Auteur Sujet: Blackout électrique en Espagne et au Portugal, le 28 avril 2025  (Lu 137502 fois)

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simon

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Blackout électrique en Espagne et au Portugal, le 28 avril 2025
« Réponse #456 le: 30 mars 2026 à 10:31:18 »
La France a frôlé deux fois le blackout cette année

C'est du sensationnalisme stérile. Le système était loin de frôler le blackout car des mécanismes automatiques (et des procédures manuelles, éventuellement) étaient en place, notamment:
- le marché des réserves / régulation de fréquence (fcr, ffr, etc.), prévu par RTE et donc contractualisé par le biais de différents marchés et activé en moins de 15s pour les parcs de batteries, quelques minutes pour des turbines à gaz,
- le pilotage automatique des STEP, qui ont réduit leur pompage d'environ 3GW si je ne m'abuse, et en moins de quelques minutes,
- le marché de flexibilité (conso à la baisse), également automatiquement opéré par RTE, qui répond en ~5-15min généralement en agissant sur les gros sites industriels (baisse des points de consignes des fours à alumine, démarrage de groupes de secours par certains datacenters/aéroports/centres commerciaux, etc),
- la disponibilité des intercos avec les pays étrangers, capables à elles seules d'absorber le delta de production subitement effactée, et de manière instantanée,
- l'augmentation automatique de la production hydraulique en quelques minutes, mobilisant les bandes de réglage prévues à cet effet (hors marché de réserve si je ne m'abuse, car historiques),
- la capacité des réacteurs nucléaires en fonctionnement d'augmenter à la hausse leur production de quelques % en moins d'une minute.

Ca, ce n'est qu'une partie des mécanismes prévus *pour éviter tout déclenchement*.
Ensuite, avant le black-out, il y a toute une série de délestages automatiques prévus pour s'activer à des niveaux de fréquence différents (il me semble que <49.2Hz, <49Hz, <48.5 Hz, <48.2Hz sont des paliers communs), qui permettent en dernier recours d'éviter un black-out en concentrant l'interruption de fourniture sur un faible nombre de clients importants (SNCF par exemple).

On peut certes recommander que les règles de gestion du marché changent, et je dois être un des premiers à pousser en ce sens, mais faire du sensationnalisme et disséminer de la peur n'est pas utile. On était *très*, très loin d'avoir mobilisé la totalité des moyens de contingence, et encore plus loin d'un éventuel black-out. 8-10GW de prod disparaissant en quelques minutes, c'est beaucoup, mais c'est gérable et géré. La preuve, le système a tenu.

Vu que ce thread concerne à la base le blackout espagnol/portugais, qui rappelons le, est majoritairement dû à un manque de capacités de régulation de tension dans le réseau espagnol (et selon moi en grande partie à un grid code inadapté, qui demande (demandait?) aux producteurs solaires et éoliens de ne pas faire de régulation de tension mais d'injecter à cos phi fixe), on peut souligner quelques différences notables:
- le réseau de transport français dispose de capacités de régulation de tension importantes et indépendantes des producteurs,
- la France est bien mieux interconnectée du fait de sa position géographique centrale en Europe occidentale, contrairement à la péninsule ibérique qui n'a que ~4-5GW d'intercos avec le reste de la plaque européenne, par le biais de la France exclusivement,
- les producteurs connectés sur le réseau de transport (parcs solaires et éoliens > 20MW, thermiques, nucléaires, hydrauliques, etc.) doivent participer à l'effort de régulation de tension, quitte à réduire la production si nécessaire (sur l'électronique de puissance, on va réduire la production de puissance active pour absorber/injecter de la puissance réactive, qui agit sur la tension. Sur des machines tournantes, on est plus limité, mais ca se fait aussi),

Donc des cas de figure très différents.

