Auteur Sujet: Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs  (Lu 142074 fois)

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #528 le: Aujourd'hui à 11:57:01 »
Ce tableau montre que les prix négatifs ne viennent pas de la source d'énergie ( le photovoltaïque produisant trop en journée ) mais d'un choix politique au niveau de la règlementation des tarifs sinon l'espagne s'en sortirait moins bien.

En fait, je pense que cette situation, pas de prix très négatifs en Espagne, vient d'une crise précédente, en 2014, où le subventionnement du solaire a été brutalement arrêté, revenant sur des contrats passés, ce que l'on ne peut pas faire en France, et entrainant  de grosses pertes de particuliers ayant investi dans la solaire il y a 20 ans, quand il était très subventionné. La facture pour l’État espagnol était montée à plus de 20 milliards d'euros de subventions par an, et était devenue insupportable.

Cet arrêt des subventions, je pense en particulier qu'l n'y a plus d'OA (Obligations d'Achat), ni même de complément de rémunération, en Espagne, fait que les producteurs solaires perdraient de l'argent quand les prix spot deviennent négatifs, ce qui fait qu'ils coupent leur production. Et c'est peut-être cela qui a entrainé le blackout en Espagne en Avril 2025, l'arrêt brutal de production vers 12h40, qui n'a pas pu être compensé par les centrales traditionnelles.

Les installations de ces petits producteurs ont alors été revendues à bas prix pour payer les emprunts souscrits, et racheté par de plus gros acteurs, à bon compte, comme Iberdola.

Et on voit qu'en France, on est justement en train d'arrêter les subventions sur le solaire, mais sans pouvoir revenir sur les contrats passés, et la durée des contrats est de 20 ans. Parce que nous aussi, on a des notes de subventions de plus de 10 milliards d'euros par an.

Voir cet article des Echos de 2014 qui décrit la situation en Espagne :

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Les sacrifiés de la « bulle verte » espagnole

Par Gaëlle Lucas - Publié le 12 mai 2014 à 01:01Mis à jour le 6 août 2019 à 00:00

L'Espagne a massivement subventionné les énergies vertes pour accompagner leur essor dans les années 2000. Trop tôt, et trop vite... Elle fait aujourd'hui marche arrière, fragilisant des milliers de petits producteurs au bord de la ruine.

C'est l'histoire d'une erreur qui coûte cher... En 2007, Julian Rodriguez a placé toutes ses économies dans un parc de panneaux solaires. Il s'étend sur 10 hectares de terre brune à la périphérie de Villanueva de los Infantes, en Castille-La Manche, région parsemée de moulins à vent plus que centenaires. Julian Rodriguez espérait faire fructifier son argent et profiter ainsi d'une retraite confortable. Aujourd'hui, il s'en mord les doigts : après une série de changements législatifs, il est au bord de la ruine, comme des milliers de petits investisseurs espagnols.

La conséquence directe des nouvelles règles adoptées en Espagne, pour diminuer le soutien aux énergies renouvelables, et progressivement résorber le « déficit énergétique » qui mettait en péril le système électrique espagnol tout entier. Comme ailleurs en Europe, les pouvoirs publics ont d'abord largement subventionné les énergies vertes -50 milliards d'euros ont été dépensés depuis 1998 pour favoriser le développement de ces filières -, sans imaginer que ce soutien volontariste finirait par creuser un tel écart entre le prix régulé de l'électricité et son coût de production : à 26 milliards d'euros, le gap était devenu proprement ingérable, et appelait des décisions radicales. « Ce n'est pas la promotion des énergies renouvelables qui a été une erreur, mais la façon dont elle a été menée : un vrai fiasco », déplore un expert du secteur.

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revenir sept ans en arrière. Début 2007, l'Espagne baigne dans l'euphorie, sa croissance semble éternelle, la consommation d'énergie ne cesse d'augmenter alors que le pays dépend fortement des importations de combustibles, les banques disposent de liquidités en abondance et le crédit coule à flots... En outre, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero affiche sa volonté de préserver l'environnement - le genre de préoccupation qui ne résistera pas à l'effondrement du mirage espagnol. Toutes les conditions sont donc réunies pour que l'Espagne devienne l'eldorado des renouvelables et s'en donne les moyens... au risque de provoquer une véritable bulle.

