Auteur Sujet: SpaceX arrête les réservations de Falcon 9 en 2028. Vers une pénurie de lanceur?  (Lu 51 fois)

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Il n'y a pas eu d'annonce officielle, seulement une constatation par les professionnels du secteur depuis quelques semaines. Il n'est plus possible de réserver un lanceur Falcon 9 pour fin 2028 et début 2029. Les créneaux avant sont déjà tous réservés. La raison que tous les acteurs devinent serait que SpaceX veut faire la place à son nouveau lanceur lourd Starship, qui peut lancer 100 tonnes en orbite basse. Dans un vol récent, il a réussi à placer un lot de ses nouveaux satellites Starlink v3 avec. Mais Starship n'est pas encore ouvert à la commercialisation, il n'est pas forcément adapté aux satellites développés actuellement en terme de packaging, et on ne connait pas son coût, qui était devenu très bas, entre 5000 et 10.000 $ par kg pour Falcon 9.

Les rares vols de Falcon 9 à partir de 2028 seraient réservés à la NASA et au ravitaillement de la station orbitale. Et pour Staship, SpaceX donnerait la priorité à ses propres besoins (Starlink, datacenters en orbite...). SpaceX a récemment demandé l'autorisation à l'administration spatiale américaine de pouvoir lancer jusqu'à 100.000 satellites.

Comme Falcon 9 avait acquis une situation de quasi monopole des lancements, un mouvement de panique commence à s'emparer des entreprises ayant des satellites à lancer, d'autant que les lancements se sont multipliés et devaient s'accroitre dans les années à venir. Particulièrement en Europe, où l'on voit l'échec d'Ariane 6, son incapacité à prendre le relais, l'arrêt des lancements des Soyouz à Kourou depuis la guerre en Ukraine, lui laisse peu d'alternative.
Des entreprises ayant déjà réservé des créneaux avant se sont démarchées pour leur demander si elles pourraient partager leur créneau, sans grand succès semble-t-il.

Les derniers lancements des satellites Oneweb ont eu lieu sur des Falcon 9. Iris² ne devait pas être lancé sur Falcon 9, question d'indépendance stratégique, mais risque donc de monopiliser les vols d'Ariane 6. Et les alternatives, la startup MaiaSpace et son mini lanceur Maia, dont le premier vol devait avoir leu en 2026, a été repoussé en 2027, et n'est pas encore prête...

Cela risque d'être un sérieux problème dans les années à venir pour l'Europe, pour l'accès à l'espace.

Voir par exemple cet article des Echos d'hier :

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« C'est un triple électrochoc » : SpaceX débranche Falcon 9, clouant le spatial européen au sol

La firme d'Elon Musk arrête de commercialiser les vols de sa fusée star après 2028. D'ici là, ses plans de vol affichent déjà complets. Les Européens se retrouvent à court d'options.

Par Anne Drif - Publié le 2 oct. 2026 à 17:52Mis à jour le 2 oct. 2026 à 18:38

Privés d'orbite. SpaceX a arrêté discrètement ces dernières semaines de commercialiser les vols de Falcon 9 à partir de 2028, provoquant la stupeur dans le spatial. Des dizaines de concepteurs de satellites européens et internationaux sont assurés de se retrouver cloués au sol. Seules quelques missions resteront en effet actives pour la Nasa, le ravitaillement et le transport d'équipage vers la Station spatiale internationale jusqu'en 2030.

SpaceX n'a pas détaillé les raisons de cette décision. Dans les documents accompagnant son introduction en Bourse, le groupe avait prévenu en mai que les lancements de Falcon 9 iraient décroissant dans le temps. La patronne, Gwynne Shotwell, avait déclaré cet été que « si nous ne rendons pas nos propres produits et services obsolètes, quelqu'un trouvera un moyen de le faire à notre place ».

Fini les vols abordables

Quelle qu'en soit la raison, fini donc les vols de 5.000 à 10.000 dollars le kilo, dix fois moins chers qu'un accès classique à l'espace, et aussi faciles à « booker » qu'un billet d'avion. Et il est trop tard pour se précipiter au guichet et arracher un dernier décollage pour l'espace. Tous les vols affichent déjà complet. « C'est un grand coup pour le spatial, réagit Marion Andrieux Coulbaut, responsable commerciale d'Infinite Orbits.

En disparaissant à un moment où les autres solutions ne sont pas légion, cet arrêt va impacter tout l'écosystème. Cela démontre, s'il le fallait encore, à quel point nous sommes dépendants. » L'an dernier, sur les 396 satellites déployés en vol partagé SpaceX, 134 étaient européens, presque autant que les Américains (158), soit un tiers du total.

Pas d'alternative européenne

Certains avaient déjà alerté sur cette dépendance. « Demain, si Elon Musk décide de ne pas lancer untel ou untel, il fermera le robinet ! », avait prévenu à son arrivée, en avril, le patron d'ArianeGroup, Christophe Bruneau. Pour autant, l'Europe n'a pas de véritable solution. Et il n'est pas certain que vingt-quatre mois suffiront pour qu'elle opère sa révolution copernicienne, toujours dépourvue d'alternative réutilisable capable de lancer à haute fréquence comme SpaceX.

Le premier vol du mini-lanceur Maia, attendu initialement en 2025, puis en 2026, est programmé fin 2027. « On joue gros ! », a averti le Premier ministre, Sébastien Lecornu, en visite sur le site de Vernon, dans l'Eure.

Du côté d'Ariane 6, une anomalie a été détectée en août et perturbe le plan de vol cette année. « Des vérifications complémentaires nécessitent d'être réalisées sur un équipement parmi les quelque 300.000 pièces qui composent le lanceur. Nous allons être amenés à adapter le calendrier des missions pour cette année », reconnaît le groupe. Il pourrait limiter l'exercice à six tirs au lieu des huit prévus depuis Kourou, en Guyane.

