Auteur Sujet: Présentation de Jean-Michel Planche - Witbe  (Lu 7541 fois)

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vivien

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Présentation de Jean-Michel Planche - Witbe
« le: 01 juin 2008 à 21:51:22 »
Activitée actuelle : Fondateur et président de Witbe, société proposant des solutions de monitoring de la QoE (qualité d'expérience, nouveau nom à la mode pour la qualité de service). pour la petite histoire Witbe = Who Is The Best

Photos des robots Witbe :


Son bogue : http://www.jmp.net/

Quelques dates :
  • A 17ans : Jean-Michel Planche développe un pro-giciel pour la société de Karl Lagarfeld
  • 1989 : il fonde Apysoft
  • 1990 : il fonde Oléane, 2ème FAI Français, juste derrière France Télécom et sa filiale Transpac
  • Mars 1998 : France Telecom rachète Oleane.
  • 2000 : il fonde Witbe avec Marie-Véronique Lacaze, ancien directeur général d'Oléane
  • 29 mai 2008 : Jean-Michel Planche dîne avec le Secrétaire d’Etat chargé de la prospective, de l’Evaluation des politiques publiques et du développement de l’Economie numérique : Eric Besson dans le cadre des Assises du numérique
  • 30 mai 2008 : Jean-Michel Planche participe à un débat sur les IX et Peering dans le cadre du FRnOG 12 :




Son credo pour le FTTH : des réseaux NEUTRES, OUVERTS et INTEROPERABLES

feyb64

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Jean-Michel Planche - Witbe
« Réponse #1 le: 02 juin 2008 à 22:47:48 »
...
Son credo pour le FTTH : des réseaux NEUTRES, OUVERTS et INTEROPERABLES

Je suis tout à fait d'accord avec ce credo  ;)

vivien

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Jean-Michel Planche - Witbe
« Réponse #2 le: 07 avril 2009 à 08:47:38 »
Jean-Michel Planche interviewé dans le Billautshow

Qui ne connaît pas Jean Michel Planche ? Aurons-nous une Hadopi 2.0 ? L'internet va-t-il devenir un Minitel 2.0 ?

C'est toujours un grand moment, en tout cas pour moi, d'écouter et de discuter avec Jean Michel...
C'est la guerre en France (en plus de la crise économique)... Internet permet le piratage... Le piratage c'est mal. Donc Internet c'est mal..
Des "vieilles badernes" (dixit Jean Michel) qui pratiquent la transitivité à outrance, n'ont pas compris le passage au numérique de nos économies. En fait ils l'ont bien compris, mais veulent rester dans l'analogique et garder leur CA et leur pouvoir. Et imposer leurs vues.
Après Hadopi, voilà que se profile un autre "pi" à base de filtrage... Là, ce n'est plus le Ministre de la Culture que l'on va faire jouer, mais le Ministre de l'Intérieur... Aurons-nous besoin de logiciels hadopisés dans nos PC, téléphones, téléviseurs, appareils photos, etc... pour prouver que nous ne sommes pas répréhensibles auprès du Petit Père du Peuple électronique et de notre vieille élite ? Et ces logiciels que feront-ils sans qu'on le sache ?
Le risque est grand que l'Internet devienne un Minitel...
A voir, écouter, et surtout méditer... Il serait peut-être temps de se réveiller et de prendre conscience...


http://www.jaimelesautistes.fr/2009/04/jean-michel-planche-analyse-la-problematique-du-numerique/
http://billaut.typepad.com/jm/2009/04/qui-ne-conna%C3%AEt-pas-jean-michel-planche-auronsnous-un-hadopi-20-.html

vivien

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Jean-Michel Planche - Witbe
« Réponse #3 le: 03 janvier 2011 à 22:25:39 »
Jean-Michel Planche (Witbe) : « Travailler avec les opérateurs mondiaux, c’est aussi passionnant qu’être opérateur soi-même »

Witbe (monitoring de services IT) fête ses dix ans. En tant que pionnier du Net français, son président Jean-Michel Planche revient sur la décennie 2000 - 2010 : bulle Internet, haut débit, Internet mobile, IPv6, fibre, neutralité du Net...