Un régime très généreux

« Nous avons voulu créer un cadre légal attractif pour favoriser l'investissement privé, et respecter nos engagements auprès de l'Union européenne en matière de renouvelable », justifie Jaume Margarit, responsable, à l'époque, des énergies vertes à l'institut chargé de la politique énergétique espagnole, et aujourd'hui président de l'Association des producteurs d'énergies renouvelables (Appa). C'est ainsi qu'en 2007, un décret complétant une législation datant de la fin des années 1990 instaure un régime de primes et de tarifs régulés très généreux pour les énergies vertes, et notamment pour le solaire. L'exécutif veut alors atteindre 400 mégawatts (MW) dans le photovoltaïque et 500 dans le solaire thermique, technologies, à l'époque, encore balbutiantes et non rentables. L'engouement est tel qu'il se retrouve vite débordé : dès 2008, la puissance installée dans le seul photovoltaïque est déjà de 3.400 MW ! En 2009, les primes sont six fois plus élevées qu'en 2006. « On aurait dû circonscrire les subventions dans les limites des objectifs visés mais cela n'a pas été fait », regrette José Donoso, président de l'Union espagnole photovoltaïque (Unef). « Il aurait fallu procéder par appel d'offres afin de mieux contrôler la puissance installée... Au lieu de quoi, il suffisait à l'époque de demander une autorisation administrative pour monter un projet », dénonce un expert du secteur.

Le filon est alors exploité de mille manières : certains obtiennent les licences pour les revendre au prix fort, d'autres se spécialisent dans le développement de projets... Grâce à ce boom, 32 % de la demande électrique était déjà couverte par du renouvelable en 2012. Mais ce développement a eu un coût largement supérieur à ce qu'il serait aujourd'hui, compte tenu des gains de compétitivité des technologies vertes. « Nous avons payé au reste du monde la courbe d'apprentissage », analysait récemment Alberto Nadal, secrétaire d'Etat à l'Energie dans « El Pais ».

Gagné par l'euphorie ambiante, Julian Rodriguez décide en 2007 de tenter sa chance. Ironie du sort, ce petit-fils et fils d'électriciens, lui-même patron d'une PME spécialisée dans l'implantation d'installations électriques et notamment renouvelables, va se jeter dans la gueule du loup les yeux fermés... et entraîne avec lui, parents, amis, et même clients. « Je travaillais dans le secteur, je me suis dit que l'investissement était sûr puisqu'il était garanti par la loi. J'ai voulu partager cette opportunité avec mes proches. Certains pensent que je les ai bernés », regrette-t-il aujourd'hui.

Flanqué de vingt acolytes, pharmacien, maîtres d'école, retraités... Julian Rodriguez a donc monté un projet de parc photovoltaïque, comme 55.000 autres petits investisseurs, d'après les associations du secteur. Alors qu'ils avaient réuni un capital de 1 million d'euros - toutes leurs économies -, la petite caisse d'épargne locale, Global Caja, les incite à voir grand et à s'endetter pour installer 1,6 MW, pour un montant de 15 millions d'euros, qu'elle propose de financer à 80 %. Le projet démarre en 2008.

Deux ans plus tard, les premières coupes dans les primes accordées en 2007 sont décidées. A partir de là, les dirigeants politiques successifs n'auront de cesse de rendre moins coûteux le système d'origine : baisse du nombre d'heures subventionnées, suppression des primes pour les nouvelles installations, impôts sur la production... Une dizaine de changements législatifs rognent petit à petit la rentabilité des installations.

La dernière réforme a été annoncée il y a quelques semaines. Après avoir supprimé les primes à la production des énergies vertes en juillet dernier, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy veut qu'elles soient vendues aux prix du marché. En contrepartie, l'Etat leur garantit une « rentabilité raisonnable » calculée sur l'investissement initial, dépendant du type de technologie et de sa date de mise en service. Le texte en question supprime toute aide publique aux parcs éoliens antérieurs à 2004. Les leaders du secteur, comme Acciona et Iberdrola, sont particulièrement pénalisés. Les associations du renouvelable estiment que les réformes engagées depuis 2011 entraîneront cette année un manque à gagner de 3,4 milliards d'euros pour le secteur.

