Auteur Sujet: Chute action ASML suite à annonce concurrent chinois dans le Deep Ultra Violet  (Lu 712 fois)

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alain_p

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L'action ASML a chuté de 15% le 27 Juillet, voir ci-dessous, suite à un article du site américain 'Information', comme quoi une startup chinoise basée à Shangai, Shanghai Yuliangsheng Technology, allait commencer la production en masse de machines de gravure dans le Deep Ultra Violet (donc capable de produire des circuits dans la gamme du nanomètre), directement concurrentes d'ASML. La startup, rachetée par une plus grosse de Shangaï, Shanghai Aishengna Electronic, doit produire 5 machines cette année, et 20 en 2027, pour équiper les producteurs de semi-conducteurs chinois.

Une est déjà en test chez SMIC, le plus gros d'entre eux (Semiconductor Manufacturing International Corporation). Il est impressionnant que la Chine ait pu développer aussi vite des machines réputées extrêmement complexes.

L'action Nvidia a aussi chuté le même jour, car des entreprises chinoises pourraient produire à moyen terme des GPUs concurrents des siens, sans passer par TSMC, le fabricant de semi-conducteurs taïwanais.

A mon avis, cette annoncé illustre une nouvelle fois le manque de souveraineté des européens. C'est sur injonction des américains, que le gouvernement néerlandais a interdit à ASML d'exporter ses machines en Chine. D'un côté, cela faisait un gros marché en moins pour ASML, mais d'un autre côté, on pouvait se douter que la Chine allait chercher à développer de telles machines auxquelles elle n'avait pas accès.

Si ASML avait pu vendre ses machines en Chine, celle-ci n'aurait pas vu l'urgence de développer ses propres solutions, et aurait été plus pérenne. Là, on peut craindre la chute de la plus grosse entreprise technologique d'Europe (et sa première valorisation boursière, environ 600 milliards d'euros, avant...).

Voir par exemple cet article des Echos :

Citer
Cette entreprise chinoise qui fait trembler ASML et tout le marché des semi-conducteurs

Pékin a amorcé la production de masse de machines de lithographie pour graver les puces avancées. L'objectif pour le pouvoir chinois est désormais de développer une filière souveraine de semi-conducteurs.

Par Joséphine Boone - Publié le 28 juil. 2026 à 13:01Mis à jour le 28 juil. 2026 à 17:15

La Chine met la pression sur les semi-conducteurs. Selon le média américain « The Information », Pékin a amorcé la production de masse de machines de lithographie pour graver les puces. Une étape fondamentale dans le processus industriel, considérée comme un quasi-monopole pour le néerlandais ASML.

Le champion européen a dégringolé de plus de 8 % à la Bourse d'Amsterdam en fin d'après-midi lundi, et cédait 2 % à la mi-journée mardi. Le titre a atteint son point le plus bas depuis début juin, après une hausse spectaculaire au cours premier semestre. Ses deux concurrents Nikon et Canon ont quant à eux cédé 11 % et 6 % mardi.

Créer une filière chinoise souveraine

Précisément, la start-up Shanghai Yuliangsheng Technology, soutenue par le pouvoir chinois et rachetée par une entité plus large, Shanghai Aishengna Electronic, a commencé à mettre en production ses machines de lithographie par immersion dans l'ultraviolet profond (DUV). Un outil utilisé par tous les fondeurs à l'échelle mondiale, y compris le leader TSMC, pour graver des processeurs avancés.

La société créée en 2022 devrait produire cinq unités dès cette année, et une vingtaine l'année prochaine : sans doute de quoi commencer à fournir les acteurs chinois des semi-conducteurs. De fait, le premier exemplaire de cette machine est en test depuis septembre 2025 chez le fondeur SMIC, le TSMC chinois.

Elle compte d'ailleurs parmi ses actionnaires SiCarrier. La société travaille étroitement avec Huawei, qui développe désormais ses propres puces pour concurrencer Nvidia dans l'intelligence artificielle. L'objectif pour le pouvoir chinois est désormais de développer cette filière de manière souveraine, au moment où la course à l'intelligence artificielle fait rage.

« Nouveaux concurrents »

« Nous sommes confrontés à de nouveaux concurrents dotés de ressources financières substantielles, ainsi qu'à celle de ceux motivés par l'ambition d'autosuffisance dans le contexte géopolitique », expliquait d'ailleurs le géant ASML dans son dernier rapport annuel, sans pour autant citer d'acteur précis.

