Armando Perreira a porté plainte il y a quelques semaines contre son ex associé Patrick Drahi, pour tenter de récupérer les 20% des parts de diverses société du groupe Altice qu'il avait mis en fiducie chez Patrick Drahi, dans des contrats plus ou moins secrets. C'est à dire qu'il avait placé de l'argent dans les différentes affaires montées par Altice, mais les avait fait gérer discrètement par Patrick Drahi, à charge pour ce derniers de lui reverser sa part des bénéfices, ce qui n'est plus le cas depuis que Patrick Drahi s'est dit senti trahi, à l'été 2023, quand Armando Perreira a été arrêté au Portugal, par son ancien ami et partenaire en affaire.
On apprend maintenant par Libération qu'Armando Perreira a fait saisir par la justice suisse deux propriétés de Patrick Drahi, sa maison dans le quartier huppé de Coligny à Genève, sur les bords du lac Léman, et ses 6 chalets à Zermatt, où il s'était fait domicilié, pour bénéficier de conditions fiscales encore plus avantageuses qu'à Genève. Et les saisies pourraient continuer, car la valeur de ces deux propriétés n'atteignent pas encore, loin de là, le plafond fixé par la justice suisse, 1.2 milliards de francs suisses (1.3 milliards d'euros).
Mais Patrick Drahi a contre-attaqué pour faire bloquer ces saisies. En argumentant que la maison à Coligny ne lui appartient pas, mais à son ex-femme, dont il a divorcé, mais avec laquelle il s'est remarié religieusement, et de même les chalets à Zermatt ne lui appartiennent pas, mais à une société immobilière.
Avec la complication qu'il est aussi en conflit avec le fisc de Genève, qui lui a signifié il y a quelques années un redressement d'impôts locaux, car elle soupçonne que son divorce, civil, a été artificiel, et qu'il résidait en fait toujours à Coligny...
Cela la fout un peu mal en pleines négociations d'Altice avec le consortium Bouygues/Iliad/Orange pour le rachat de SFR...
Voir Libération d'hier :
Info Libé Patrick Drahi voit deux de ses maisons saisies sur demande de son ex-associé d’Altice, Armando Perreira
L’homme d’affaires portugais, lui-même poursuivi par la justice de son pays, entend récupérer une partie des milliards d’euros qu’il réclame à celui qui fut son partenaire dans les télécoms et les médias durant trois décennies.
Par Franck Bouaziz et Laurent Léger - Publié le 26/05/2026 à 9h45
Et dire qu’ils ont été amis et associés durant plus de trente ans. Armando Pereira et Patrick Drahi, chevilles ouvrières d’une success-story nommée Altice (dont deux représentants figurent au Fonds de dotation pour une presse indépendante, qui abrite Libération). Propriétaire, entre autres, de l’opérateur français de téléphonie mobile SFR et de toutes une série de réseaux de télécoms et de câble en Europe et aux Etats-Unis. Une «boutique» au départ, devenu un groupe de 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Jusqu’à ce jour de juillet 2023 où Armando Pereira a fait l’objet d’une procédure pour fraude fiscale au Portugal qui l’a conduit à une mise en examen, assortie d’un contrôle judiciaire. Il lui est reproché d’avoir organisé un système complexe de commissions prélevées sur des fournisseurs et transférés ensuite sur des comptes bancaires situés dans des paradis fiscaux.
Aujourd’hui, les deux hommes sont à couteaux tirés, s’affrontent à coups de procédures civiles et pénales et n’échangent plus que par avocats interposés. Patrick Drahi a en effet rompu tout lien d’affaires avec Armando Pereira, lequel lui réclame plusieurs milliards d’euros au titre de leur association passée.