En dix ans, Witbe est devenu l’un des plus grands fournisseurs français de solutions de monitoring de la qualité et disponibilité des services IT.

Son co-fondateur et président Jean-Michel Planche revient sur la décennie 2000 – 2010 riche en évènements : la bulle Internet, le haut débit, l’Internet mobile, IPv6, fibre optique, neutralité du Net…

Quel avenir numérique pour la France ? Le « Seigneur des réseaux » (difficile de rester humble après un tel surnom donné par Informatiques Magazine en mars 2002) nous livre sa vision dans une interview fleuve… (Interview réalisée le 22 décembre 2010)

ITespresso.fr : Vous avez fondé Witbe en l’an 2000. Finalement, LE bug n’a pas eu lieu… en revanche, la bulle Internet a explosé. Quels sont vos souvenirs de cette période ?

Jean-Michel Planche : Quels souvenirs ? Et bien globalement du meilleur au pire. Le meilleur était la création de Witbe dans une période d’euphorie. Tous les financiers de la place voulaient placer leur argent dans la valeur « Planche » (à cause de mon « track record »). Et puis la bulle s’est dégonflée et j’ai commis l’erreur de dire aux financiers que je viendrais les voir avec un vrai projet, une équipe, des produits et des clients. Cela nous a pris deux ans et là …la valeur « Planche » n’était plus la même. A cause du « track record » des autres… (rires). Alors je retiens au moins deux choses, à commencer par la fin de l’illusion de penser que chez nous aussi en France, « c’était possible ». En effet, avant l’éclatement de la bulle, on se serait presque cru en Californie. Tout était possible. On pouvait financer de grandes choses. Les projets jaillissaient de partout, même les plus improbables. Puis tout s’est emballé. On a beaucoup chargé, à tort, les start-up. Les responsables ont été certains financiers et les grands groupes qui se sont mis à « jouer » à la hauteur de leurs moyens et de leur folie. Ils nous ont fait perdre des milliards et beaucoup de temps et de cheveux. Bien sûr que les start-up ont eu leur part de responsabilités, mais pas toutes, loin s’en faut. Le second point est une irruption de parasites comme on n’en avait jamais eu avant et qui n’avaient aucune décence. Ces gens qui pour beaucoup sortaient de cabinets de conseils ou même juste de l’école et se faisaient courtiser sur la base de business plan stupides en nous expliquant qu’ils « valaient » 100 MF (on disait « patates » à l’époque). Pourquoi je dis indécent : parce qu’à la même époque, des infirmières manifestaient dans la rue pour être reconnues et pour gagner quelques dizaines de francs de plus. Cela n’empêchait pas des morveux de venir m’expliquer la vie et me demander la taille de mon fonds (sic!)

ITespresso.fr : Qu’est-ce que le 11 septembre 2001 a changé dans votre vie, dans votre entreprise… ?

Jean-Michel Planche : Honnêtement, pas grand-chose, sauf que cela a été encore plus difficile, mais nous commencions à être habitués. En ce qui me concerne, je n’avais pas besoin du 11 septembre pour retrouver le sens des réalités. Quand c’est arrivé, au-delà de l’émotion et de la compassion, je me suis dit que là, cela ne pouvait plus être pire. C’était complet ! Il faut savoir que depuis l’éclatement de la bulle, chaque lendemain était pire que la veille. Les bourses dévissaient. Mes actifs fondaient comme neige au soleil (du moins ceux que j’avais fait gérer par des professionnels de la profession) et, dans le même temps, nous avions beaucoup de mal à rencontrer notre vrai marché, tant il était accaparé à se sauver lui-même. J’avais déjà pris mon 11 septembre sur la tête depuis longtemps.

ITespresso.fr : Le haut débit s’installe en 2002. Quel impact pour le réseau national ? Et par extension au niveau mondial ?