« Modifié: 30 mars 2026 à 10:58:45 par simon »

alain_p

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Blackout électrique en Espagne et au Portugal, le 28 avril 2025
« Réponse #457 le: 19 avril 2026 à 12:09:29 »
L'autorité de régulation du marché de l'énergie espagnole entame des procédures de sanction contre REE et les principaux producteurs espagnols :

L'autorité de régulation des marches de l'énergie espagnoles (CNMC), qui est un peu l'équivalent de le CRE en France, a annoncé avoir entamé des procédures de sanction suite à des indices de violation des règles et procédures envers le gestionnaire du réseau, REE, et les principaux producteurs, dont Iberdola, Naturgy, Repsol, Endesa..., mais aussi l'association des producteurs nucléaires etc... C'est en fait une procédure d'enquête, les divers impliqués pourront apporter leurs réponses, et la CNMC indique que ces infractions ne sont pas forcément en lien direct avec le blackout de l'an dernier.

Voir le CP de la CNMC : https://www.cnmc.es/en/node/419776

Traduction Google :

Citer
17 avril 2026

La CNMC engage des procédures de sanctions pour des infractions présumées dans le cadre des enquêtes sur la panne de courant du 28 avril 2025


Secteur : Communiqué de presse - Domaine d'expertise de la CNMC : Énergie

Suite à l'incident du 28 avril, la CNMC a engagé plusieurs procédures afin d'analyser les circonstances de l'incident au regard de la réglementation du secteur de l'électricité.

Ces actions ont permis de conclure que l'incident avait une origine multifactorielle, due à une série d'événements qui ont progressivement déstabilisé le système et abouti à une panne de courant due à une surtension.

Cependant, des preuves de violations de la réglementation du secteur ont été relevées sur une période prolongée et doivent faire l'objet d'une enquête formelle, même si elles ne constituent pas la seule cause de l'incident.

Suite à la panne de courant du 28 avril 2025, la Commission nationale espagnole des marchés et de la concurrence (CNMC) a engagé plusieurs enquêtes préliminaires afin d'analyser les circonstances de la panne et de déterminer les faits pertinents au regard de la réglementation du secteur de l'électricité.

Suite à ces investigations, la CNMC a relevé plusieurs indices de non-conformité, dont certains ont persisté pendant de longues périodes, susceptibles d'avoir affecté le fonctionnement du réseau électrique et de constituer des infractions administratives.

Dans ce contexte, la CNMC a engagé une procédure d'enquête formelle sur ces indices. Cette procédure de sanction est ouverte dans le cadre des investigations menées sur l'incident du 28 avril 2025. Toutefois, les faits faisant l'objet de l'enquête n'impliquent pas, en eux-mêmes, d'imputer l'origine ou la cause de la panne aux entreprises concernées, étant donné que l'incident a eu de multiples causes.

L'ouverture de cette procédure ne préjuge en rien de l'issue de l'enquête. Sa durée maximale varie entre neuf et dix-huit mois, selon la gravité de l'infraction. Les parties intéressées peuvent, en tout état de cause, présenter des arguments et proposer le recueil de tout élément de preuve qu'elles jugent pertinent.

Voir la liste (longue) des procédures ici : https://www.cnmc.es/listado/expedientes_energia_sancionadoras_en_tramitacion/block/250

Et aussi les articles de Reuters et du Financial Times :
https://www.reuters.com/business/energy/spains-watchdog-opens-probes-into-historic-blackout-after-finding-rule-breaches-2026-04-17/
https://www.ft.com/content/37615c69-1566-42bc-abf3-b62baf3637b6?syn-25a6b1a6=1

On va voir donc voir dans 9 à 18 mois ce qu'il en sort...

alain_p

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Blackout électrique en Espagne et au Portugal, le 28 avril 2025
« Réponse #458 le: Aujourd'hui à 09:14:18 »
Après le blackout, la question de la sortie du nucléaire en Espagne se posait, avec en particulier la fermeture d'un premier réacteur à la centrale d'Almaraz en 2027, puis un 2eme en 2028, pour 2 GW. Finalement, le premier ministre, Pedro Sanchez, ménage la chèvre et le choux, il repousse à 2030. La fermeture du détroit d'Ormuz, et la hausse du prix du gaz, a aussi joué.