Scellés sur chalet en Suisse
Dernier épisode en date dans cette bagarre où tous les coups sont permis. Deux ordonnances de référé (décision d’urgence sans statuer sur le fond) signées par deux juges civiles suisses ont permis à Armando Pereira de faire placer sous séquestre deux résidences appartenant à Patrick Drahi. «L’une est une maison située à Cologny au bord du Lac Léman. L’autre est un chalet situé à Zermatt. Le propriétaire peut les occuper mais il ne peut les vendre», indique Jamil Soussi, avocat associé au cabinet Bottge, qui a mené la procédure. Des scellés auraient également été placés sur le chalet de Zermatt. Ces deux résidences ne constituent toutefois qu’une partie du patrimoine immobilier de Patrick Drahi, situé tant en Suisse que dans le reste de l’Europe ou aux Etats-Unis.
Et visiblement, Armando Pereira ne compte pas en rester là. D’autres procédures sont en cours, toujours en Suisse et avec le même objectif : immobiliser des biens appartenant à son ex associé. La justice a fixé un plafond financier pour ces procédures de mise sous séquestre : 1,2 milliard de francs suisses (environ 1,3 milliard d’euros). Ce montant n’a visiblement pas encore été atteint avec les deux résidences de Cologny et Zermatt ainsi que leur mobilier. L’ensemble est évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Dans l’entourage de Patrick Drahi, on indique à Libération qu’une opposition à ces procédures de séquestre sera déposée dès ce mardi 26 mai devant la justice suisse. La propriété même de ces résidences devrait être questionnée par ses avocats, qui mettront vraisemblablement en avant que la maison de Cologny est détenue par son épouse et que le chalet appartient à une société de droit suisse.
Plusieurs perquisitions ont d’ailleurs été menées
L’objectif poursuivi par Armando Pereira, à travers toutes ces actions, n’est visiblement pas de se rabibocher avec son associé d’hier. La rupture est visiblement consommée et Patrick Drahi ne semble pas une seule seconde disposer à reparler affaires – ou même à reparler tout court –, avec son ex-partenaire. Il y est d’autant moins enclin qu’une de ses conversations avec la fille d’Armando Pereira, tenue avant que les deux hommes ne se brouillent, a été enregistrée à son insu par l’intéressée. Elle a ensuite été versée au dossier quand la justice portugaise a entamé des poursuites contre Armando Pereira.
L’objectif de l’associé éconduit ne varie pas. Il veut récupérer ce qu’il estime être le montant de sa participation dans le groupe Altice, soit quelques milliards. Pour cela, il multiplie les procédures judiciaires, dont une plainte déposée, il y a quelques jours, devant le Parquet national financier. Armando Pereira surveille, en outre, la vente de l’opérateur de téléphonie mobile SFR en cours de finalisation et dont l’actionnaire de référence est Patrick Drahi. L’entreprise devrait être cédée dans les jours qui viennent à ses trois concurrents français : Orange, Bouygues et Free pour 20,3 milliards d’euros. Sur cette transaction, la part de Patrick Drahi devrait monter à 3 ou 4 milliards d’euros. C’est précisément une partie de cette value, environ 10 %, soit 300 à 400 millions d’euros, que vise Armando Pereira.
L’homme fait d’ailleurs régulièrement savoir par ses avocats qu’il est prêt à discuter d’un arrangement en échange du retrait de ses actions en justice. Pour l’heure, la réaction de Patrick Drahi semble se résumer à «même pas mal et même pas peur». En clair, il s’appuie sur le fait qu’Armando Pereira a été poursuivi par la justice portugaise et, qu’en France, le Parquet national financier a également lancé une enquête préliminaire afin de déterminer si les pratiques reprochées à Armando Pereira au Portugal ont également pu être mises en œuvre dans l’Hexagone. Plusieurs perquisitions ont d’ailleurs été menées dans le cadre de cette enquête. L’affrontement semble donc, aujourd’hui, devoir demeurer à un niveau assez élevé. Ce qui fait, à ce stade, de grands gagnants : les cabinets d’avocats et les enquêteurs privés, chargés de préparer les offensives et représailles respectives de chacune des deux parties, bien décidées, pour l’heure, à se rendre coup pour coup.
https://www.liberation.fr/economie/patrick-drahi-voit-deux-de-ses-maisons-saisies-sur-demande-de-son-ex-associe-daltice-armando-perreira-20260526_DIR6IAF7RJHGRL643LA72IREMQ/