Un tiers de vols partagés de Falcon 9

« La montée en cadence industrielle d'Ariane 6 se passe bien, assure la filiale de Safran et d'Airbus. Toute la chaîne industrielle est en ordre de marche pour atteindre la cadence cible de 9 ou 10 lancements dès 2027. » Mais on est encore assez loin du score de Falcon 9, qui a décollé 77 fois rien que durant le premier semestre. Sans compter qu'Ariane 6 n'est pas très disponible, « son carnet de commandes ayant été très vite saturé par Amazon  », glisse un acteur.

Les clients européens pourront-ils basculer sur Starship, la mégafusée de SpaceX  ? Rien n'est moins sûr. Ses capacités, largement supérieures avec une charge utile de 100 tonnes (contre 25 pour Falcon 9), seront en principe en grande partie réservées à… SpaceX, et à ses satellites taillés sur mesure en « pack plat » (« flat-packed »). Quand bien même une fenêtre serait ouverte, cela induirait de repenser la conception des satellites européens.

Alors que l'Europe accélère lentement, Starship a réussi, bien que de façon imparfaite, à déployer 26 satellites  lors de son dernier vol d'essai, le 28 septembre. « C'est un triple électrochoc : Falcon atteint sa fin de vie, Starship arrive et la Chine accélère très fort », résume Jean-Luc Maria, PDG d'Exotrail.  Et Trump vise déjà les 1.000 lancements de fusées tous les ans à l'horizon 2030. A cette date, l'Europe sera au mieux à 40.

    SpaceX avait construit une position quasi monopolistique. Certains étaient dans le déni. Maintenant ils font les comptes, la pénurie est actée.
    Jean-Luc Maria, PDG d'Exotrail

Le réveil est difficile, mais « c'était prévisible », insiste Jean-Luc Maria. « Il était déjà devenu très difficile de basculer d'un slot de lancement de Falcon 9 à un autre », témoigne un acteur. Chaque créneau pouvait se remplir en moins de trois semaines, laissant une trentaine d'opérateurs sur liste d'attente. « SpaceX avait construit une position quasi monopolistique dans l'accès à l'espace, récurrent, compétitif et ouvert. Certains étaient dans le déni, ajoute le patron d'Exotrail. Maintenant, la pénurie est actée et ils font les comptes. »

L'Alliance NewSpace française et son alter ego allemand avaient tiré la sonnette d'alarme, appelant à des initiatives concrètes comme l'augmentation du nombre de ports spatiaux en Europe, à Andoya (Norvège), SaxaVord (Ecosse), Esrange (Suède), les Açores ou même le développement de bases mobiles. « L'arrêt de Falcon 9 aura des implications majeures », s'inquiète aussi le pôle New Space de la Fédération allemande de l'industrie.

Que faire maintenant, alors que plusieurs dizaines de tonnes attendent d'être placées en orbite ? Berlin accélère de son côté, consciente qu'Ariane et la base de Kourou ne suffiront pas à répondre au besoin. Ni d'ailleurs les bases européennes de Grande-Bretagne et de Norvège, d'où a décollé pour la première fois l'allemand Isar.

« Nous réfléchissons à la création d'une base de lancement propre à la Bundeswehr, a déclaré en juillet le ministre allemand de la défense, Boris Pistorius. Notre sécurité nationale ne doit pas rester bloquée dans les files d'attente commerciales. »

Le New Space européen, de son côté, est plus courtisé que jamais. L'italien Avio a déjà constaté un volume sans précédent de demandes de la part d'exploitants de satellites commerciaux qui ne peuvent plus obtenir de créneaux de lancement auprès de SpaceX. Le concepteur du lanceur Vega C n'en est pourtant qu'à son deuxième lancement de l'année. L'espagnol PLD Space a par ailleurs annoncé jeudi un accord avec le CNES renforçant son engagement envers le centre spatial guyanais.

L'Inde, le Japon et les Etats-Unis, des bouées de secours

Les solutions pourraient venir (une nouvelle fois) d'en dehors de l'Europe, voire d'outre-Atlantique. « Il nous faut réfléchir à des options temporaires ('gapfiller') avec nos partenaires indiens, japonais ou américains, le temps de retrouver une indépendance européenne, juge Samuel Mamou, directeur d'Alliance NewSpace France. Le problème est mondial. »

L'indien Skyroot développe un petit lanceur, la Corée dispose d'un lanceur national et a de grandes ambitions. Aux Etats-Unis, beaucoup parient sur la fusée de Jeff Bezos, Blue Origin. Relativity y développe aussi des lanceurs réutilisables, de même que Stoke Space ou encore Rocket Lab.

Pour Ane Aanesland, fondatrice de ThrustMe, la solution pourrait être plus radicale. Faute de pouvoir lancer des satellites en masse en raison d'un accès désormais limité à l'orbite terrestre, le choix pourrait être de lancer moins, mais in fine mieux, grâce à des capacités innovantes de positionnement de satellites.

En attendant, « le coût des lancements sera plus élevé. Et il y aura une prime pour ceux qui seront bien financés », avertit Jean-Luc Maria. Or, au jeu des levées de fonds, la balance risque une nouvelle fois de pencher du côté américain.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/cest-un-triple-electrochoc-spacex-debranche-falcon-9-clouant-le-spatial-europeen-au-sol-2254926

Voir aussi : https://arstechnica.com/space/2026/08/theres-a-huge-launch-crunch-right-now-and-it-will-probably-get-worse/