Auteur Sujet: Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs  (Lu 130939 fois)

brupala et 7 Invités sur ce sujet

alain_p

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #480 le: 12 avril 2026 à 18:40:19 »
Ce scénario est hautement improbable chez nous pour énormément de raisons, mais je pense que RTE a demandé à la CRE cet ajustement pour avoir les outils nécessaires au cas où.

Au cas où, mais aussi je pense, comme j'ai déjà dit, pour d'autres raisons, plus financières. Les périodes de prix négatifs ont aussi un coût pour EDF, et ses centrales. Contrairement aux EnR, qui ont des contrats de "complément de rémunération" (ou même d'obligation d'achat), et qui sont payés même quand ils ne produisent pas, lorsque les prix du marché sont inférieurs au prix qu'on leur a garanti, pour EDF, nucléaire, hydraulique, gaz éventuellement, ce n'est pas le cas. Quand les prix sont négatifs, et qu'il est quand même obligé de produire (simplement déjà parce que cela coûterait trop cher d'arrêter et redémarrer ses centrales, c'est une perte sèche pour lui. Qui diminue donc ses revenus, et ses capacités financières futures à financer de nouveaux réacteurs (le seul avantage qu'ils ont, c'est la possibilité d'emprunter à taux bas avec la garantie de l’État, comme c'était déjà le cas dans les années 70, et semble-t-il dernièrement la possibilité d'emprunter sur les livets A).

Donc je vois cette décision de pouvoir demander aux réacteurs nucléaires de rester en ligne, même si ce n'est pas une nécessité absolue (mais une garantie quand même), de pouvoir en quelque sorte dédommager EDF des prix négatifs engendrés par les Enr, et surtout le photovoltaïque. Il sera ensuite facile pour RTE de dire qu'il a demandé à EDF de garder en ligne ses réacteurs, même s'il l'aurait fait de toute façon, pour ouvrir le droit à une rémunération. Et de demander aussi aux EnR, en particulier PV, de s'effacer davantage, pour éviter une trop forte modulation du nucléaire, et donc des problèmes d'usure, de coût de maintenance et de longévité des réacteurs.

Sans que cette aide puisse être  interdite par la commission européenne comme une subvention qui fausserait le marché.

simon

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Il est clair que les coûts fixes d'un réacteur nucléaire sont tels qu'ils ne sont rentables économiquement qu'au dessus de 70% (peu ou prou) de facteur de charge. C'est une des raisons pour laquelle EDF est très inquiet de la susceptibilité de ses installations à la hausse des températures des cours d'eau: s'il fallait, dans le futur, régulièrement réduire la puissance des réacteurs, le département finance s'arracherait les cheveux.

Subventionner les installations nucléaires existantes pour qu'elles soient compétitives face au gaz/fioul dans un but de réduction des émissions de gaz à effet de serre a du sens, selon moi. Par contre, si on le fait, il faut accepter une modulation assez forte (qui, d'après EDF lui-même, n’entraîne aucun risque de sécurité). C'est peut-être ce que la CRE cherche à faire, en effet.

alain_p

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Subventionner les installations nucléaires existantes pour qu'elles soient compétitives face au gaz/fioul ...

Je crois que ce n'est pas du tout le problème, c'est plutôt qu'à cause de la production massive par le solaire entre 10h et 16h, il y a surproduction à ces heures au printemps et en été, qui entraine des prix négatifs, faisant perdre de l'argent à EDF, qui ne peut même pas exporter en Europe, puisque le phénomène est général en Europe. Et qui l'oblige aussi à s'effacer et à à moduler fortement à la baisse sa production pour laisser sa place au solaire. Cette rémunération pour rester en ligne est donc plus une compensation pour limiter ces pertes. A ces moments là, le fioul et le gaz ne sont pas utilisés...

Les prix garantis au solaire et à l'éolien sont supérieurs aux coûts de production du nucléaire. Les prix pour couvrir les charges du nucléaire ont été estimés à environ 67 €/MWh pour le nucléaire par la CRE si je me souviens bien, les prix garantis pour le solaire et l'éolien sont souvent entre 120 et 180 €/MWh.

simon

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Oui, je me suis mal exprimé, je recommence : le choix purement économique dans un scénario de développement massif du solaire et du stockage serait probablement de de fermer un grand nombre de réacteurs nucléaires, en laissant au gaz/fioul le rôle de "remplir" les trous. Selon moi, la dynamique trop lente du nucléaire et son coût d'exploitation élevé le rendent peu adapté à un couplage avec du solaire massif, car il a besoin de fonctionner à fort taux de charge pour être rentable économiquement.

Ce choix serait désastreux aussi bien pour l'environnement que pour notre indépendance énergétique. Une subvention du nucléaire existant me semble donc appropriée pour éviter des fermetures de réacteurs, qui conduiraient inévitablement à une solicitation de gaz/fioul beaucoup plus importante.

Je mettrais par contre un bémol sur ce prix de 67 euros/MWh nucléaire: d'une part, cela n'est probablement valide que pour le parc existant, dont les emprunts ont été entièrement remboursés. D'autre part, Luc Rémont (ancient PDG d'EDF) annonçait un besoin de 100 euros/MWh minimum pour financer le grand carénage et assurer le remplacement d'une partie de la flotte vieillissante.

brupala

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #484 le: Aujourd'hui à 00:06:43 »
Je crois que ce n'est pas du tout le problème, c'est plutôt qu'à cause de la production massive par le solaire entre 10h et 16h, il y a surproduction à ces heures au printemps et en été, qui entraine des prix négatifs, faisant perdre de l'argent à EDF, qui ne peut même pas exporter en Europe, puisque le phénomène est général en Europe.
Encore une fois, ce sont juste les prix spot qui sont négatifs à un moment, donc ça n'est pas toute la production qui est vendue à perte, puisque la plus grosse partie est sous contrat long. Si des baisses de production  sont nécessaires, c'est juste parce qu'il y a surproduction, pas parce que les prix sont trop bas, bien que c'est vrai, c'est la surproduction européenne générale qui fait baisser le prix de la production marginale en spot, mais l'éolien quand il est là et l'hydraulique sont les premiers à réguler la production, comme le cos phi de déphasage courant/tension.
Comme dit par Simon, la rentabilité des centrales qui sont amorties est bonne, mais les pour EPR à venir, il est beaucoup moins certain produire à un prix compétitif par rapport aux renouvelables.
D'ailleurs, je vois qu'aujourd'hui on a produit beaucoup au gaz en complément du solaire, au lieu de relancer du nucléaire, ce qui n'est pas dans les habitudes, en même temps les prix spot français étaient éloignés des prix espagnols, alors que d'habitude, ils sont plus proches.