Auteur Sujet: Keynote de Sébastien Soriano (Arcep) dédiée à IPv6 et la pénurie d'IPv4 à venir  (Lu 319 fois)

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vivien

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Sébastien Soriano, président de l'Arcep, a fait une Keynote dédiée à IPv6 et la pénurie d'IPv4 à venir.

C'était le 4 juillet 2019, au forum de la Gouvernance de l'Internet, organisés par Internet Society France.

Voici la vidéo :



Voici la retranscription de la Keynote de Sébastien Soriano :

Merci Nicolas, merci à Internet Society France et tous les organisateurs de l’IGF, c’est toujours un plaisir d’être parmi vous.

Pénurie de ressources, bien commun en partage mis en péril, aucune incitation individuelle à faire mieux, thésaurisation d’une ressource rare du monde entier, bricolages pour préserver son usage, ce qui ralentit d’autant la transition vers un avenir plus certain… Nous sommes bien face à une crise systémique et je ne parle pas de la planète, je parle du système d’adressage IP, puisque nous somme à la fin de l’IPv4.

Je suis en mesure de vous inviter à une sorte de «démolition party», qui aura lieu le 24 mai 2020. En fait, je ne suis pas sûr que cela aura lieu le 24 mai 2020, mais il faut que toutes les semaines, vous alliez sur le site internet de l’Arcep, où nous mettons à jour la date où il n’y aura plus d’IPv4. Pour l’instant, c’est le 24 mai 2020.



(Crédit photo: ISOC France - Florence Gaty)

vivien

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Ce que je voudrais vous dire sur IPv4 et IPv6, c’est qu’aujourd’hui, le taux d’utilisation d’IPv6 en France est de 23 %, il reste en gros donc en gros 77 % à faire, si je ne me trompe pas dans mon calcul. 23%, c’était l’estimation qu’on avait en octobre 2018. Depuis nous sommes en augmentation pour atteindre environ 32%, ce qui fait encore au moins les deux tiers du chemin à parcourir.

Je suis désolé de prendre un sujet technique, je sais que vous avez l’habitude de m’entendre parler sur les GAFA, mais je crois qu’il faut aussi parler des vrais sujets sérieux, [applaudissent dans la salle], des vrais sujets concrets, pour être plus modéré dans mon propos.



(Crédit photo: ISOC France - Florence Gaty)

Pourquoi est-ce que c’est grave, de notre point de vue à l’Arcep, la pénurie d’IPv4, et pourquoi il est absolument indispensable d’accélérer la transition vers IPv6 ?

1/ D’abord, il y a une question de prix. Évidemment, plus une ressource est rare, plus elle est chère et donc ce que nous voyons apparaître, c’est un marché noir, un marché secondaire des adresses IPv4, qui commence à atteindre des niveaux assez alarmants.
Il y a des opérateurs alternatifs, qui nous ont saisissent de cette question-là, notamment les membres de l’AOTA, qui est une association d’opérateurs locaux ou d’opérateurs entreprise, qui sont préoccupés par cette augmentation des prix, qui peut constituer une véritable barrière à l’entrée.
Vous savez qu’à l’Arcep, la concurrence, c’est un truc qui nous chatouille un petit peu.

2/ Deuxièmement, il y a une question de fiabilité des adresses, dans ce marché secondaire que je mentionnais: il peut y avoir des problèmes de fiabilité sur la question de la géolocalisation associée à ces adresses, qui peuvent être associées à l’ancienne localisation, ce qui peut poser problème. Cette mise à jour de la géolocalisation peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années, et ça cela peut entraîner le blocage de plusieurs services bancaires ou de certains services de vidéo à la demande. Autrement dit, IPv4 / IPv6, ce n’est pas qu’une histoire de geeks, c’est un truc qui concerne tout le monde, dans la vie de de tous les jours, et qui empêche des usages.

3/ Enfin, le partage d’adresses IPv4, qui est la solution transitoire et un peu « Shadokienne » que les opérateurs mettent en place en ce moment, c’est bien humain, il y a un problème de ressources, c’est normal qu’elle soit partagée. Cette question du partage, c’est malheureusement une fausse bonne idée, puisqu’elle présente plusieurs limites : elle peut bloquer certains services.
À l’Arcep, on a une plateforme de signalement « j’alerte l’Arcep », dans laquelle on reçois des signalement d’utilisateurs qui nous font état de difficultés d’accès à distance à des NAS (boîtier de stockage en réseau), des problèmes d’accès à des services en pair à pair, des problèmes d’accès à des jeux en réseau avec le partage d’adresses IPv4. Pour ceux qui pensent que l’on parle de dark web ou d’interlope [commerce frauduleux], on parle bien d’usage courant, auquel potentiellement certains utilisateurs pourraient avoir des difficultés d’accès.

