58 »
Le poste de Sainte-Assise d'avant guerre comportera 3 stations :
- une station continentale réservée aux communications européennes => On la visite dans la 2ème page de ce reportage
- une station transcontinentale réservée aux communications transocéaniques => Le bâtiment est probablement dans la zone secret défense. On en parle à la 4ème page de ce reportage
- une petite station à lampes assurant des relations avec Londres et Madrid => Ci-dessous

Voici l’emplacement (1) sur la carte, il me semble que c'est des élèments de la petite station à lampes :

C'est constitué des 3 bâtiments qui se font face et qui sembles identiques.
Ils sont en mauvais état, abandonnées depuis fort longtemps mais avec peu de dégradation volontaires.






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« Réponse #6 le: 31 décembre 2013 à 13:35:34 »
Voici l'intérieur d'un premier bâtiment, celui qui a la porte grande ouverte  :


Voici l'intérieur d'un second bâtiment : (par une vitre cassée car la porte était fermée)


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« Réponse #7 le: 31 décembre 2013 à 13:37:19 »
Les dégradations du temps : (pas de trace de squat)


Il ne reste aucun matériel mais il y a des photos de marins en noir et blanc :


Le second bâtiment par une autre vitre cassée :

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« Réponse #8 le: 31 décembre 2013 à 13:39:29 »
L'électricité semble bien dater (quand même pas à 1921)


Les fusibles pour l'éclairage et les prises portent l'inscription PTT :

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« Réponse #9 le: 31 décembre 2013 à 13:41:26 »
Chaque bâtiment a son tableau d’arrivée électrique :





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« Réponse #10 le: 31 décembre 2013 à 13:42:11 »
Ce n'est pas un ré-enclencheur, mais un moyen de bloquer le circuit en position ouverte pour ne pas risquer une remise sous tension par un technicien pendant qu'un autre intervient sur l'installation :





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« Réponse #11 le: 31 décembre 2013 à 13:48:25 »
Il y a quand même des visiteurs qui ont regardés si les câbles étaient en cuivre, ce qui ne doit pas être le cas :

 

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