Jean-Michel Planche : Curieusement peut-être, je pense que c’est moins l’aspect vitesse dans le haut débit qu’il faut retenir. La véritable transformation est lorsque nous avons pu amener un modèle économique « always on » à l’Internet et pour tous. Il fallait « sortir » la data des commutateurs téléphoniques, faits pour taxer. Il fallait créer le réseau que l’Internet méritait. Jusque-là, l’Internet était un sous-ensemble du réseau voix. A partir du moment où l’Internet a eu son véritable réseau et où les utilisateurs n’avaient plus à se soucier du prix de la facture finale, les usages ont pu exploser. Par la démocratisation de l’accès, un véritable marché de masse a pu se faire jour et de nouveaux services novateurs apparaître. L’Internet a progressivement « aspiré » tous les usages et la masse critique de consommateurs étant là (à la différence de l’an 2000) … le succès de masse est arrivé.

ITespresso.fr : L’avènement du « Web 2.0″ dans la période 2004-2005 : nouvelle bulle ou bouffée d’oxygène ?

Jean-Michel Planche : Compliqué de répondre en quelques mots. C’est un peu de tout cela à la fois et aussi autre chose. En fait, le Web 2.0 ne veut pas dire grand-chose pour ceux qui ont connu les fondamentaux de l’Internet et même les premiers navigateurs ou la vision de Tim Berners-Lee et de son équipe. L’Internet veut dire symétrique à la base et donc que l’on puisse lire, mais aussi écrire. Que l’on puisse participer n’est en soi ni une révolution, ni même une évolution, c’est dans les gênes de « l’Internet de base » (« le 0.0″). On est juste passé du Web plaquette, digne héritier du Minitel, au Web pour et par tous. Et où certains ont même poussé le bouchon encore plus loin en s’accaparant la valeur créée par les internautes. Marc Davis (ancien Vice-Président en charge du marketing mobile chez Yahoo) déclarait dès 2006, « pour la première fois dans l’histoire de notre industrie et même dans l’histoire…nos fournisseurs sont nos clients« . Il avait au moins l’honnêteté de le reconnaître, de le dire et surtout de nous remercier. Ce n’est plus arrivé depuis… :-)

ITespresso.fr : Vous êtes plutôt blog ou réseaux sociaux ?

Jean-Michel Planche : Ni l’un ni l’autre… du moins pas dans leur forme extrême que je vois aujourd’hui où l’outil semble avoir pris le pas sur le sens. Aujourd’hui on parle de « blogueurs » comme d’une catégorie « ultime », qui aurait des droits différents car faisant partie d’une « élite », capable d’influence. On dit aussi que si tu n’es pas sur Twitter ou Facebook avant 20 ans, c’est que tu as raté ta vie… Tout cela, c’est du Minitel 2.0 et même pire, car c’est l’utilisateur qui fait tout le travail. Au moins dans le Minitel Rose, il y avait une notion « d’animation » (rires). Je me bats pour que chacun puisse « exister numériquement » et cela ne veut pas dire tomber dans les griffes de quelques-uns ou passer sous les fourches caudines des intérêts mercantiles des autres. Cela veut dire : pouvoir se passer d’eux et pouvoir assurer notre propre existence numérique. Seul. Mais c’est aussi pouvoir créer et devenir le nouveau Facebook ou Google. Et ça, ce n’est pas gagné. Donc, j’ai une machine allumée 24h/24 sur l’Internet depuis 24 ans, j’ai un site Web depuis 1993, j’ai un blog et on peut me trouver sans mal sur Twitter, mais plus difficilement sur Facebook où je suis en NPAI : « N’habite Pas à l’Adresse Indiquée ».

ITespresso.fr : Le wap et l’iMode en 2000, l’iPhone et plus généralement les smartphones en 2010 : En dix ans, quel regard portez-vous sur le décollage raté puis l’accélération de l’Internet mobile ?