ASML est le leader mondial sur la DUV et EUV. Ces deux technologies de photolithographie projettent le dessin des circuits sur une couche photosensible déposée sur une tranche de silicium. Leur différence tient à la longueur d'onde de la lumière utilisée : plus elle est courte, plus il est possible d'imprimer des motifs fins.

Les machines EUV d'ASML sont les plus perfectionnées aujourd'hui, les derniers modèles coûtant quelque 400 millions d'euros l'unité, là où les modèles DUV coûtent moins de 100 millions d'euros. Mais les revenus du fabricant néerlandais sont davantage portés par le DUV : en 2025, ASML a vendu 279 machines DUV contre 48 EUV, soit cinq fois plus.

Production embryonnaire

A cause des restrictions d'exportations imposées par les Etats-Unis sur les technologies avancées, ASML ne peut pas livrer ses machines EUV aux acteurs chinois, mais peut encore leur vendre sa technologie DUV. L'année dernière, les échanges avec la Chine représentaient tout de même 30 % du chiffre d'affaires de l'entreprise, soit environ 10 milliards d'euros. Une exposition qui s'étiole volontairement d'année en année.

https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/cette-entreprise-chinoise-qui-fait-trembler-asml-et-tout-le-marche-des-semi-conducteurs-2244739

hwti

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Il est question de 5 puis 20 machines DUV, à comparer aux 279 vendues par ASML en 2025, donc je trouve la réaction excessive.
Et pour NVIDIA et les GPU, dont la production demande des machines EUV, s'il y a un effet c'est à plus long terme.

Nico

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Je me demande si leur fournir des machines n'aurait pas non plus accéléré leur capacité à copier la techno d'ASML. Vaste sujet.

alain_p

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En fait, J'ai vu une vidéo YouTube qui explique la Chine explore deux pistes pour produire, comme ASML, de l'ultra violet à 13.5 nm. L'une est la même qu'ASML, mais extrêmement complexe, le bombardement de gouttelettes d'étain, et qui requiert de maitriser des technologies avancées par exemple pour la fabrication de miroirs à la courbure contrôlée au nm près, et une autre, qu'ASML avait lui-même étudiée il y a 20 ans, mais abandonnée car non faisable à l'époque, la décharge dans un plasma (LPP : Laser Produced Plasma),  mais dont les chinois pensent que les technologies actuelles permettraient d'obtenir, mais qui demande encore de la mise au point.

Et ils auraient rapatrié en Chine en 2021 l'ingénieur qui a conçu le procédé de création de ce faisceau à 13.5 nm, qui se trouve être un chinois d'origine, Lin Nan, qui a étudié en Europe, à Munich, et qui a été formé par la prix Nobel française Anne L'Huillier.

https://www.scmp.com/news/china/science/article/3308204/former-asml-head-scientist-lin-nan-drives-chinas-latest-euv-breakthrough

Donc non, la Chine ne se contente plus de copier, elle innove...


lgom

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Donc non, la Chine ne se contente plus de copier, elle innove...
Je quote, pour la postérité : trop gros, passera pas.

Hugues

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Pour avoir passé 2 semaines en Chine ce printemps, je confirme qu'ils ont pris une sacrée avance, c'est beau le déni.

alain_p

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Et oui, il y a un fait peu connu, mais la Chine est devenue le premier pays au monde en terme de publications scientifiques, devant les États-Unis, et de loin, 1 million contre 700.000 en 2023, et depuis cela a encore augmenté, voir ci-dessous . Et d'après les échos que j'ai, elles sont devenues de très bonne qualité. Bon, en même temps, ils ont beaucoup plus d'habitants que les Etats-Unis, et bien sûr la France, qui régresse dans ce classement des pays. Il faut dire que nous on réduit le financement de la recherche, ou aux Etats-Unis, on la saborde.

Je pense personnellement que la Chine va compter plusieurs prix Nobel dans les années à venir. Et pas que sur les sujets technologiques, dans les sciences fondamentales aussi. Par exemple, ils ont construit un détecteur de neutrinos, qui surpasse ce qui se fait ailleurs dans le Monde.

https://www.science.org/content/article/first-results-put-neutrino-experiment-china-track-breakthrough

Oui, certains sont encore dans le déni de l'avance que prend la Chine actuellement.

https://atlasocio.com/classements/education/publications/classement-etats-par-nombre-publications-scientifiques-monde.php

alain_p

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Il y a eu une chronique le 6 Août dernier, d'un universitaire de Paris I, Emmanuel Combe, à ce sujet, dans les échos, qui rejoint ce que je disais :

Citer
Restrictions à l'exportation : demain, la Chine remerciera Donald Trump

Restreindre l'accès d'un pays à une technologie de pointe peut produire l'effet inverse de celui recherché. Emmanuel Combe se penche sur le cas de la Chine, qui commence à combler son retard dans les machines de gravure lithographique des puces électroniques.