Un sujet très intéressant qui avait été évoqué lors de notre atelier IP♥6, c’est que le partage d’adresses IPv4 peut aussi poser des problèmes d’identifications par les autorités judiciaires, les autorités de police. Il y a un certain nombre de comportements sur Internet, dont l’auteur peut être identifié via une adresse IP, mais quand l’IPv4 est partagée, on peut avoir un problème pour identifier la personne qui est derrière.
Je donne un exemple récent, Facebook s’est engagé auprès de la France à donner les IP des propos haineux et bien on va retrouver ce type de problématique.
Autre exemple, Europol, l’office de police criminelle européen, a récupéré les IP de 62000 membres d’un forum pédopornographique, et bien, à cause du partage d’IPv4, seul 10% des membres on pût être identifiés. Vous voyez un peu l’ampleur du défi qui est face à nous.



vivien

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Face à cela, que fait le gendarme [l’Arcep] ?
Et là, je voudrais prévenir une discussion entre la régulation et la gouvernance, pour dire qu’il n’y a pas que la régulation dans la vie, et qu’en l’occurrence, le gendarme se veut aussi animateur, co-nimateur d’ailleurs.

En l’occurrence, ce que nous souhaitons, c’est agir pour assurer le développer d’un bien commun.

Il y a un super papier de scinfolex, que j’ai trouvé sur Internet, qui explique les règles de partage des frigos et qui décline toutes les règles qui sont définis dans la littérature, sur le partage des biens communs et comment cela s’applique aux frigos, où on met son post-it sur les boites et où on enlève les produits qui sont avariés, ce genre de choses.
La gestion d’un bien commun, ce n’est pas open bar, tout le monde fait ce qu’il veut, et donc cela nécessite un peu de méthode, et cette méthode nous avons décidés de la construire en commun. Pour ce faire, chers amis, il faut jouer collectif. Et l’Arcep est au service de ce collectif.

La première chose qui s’est passée, c’est que le gouvernement, Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, au moment de la loi « pour une république Numérique » avait un certain nombre d’amendements qui avaient été déposés, qui proposaient d’imposer l’IPv6. À cette époque-là, on était assez nombreux à dire que non ce n’est pas un problème d’imposer, c’est un problème de « mayonnaise ». Le ministère nous avait demandé un rapport à ce moment-là, que nous avions écrit en coopération avec l’Afnic, que je salue. Suite à ce rapport de juin 2016, 3 ans déjà, cela va vite, nous avons d’abord mis en place un baromètre annuel de la transition vers IPv6, qui permet de voir les bon et les mauvais élèves.

Puisque j’ai une tribune, je vais les nommer :
• Sur le fixe, il y a un bon élève, qui s’appelle Free, dont je souhaite saluer aujourd’hui l’implication sur ce sujet important. Free est le seul opérateur qui interdit de désactiver IPv6. Merci Free. Ensuite dans les différents opérateurs, on a une mobilisation significative d’Orange, une mobilisation de Bouygues et pas trop de mobilisation de SFR. Ça c’est pour les grands opérateurs.
• Sur le mobile on a globalement rien, sauf un peu Bouygues. Je voudrais quand même saluer Bouygues, pour ce petit effort qui est consentit.
Nous estimons que la transition vers IPv6 des opérateurs télécoms français est encore insuffisante et donc nous les invitons à prolonger l’effort.

Notre baromètre fait aussi apparaître les efforts de l’ensemble des acteurs de la chaîne.
• En gros sur les terminaux, c’est plutôt là où cela se présente bien, à part pour quelques objets connectés.
• Pour les hébergeurs, bof.
• Pour les sites internet, c’est extrêmement hétérogène.
J’oublie des acteurs de la chaîne, mais je vous revoie à notre baromètre.



(Crédit photo: ISOC France - Florence Gaty)

vivien

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Comme je l’indiquais en introduction, on a aussi mis une page internet de suivit de la date d’épuisement des adresses IPv4, qui est la fameuse date de notre «démolition party», qui sera régulièrement mis à jour. J’ai dit toutes les semaines, j’espère que c’est vrai.

Nous contribuons à l’animation de la communauté, notamment avec un atelier IP♥6 organisé l’année dernière avec Internet Society France, et auquel ont participés une cinquantaine d’acteurs. C’était vraiment un bon moment, on s’est mis ensemble, on a construit des élèments de consensus, on a rassemblé un certain nombre de propositions, et on s’est quitté en se disant que ce n’est pas la fin.
Ce travail de co-construction se poursuit et nous avons annoncés la semaine dernière, toujours avec Internet Society France, la mise en place d’une « task-force IPv6 ».
Sur notre site internet, il y a une sorte d’appel au peuple donc bien évidement tous ceux qui parmi vous souhaitent s’inscrire et participer à cette task-force sont absolument les bienvenus. Il fait chaud à l’Arcep, on est gentil et parfois, on distribue des gâteaux.
L’objectif est de permettre aux participants d’aborder l’ensemble des problématiques techniques, et encore une fois, nous appelons à la mobilisation de tous.
Nous avons publié, en partenariat avec de très nombreux acteurs du monde de l’entreprise, un guide pratique à destination des TPE / PME sur comment acheter des télécoms et à l’intérieur de ce guide, il y a notamment cette question de l’IPv6.