Dès 2010, les producteurs ont déposé des recours, mais le Tribunal suprême, saisi sur l'une des réformes, a récemment estimé qu'elle ne violait ni le principe de sécurité juridique ni la confiance légitime. Les investisseurs étrangers aussi se mobilisent. Des plaintes sont déposées devant les cours d'arbitrage international par des fonds comme Antin ou Eiser. Il y a peu, la société Masdar, filiale d'un fonds d'Abu Dhabi ayant investi dans un projet solaire, a déposé un recours auprès de la Banque mondiale.

Les revenus toujours plus maigres générés par les installations renouvelables ne suffisent parfois plus à rembourser les dettes qui leur sont liées. Les associations de producteurs craignent les faillites en cascade. Certains optent pour des solutions radicales comme le groupe suédois Ikea, qui, au vu des changements de réglementation, a récemment remis les clefs d'un parc photovoltaïque de 70 millions d'euros à la banque qui avait financé le projet.

D'aucuns craignent du reste la propagation du « risque renouvelable » au secteur bancaire. D'après José Donoso, les banques ont financé 17 des 22 milliards d'euros investis dans le photovoltaïque. « Nous faisons le maximum pour restructurer la dette des projets que nous avons financés dans l'éolien et le solaire, confie un cadre d'une banque d'investissement étrangère. Pour les banques espagnoles, la donne est différente car elles ont aidé des projets de producteurs plus petits et moins sophistiqués que les nôtres. Ils ont mis tout le capital dont ils disposaient dans le projet initial, donc il est plus difficile de restructurer leur dette. »

Le moment propice

« Dans de nombreux cas, les banques ont exigé comme garantie la maison ou les biens personnels. Les débiteurs n'ont donc pas d'autre choix que rembourser l'emprunt. Sachant que la vie utile d'une installation est de vingt-cinq ans, ils n'ont aucun espoir de récupérer leur investissement...», explique José Donoso. C'est le cas de Julian Rodriguez dont la maison et les bureaux sont hypothéqués. « Je travaille tous les jours, y compris le week-end, pour pouvoir rembourser mon emprunt et ne pas me faire engloutir. » Résigné, il constate, à cinquante-quatre ans que, « à cause de ce problème, [il] ne [pourra] jamais prendre [sa] retraite ». Vendre l'installation ? « Impossible », répond Julian Rodriguez en contemplant ses panneaux solaires balayés par les vents : « Plus personne n'a confiance et ne veut acheter. »

Dans ce contexte de chute de la rentabilité et d'insécurité juridique, l'investissement dans les énergies vertes s'est d'ailleurs effondré. Iberdrola a ainsi récemment annoncé une forte contraction de ses investissements en Espagne à cause des changements de réglementation. Pour autant, « le renouvelable a de l'avenir. L'éolien est de plus en plus compétitif et est même moins cher que l'énergie conventionnelle si on prend en compte les externalités de cette dernière », affirme Heikki Willstedt, directeur des politiques énergétiques de l'Association patronale éolienne (AEE). « Si la dernière réforme électrique résout le problème du déficit électrique, il se peut que nous recommencions à investir dans le secteur », signale le cadre de la banque d'investissement. Un raisonnement que semblent tenir d'autres investisseurs potentiels, d'après le même banquier : « Nous avons été approchés ces derniers mois par des fonds étrangers pour racheter certains des projets que nous finançons. » Alors que le secteur est étranglé, il se pourrait donc que, pour certains, le moment soit propice pour faire main basse sur le renouvelable espagnol à prix cassé...
Les points à retenir

Comme ailleurs en Europe, les pouvoirs publics espagnols ont largement subventionné éolien et solaire pour favoriser le développement des filières non polluantes.

Mais le système de primes et de tarifs garantis a été victime de son succès.

Le boom des projets verts, en particulier dans le solaire, a fini par coûter beaucoup trop cher.

Une série de réformes énergétiques ont changé brutalement les règles en vigueur, rognant la rentabilité des installations, et fragilisant des milliers d'investisseurs privés.

https://www.lesechos.fr/2014/05/les-sacrifies-de-la-bulle-verte-espagnole-1102180
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