Jean-Michel Planche : Que tôt ou tard le bon sens et la raison finissent toujours par gagner. Que tout ce qui est fermé n’est pas de l’Internet et que l’Internet finit toujours par gagner. L’Internet mobile n’a pas grand sens pour moi. Je préfère largement la notion de continuité de services. En fait parler d’Internet mobile, d’Internet, d’Internet des objets, de mobile comme s’il s’agissait de choses différentes ne permet pas d’entrevoir le potentiel du tout réuni. Nous vivons dans un monde connecté et de mieux en mieux connecté. La clé est la continuité de services au travers d’une multitude de terminaux, de réseaux et le sens et les responsabilités que l’on met derrière tout cela. Le reste, c’est du bullshit marketing de sociétés qui veulent nous vendre leur vision, conceptualisée par des produits éphémères et non structurants ou des services les moins interopérables possibles pour tenter de capter le maximum de valeur.

ITespresso.fr : On parle depuis dix ans de l’adoption du protocole IPv6 mais peu d’opérateurs semblent se mobiliser pour encourager son adoption… Le risque de pénurie d’IPv4 est-il réel ?

Jean-Michel Planche : Oui. A force d’avoir trop crié au loup, on n’a pas pris ce problème au sérieux. Mais, maintenant, on est clairement face à l’épuisement de ressource, qui je le rappelle est, en principe, un bien collectif, donc précieux. Est-ce grave ? Oui, bien sûr, mais pas pour la raison que l’on croit. Ce n’est pas grave parce qu’il n’y aura bientôt plus d’adresses à distribuer. C’est grave parce… ce n’est pas grave. On peut faire avec cette limitation, car on ne parle déjà plus de l’Internet que je connaissais et que j’ai contribué à construire. L’Internet devient de plus en plus une sorte de réduction primaire, dans laquelle seuls quelques gros (sites) risquent de surnager. Aujourd’hui, la plupart des usages de Madame Michu se font au travers du port 80… c’est-à-dire le Web. Ce port a la particularité de pouvoir être facilement « bricolé » et de permettre l’accès de centaines, de milliers de personnes, sur une seule adresse Internet réelle (proxy, NAT and co). Quand on utilise ces mécanismes de conversion, ce n’est déjà plus tout à fait de l’Internet (conversion d’un protocole/adresse « privée », non routée et non routable sur l’Internet en un protocole/adresse routable). Tout devient pré-déterminé et l’innovation est forcèment beaucoup plus limitée.

ITespresso.fr : En clair, la capacité d’innovation risque d’être amoindrie ?

Jean-Michel Planche : Si demain un nouveau protocole apparaît et qu’il me semble important, je ne serais malheureusement pas certain de pouvoir en profiter. C’est bien dommage. Mais pire : ma propre capacité d’innovation va se retrouver limitée. En effet, il faut penser « est-ce que mes usagers pourront accéder à mon service ? Ne sera-t-il pas filtré ? Passera-t-il les firewalls, le NAT, etc. Plutôt que d’innover, on risque de se reposer intellectuellement derrière la force de diffusion et les innovations des autres. Par exemple, pour être sûrs que nos vidéos soient accessibles au plus grand nombre, nous irons les faire héberger par Google/YouTube. C’est sûr que l’èmergence d’un nouveau YouTube en sera d’autant plus difficile.

ITespresso.fr : Comment généraliser le très haut débit, qui peine à progresser en France ? L’idée de remonter un fournisseur d’accès « fibre » [après avoir co-fondé le service d'accès Internet Oléane dans les années 90, ndlr], vous n’y pensez pas un peu le matin en vous rasant ?