Par Emmanuel Combe (professeur à l’Université de Paris 1) - Publié le 6 août 2026 à 16:25Mis à jour le 6 août 2026 à 16:59

Le géant néerlandais des équipements pour semi-conducteurs et première capitalisation d'Europe, ASML, a perdu près de 10 % à la Bourse en quelques jours. Le motif ? La révélation par The Information, qu'une entreprise d'Etat chinoise s'apprêtait à lancer la production en série de machines de lithographie DUV, l'un des produits phares d'ASML.

Rappelons d'emblée qu'ASML n'est pas une entreprise tout à fait comme les autres : elle détient 100 % du marché mondial des machines de lithographie EUV, celles qui gravent les puces les plus avancées, et plus de 80 % du marché des machines DUV. Ce monopole est le fruit de trente ans de R&D et s'appuie sur un écosystème européen unique de fournisseurs, comme Zeiss pour l'optique ou Trumpf pour les lasers. Autant de barrières à l'entrée qui rendent peu probable l'arrivée d'un nouveau concurrent.

Or, depuis 2019, sous l'effet de pressions américaines, les Pays-Bas ont du bloquer l'exportation vers la Chine des machines EUV et DUV les plus performantes. La question qui se pose - et qui dépasse largement le cas d'ASML - est celle de l'effet d'une restriction d'accès à une technologie de pointe sur l'incitation à innover du pays visé. La réponse est loin d'être univoque, car deux forces contraires sont à l'oeuvre.

Le cas de l'URSS et des ordinateurs

D'un côté, une restriction produit sur le pays visé l'effet négatif recherché. Privé des équipements de pointe, ce pays ne peut pas produire les puces les plus avancées. Il ne peut pas non plus rattraper son retard en descendant le long de la courbe d'expérience, faute de transferts de connaissance liés à la maintenance et à l'usage des machines importées.

Ainsi, l'URSS, privée d'ordinateurs occidentaux de pointe par le Cocom - comité créé en 1949 où Washington fixait la liste des produits non exportables par ses Alliés -, a accumulé dans l'électronique un retard qu'elle n'a jamais vraiment résorbé.

De l'autre, la restriction peut produire l'effet exactement inverse. La Chine peut certes contourner l'absence d'EUV en multipliant les passages sur des machines DUV, mais au prix de rendements dégradés. Privée d'accès, elle n'a plus qu'une issue : fabriquer elle-même les machines de pointe.

Reste à savoir pourquoi un industriel chinois se lancerait dans une aventure aussi risquée. L'interdiction de vendre à la Chine les machines les plus avancées fonctionne en réalité comme une protection commerciale. Un entrant chinois sait désormais qu'il disposera d'une demande domestique captive et de grande taille, à laquelle le concurrent étranger le plus efficace n'aura plus accès : le risque de ne pas trouver de débouché, qui dissuade d'ordinaire d'entrer sur un marché aussi capitalistique, disparaît. La restriction revient à protéger une industrie naissante, sauf que cette protection est imposée… par l'extérieur.

Rien de véritablement nouveau : l'économiste Réka Juhasz a montré que le blocus napoléonien à l'encontre du Royaume-Uni, pays leader dans les machines de filature, avait conduit les régions françaises les plus protégées de la concurrence britannique à mécaniser la filature du coton bien plus vite que les autres.

À court terme, la menace chinoise sur les machines DUV reste embryonnaire : quelques machines cette année devraient être livrées, une vingtaine en 2027, quand ASML en a livré 131 en 2025. Mais il pourrait en aller tout autrement à long terme. Et dans cette guerre technologique entre Washington et Pékin, il y aura deux grands perdants.

L'Europe tout d'abord, qui n'a rien demandé et se voit imposer des règles d'exportation pour ses propres entreprises : elle perdra à terme une partie du marché chinois. Les Etats-Unis ensuite, qui n'auront contenu la menace qu'à court terme, tout en favorisant demain le développement de technologies de pointe en Chine. La Chine pourrait même dire merci demain à Donald Trump de lui avoir imposé une telle contrainte.

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/restrictions-a-lexportation-demain-la-chine-remerciera-donald-trump-2246204#utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_email_type=retention&utm_campaign=lec_idees_debats_de_la_semaine&utm_email_send_date=20260809