Voilà ce que je voulais vous dire, pour terminer sur une note poétique, et pour dialoguer sur la question « y-a-t-il une opposition entre gouvernance et régulation », qui est un débat que je suis heureux d’avoir avec vous chaque année, je ferais référence à une citation de quelqu’un qui m’est cher et que j’imagine qui est cher à certains d’entre vous aussi, qui est Yochai Benkler, qui est professeur de droit à l’université de Harvard, qui est l’auteur d’un très beau livre qui s’appelle « La richesse des réseaux » (il est très beau, il est très gros aussi, donc il faut quand même être courageux). Il considère que la construction de l'internet de demain, ce ne sera ni juste les acteurs qui s’organisent eux-mêmes, ni des interventions de l’état (régulation), mais, cela sera une combinaison de trois forces :
- Le Marché ;
- Les communs, la multitude, ou les communautés si vous préférez ;
- L’état (régulation).
Et pour cela, Yochai Benkler fait une référence à Star Trek, pour nous aider à nous représenter cela et il parle d’échecs tridimensionnels.

Dans toutes les réflexions que l’on a en ce moment sur « faut-il réguler internet ? Si oui, comment ? », La solution, pour moi (une conviction personnelle), c’est que cela sera une combinaison des trois. Tous ceux qui essayeront de jouer avec un seul de ces coins du triangle ou avec seulement un des côtés, reliés par deux points, je pense que ce sont des initiatives vouées à l’échec.

Je pense que c’est à partir de ces trois élèments, que nous pourrons construire des solutions et faire vivre un internet décentralisé.

Merci de votre attention.





(Crédit photo: ISOC France - Florence Gaty)

vivien

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Il y a bien de nombreux retours positifs et des réactions suite au propos sur le fait que seul 10% des membres d’un forum pédopornographique on pût être identifiés, à cause du CG-Nat :

Autre exemple, Europol, l’office de police criminelle européen, a récupéré les IP de 62000 membres d’un forum pédopornographique, et bien, à cause du partage d’IPv4, seul 10% des membres on pût être identifiés. Vous voyez un peu l’ampleur du défi qui est face à nous.

=> https://twitter.com/AlexArchambault/status/1146813632375906305


vivien

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A noter que depuis la Keynote de Sébastien Soriano, la date d'épuisement des adresses IPv4 au RIPE NCC a encore avancée de 2 jours, pour passer du 24 mai au 20 mai 2020 :

Le graphique est mis à jour sur la page Arcep https://www.arcep.fr/la-regulation/grands-dossiers-internet-et-numerique/lipv6/suivi-epuisement-adresses-ipv4.html



doctorrock

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Pas grand chose de nouveau si ?

Concernant l'indetification impossible à cause de CG-NAT , on peut tjrs utiliser des VPNs et des rebonds partout sur la planète pour masquer la source hein.
Faux problème. Internet c'est comme la route, sauf qu'il n'y a pas de frontières : tu veux transporter de la marchandise illégale d'un point A à un point B , t'y arrivera toujours si t'es malin et que tu t'y connais.

vivien

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Ce qui est nouveau, c'est que pour une keynote où il peut parler de pleins de sujets (et il y en a des sujets chaud en ce moment à l'Arcep, entre le déploiement du FTTH, la couverture mobile, l’attribution des fréquences 5G, la fin du RTC, la régulation des GAFA, l'API dans les box, la neutralité d'internet,... ) Sébastien Soriano à décidé de parler uniquement d'IPv6.

doctorrock

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Bah disons que ca devient urgent quoi  ;D

PhilippeMarques

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Disons que beaucoup s'emparent des "nouvelles technologies" sans en connaitre réellement les sous-bassement.
Va parler de Tcp/Ip à un utilisateur lambda,c'est comme parler une langue étrangère.
C'est un rouage caché,tout comme le DNS,indispensable et stratégiques.

Le premier O'Reilly sur l'Ipv6 est sorti il y a déjà bien longtemps, on en est à la troisième édition ( pour les "jeunes geeks" ).
Les changements de RFC se succèdent, on sait depuis longtemps que cette pénurie va arriver, et comme pour beaucoup de choses : "postponed"
Au moins l'ARCEP prends les devants et alerte tous les acteurs sur cette échéance qui va bouleverser le panorama.C'est demain 2020.

Mon opinion sur le CG-NAT, c'était un élèment de phase transitoire entre V4 et V6 ayant posé plus de problèmes qu'apporté de vraies solutions. Ceux qui souhaitent encore l'utiliser dans leurs propres réseaux,c'est de leur choix, ils risquent cependant de déchanter,tous ceux ayant essayé de l'implèmenter ont un mauvais retour d'expérience.

Optix

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Free est le seul opérateur qui interdit de désactiver IPv6.
::)

 

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