Jean-Michel Planche : A voir l’actualité, parfois cela démange. Mais j’en reviens vite à ma raison première. J’ai appris beaucoup de choses lorsque j’étais « opérateur » et j’ai souhaité mettre cette connaissance au service des autres, d’où la création de Witbe. Travailler avec autant d’opérateurs dans le monde, mais aussi avec toutes ces entreprises, c’est tout autant passionnant qu’être opérateur soi-même. Je pensais en effet que l’un des principaux challenges des opérateurs serait la maîtrise de la qualité qu’ils devront délivrer, dans un environnement hétérogène, qu’ils ne contrôleront plus de bout en bout. Les services opérateurs deviendraient de plus en plus critiques, l’Internet omniprésent, la qualité ne serait donc plus une option. Il fallait donc faire évoluer l’industrie de la supervision et du monitoring pour être en phase avec ces nouveaux challenges et aider mes pairs à passer la vague. Et cela m’occupe déjà beaucoup. Cela se passe, maintenant, à la différence d’Oléane, à l’échelle internationale. Pour revenir au sujet d’un nouvel opérateur, je vous rappelle que la baseline d’Oléane était : « l’Opérateur Internet ». C’était en 1993 déjà et cela résumait tout. J’aimerais bien qu’il existe aujourd’hui un opérateur Internet tel que je l’imagine. Il y a encore beaucoup à inventer dans cet univers mais ensuite, qu’il travaille sur fibre, DSL ou pigeon voyageur, c’est une autre histoire. A l’époque je disais aussi que l’Internet passerait partout… même sur de la moquette électro-statiquement chargée ;-) Maintenant il est clair que la fibre optique nous ouvre un champ des possibles absolument considérable si tant est que nous l’exploitions correctement. Il y a plus de différence entre l’ADSL et l’optique qu’entre le RTC avec son fameux modem et l’ADSL.

ITespresso.fr : Vous participez au débat sur la neutralité du Net en France. Un « internet segmenté » est-il un risque réel ?

Jean-Michel Planche : J’ai beaucoup écrit sur le sujet et même repris un (une) ministre qui nous expliquait qu’un Internet à plusieurs vitesses serait un non-sens. Bien sûr que l’on se dirige vers un Internet à plusieurs classes de services (c’est à dire avec différents niveaux de qualités) et même malheureusement vers plusieurs Internet. Pour ce qui est des classes de services, ce n’est pas nouveau. Il n’y a pas un mais des Internet. L’Internet universitaire est différent de l’Internet grand public, qui lui-même est différent de l’Internet professionnel. On obtient encore aujourd’hui une bonne interopérabilité, même si ce ne sont pas les mêmes moyens, les mêmes ambitions, les mêmes garanties de fonctionnement…Par contre, on peut craindre le pire quand certains marketeurs boutonneux vont créer un « Internet illimité » avec que du Facebook, du Dailymotion et du mail sur la plate-forme de l’opérateur accessible entre 16h et 20h, sauf le week-end.

ITespresso.fr : Finalement, c’est grave docteur ?
Jean-Michel Planche : Tout cela ne sera pas bien grave SI nous savons ce que nous achetons avant de l’acheter (transparence de l’offre tant en terme de fonctionnalités que de qualité). SI nous avons le choix, c’est-à-dire le choix de pouvoir toujours acheter un VRAI Internet, ET SURTOUT si nous restons dans un pays concurrentiel : si l’offre ne nous plaît pas, il est alors possible de retrousser ses manches et faire son propre Internet, ses propres produits et services ET accéder au marché (c’est à dire avoir la possibilité de vendre). Voilà mes vraies craintes. Le reste n’est pas essentiel. Il y aura toujours un Internet qui suffira à satisfaire quelques grands et qui tendra davantage à abrutir notre Madame Michu qu’à réveiller sa conscience et sa capacité de se rebeller positivement (sous l’angle : comment entreprendre pour changer le monde). Il y a un marché de « consommateurs », il faut le respecter. Mais il faut aussi respecter ceux qui veulent créer, innover et qui ne se retrouvent pas forcèment dans le monde qu’on leur donne. Aux États-Unis, c’est une force à tel point qu’ils disent « Change the world ». On parle même de HACKER. Ici, c’est une faiblesse et HACKER semble être un gros mot, mal utilisé d’ailleurs par des gens qui l’accaparent surtout pour faire des conneries (attaques DoS…).

ITespresso.fr : Vous avez déposé une contribution intitulée « Hackaton à l’Elysée » après le fameux déjeuner Internet à l’Élysée… Êtes-vous satisfait de cette intrusion dans l’espace politique ?