Voir par exemple des Échos :

Citer
Championne des renouvelables, l'Espagne prolonge la centrale nucléaire d'Almaraz jusqu'en 2030

Madrid prolonge jusqu'en 2030 l'exploitation de la centrale nucléaire d'Almaraz. Une décision qui illustre le revirement du débat énergétique espagnol depuis le gigantesque black-out d'avril 2025.

Par Matthieu Holyman - Publié le 14 août 2026 à 13:21Mis à jour le 14 août 2026 à 14:25

Le gouvernement espagnol a décidé officiellement de prolonger jusqu'au 8 juin 2030 l'exploitation des deux réacteurs de la centrale nucléaire d'Almaraz, en Estrémadure. Le décret publié ce vendredi accorde ainsi un répit de près de deux ans à cette installation, qui devait initialement cesser son activité entre 2027 et 2028 dans le cadre du calendrier de sortie progressive du nucléaire adopté en 2019.

Cette décision met un terme à plusieurs mois d'intenses négociations entre l'exécutif de Pedro Sanchez et les trois propriétaires de la centrale (Iberdrola, Endesa et Naturgy) qui réclamaient une prolongation de l'exploitation. Madrid avait conditionné son feu vert à un avis favorable de l'autorité de sûreté nucléaire (CSN), obtenu mi-juillet, ainsi qu'à l'absence de coûts supplémentaires pour les finances publiques.

Avec ces deux réacteurs qui produisent environ 2.000 mégawatts électriques (MWe), la première centrale nucléaire du pays, mise en service en 1983, fournit près de 7 % de l'électricité espagnole.

Le black-out de 2025 a rebattu les cartes du débat énergétique

La fermeture d'Almaraz semblait acquise jusqu'à la gigantesque panne d'électricité qui a plongé l'Espagne et le Portugal dans le noir en avril 2025. Cette panne a finalement été attribuée à une combinaison de facteurs, dominée par une défaillance de contrôle de la tension sur le réseau espagnol. Il a notamment pointé les limites de certaines installations renouvelables raccordées via des convertisseurs, incapables de contribuer suffisamment à la stabilisation du système lors de la surtension, tout en relevant des défaillances dans la gestion du réseau et dans certaines centrales conventionnelles.

Même si le rapport n'a jamais conclu que les énergies renouvelables étaient responsables du black-out, l'événement a profondément ravivé le débat sur la sécurité d'approvisionnement et sur le rythme de la sortie du nucléaire. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et leur impact sur les marchés de l'énergie ont renforcé ces interrogations.

Un compromis sans abandon de la sortie du nucléaire

Pour autant, le gouvernement Sanchez ne renonce pas officiellement à sa stratégie énergétique. Madrid maintient son objectif de fermer l'ensemble des réacteurs espagnols d'ici à 2035 et de porter la part des énergies renouvelables de près de 60 % aujourd'hui à 81 % de la production électrique espagnole en 2030.

Selon les calculs du gouvernement, maintenir la centrale jusqu'en 2030 réduirait le recours aux centrales à gaz, avec un impact limité sur le développement des renouvelables.
...

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/championne-des-renouvenables-lespagne-prolonge-la-centrale-nucleaire-dalmaraz-jusquen-2030-2247102

Le problème, c'est qu'il faut des sources d'électricité pilotables, alors que les renouvelables comme l'éolien et le solaire ne le sont pas. En particulier, le solaire surproduit le jour au printemps et à l'été, et amène à des prix de gros négatifs (où les EnR ont intérêt à arrêter de produire...), mais ne produit pas la nuit, et en hiver, où la consommation est la plus importante, les nuits sont longues. On le voit en Allemagne, où ils ont prévu de rajouter 20 GW de centrales à gaz, pour avoir des sources pilotables, et remplacer à terme les centrales à charbon.
« Modifié: Aujourd'hui à 09:37:01 par alain_p »