Jean-Michel Planche : Humm… Sur le coup, je me suis dit satisfait de voir qu’une porte s’entre-ouvrait dans une action qui était jusque-là inaccessible. Maintenant, avec le recul et une analyse à froid de tout ce que m’a « coûté » cette rencontre, je dirais – pour contre-balancer ce que certains ont appelé une naïveté – que je suis déçu de voir qu’en France, si l’on veut faire bouger les choses, on a toujours une partie des gens sur le dos. Les sceptiques, les jaloux, les opportunistes, les « cela ne marchera jamais », les contre… Il est amusant de savoir qu’au moment où le Président nous recevait, son homologue américain invitait, lui, les plus grands industriels du numérique de son pays. Je ne pense pas que cela ait fait autant de vagues que chez nous…Mieux, c’était même normal et valorisant pour les uns et pour les autres. Je suis déçu ou plutôt frustré de n’avoir pas mieux préparé les sujets pour encore mieux faire comprendre au Président que le numérique n’est pas une matière comme les autres et en son sein, l’Internet mérite une connaissance et un traitement particulier. Que l’Internet ne fait pas que rimer avec Net et qu’il englobe des valeurs humanistes bien plus larges que les sites Web dont tout le monde parle. J’ai utilisé le terme de « technologie inspirée ». Je ne suis pas certain que cela soit compréhensible entre le fromage et la poire. Je suis aussi frustré de ne pas avoir eu assez de temps pour parler des opportunités fantastiques qu’offrent le numérique et des infrastructures avancées en termes d’avantages compétitifs majeurs à un pays. Déçu aussi de ne pas avoir pu mieux expliquer pourquoi la méthode du gouvernement finit souvent de la même façon lorsqu’il s’agit de numérique et de l’Internet en particulier.

ITespresso.fr : On se donne rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure…Petit exercice de prospective : nous sommes en décembre 2020. Que s’est-il passé au cours des dix dernières années ?

Jean-Michel Planche : Je crois que nous sommes au bout de ce que nous pouvons faire côté technologie réseau, technologie d’accès. Du moins au bout du visible. Que voulez-vous qu’il existe de vraiment différent de maintenant ? On ira un peu plus vite, pour beaucoup plus cher. Non, je plaisante : pour beaucoup moins cher, bien sûr. Le sujet ne serait-t-il pas plutôt le suivant : quelle évolution du politique et du social dans un monde massivement connecté ? Quelle société cela va-t-il permettre de créer ? Serons-nous capables de vivre mieux ? Et cela passera forcèment par « un mieux vivre ensemble ». Ou aurons-nous accentué les clivages comme nous tendons à le faire aujourd’hui ? Et nous aurons écrit notre Mad Max 1 : l’information et les services auront remplacé la pénurie de pétrole et les tuyaux de nos opérateurs seront les routes désertiques d’Australie… L’innovation sera dans les logiciels qui permettront de créer les services qui nous faciliteront la vie et nous permettront de remettre l’humain au centre. Serons-nous capables encore de les créer ou cela sera-t-il réservé à quelques élites ? C’est là aussi un choix de société et cela touche à l’éducation. Allons-nous continuer de former, au fil des générations technologiques, des pro-Thomson TO7, des pro-Office, des pro-Google ? Allons-nous savoir remettre l’humain au centre du dispositif et lui redonner l’envie du simple, du beau et de l’utile ? Dans une conférence en 2008, j’avais dit que le prochain service gagnant sera celui qui me fera gagner du temps, celui qui me fera gagner de l’argent (ou pour le moins éviter d’en perdre), celui qui saura m’émouvoir. Mais j’avais aussi cité Théodore Monod qui disait : « Je suis persuadé que le salut des individus est dans le rejet de tout le compliqué, l’artificiel, l’inutile dont la civilisation nous gave à étouffer. »


Source : ITespresso.fr par Nicolas Guillaume, le 30 décembre 2010

 

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