Auteur Sujet: Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs  (Lu 134900 fois)

alegui, alain_p et 8 Invités sur ce sujet

Olivier34

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L'ancien PDG d'EDF, Luc Rémond, estimait qu'il fallait des prix du MWh aux alentours des 100 € pour pouvoir financer les futurs réacteurs nucléaires (EPR2). C'est moins que les prix garantis des EnR (en complément de rémunération), qui sont entre 120 à 180 € le MWh. Et si les prix spot sont négatifs un peu partout et que l'on ne peut pas exporter les surplus, ce n'est même plus la peine...

Quand au démantèlement, il est repoussé de plus en plus loin avec la prolongation des centrales, et intervient de moins en mois dans le calcul de leur rentabilité.

Je ne sais pas ce que vous incluez dans les EnR mais selon les résultats des derniers AO CRE :
  • pour les centrales solaire au sol, environ 80€/MWh
  • pour les parcs éoliens à terre, environ 87€/MWh
  • pour les parcs éoliens en mer, en 2025 l'appel d'offre centre manche a été retenu à 66€/MWh

On constate d’ailleurs qu'en 2022 les prix par MWh ont augmenté de façon significatif mais il y a un peu de marge avec les 120 à 180€/MWh.

Les sources :
https://www.cre.fr/documents/appels-doffres/appel-d-offres-portant-sur-la-realisation-et-l-exploitation-d-installations-de-production-d-electricite-a-partir-de-l-energie-solaire-centrales-a2.html
https://www.cre.fr/documents/appels-doffres/appel-doffres-portant-sur-la-realisation-et-lexploitation-dinstallations-de-production-delectricite-a-partir-de-lenergie-mecanique-du-vent-implantees-a-terre.html
https://www.cre.fr/documents/appels-doffres/dialogue-concurrentiel-n3/dialogue-concurrentiel-n-3-2022-portant-sur-un-second-projet-d-installation-d-eoliennes-en-mer-posees-au-large-de-la-normandie-au-sein-de-la-zone.html

brupala

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Normal, un site nucléaire est mort, on ne va jamais chercher à le dépolluer...
A force de ne pas prévoir, et encore moins réaliser, le démantèlement, ils vont générer un vrai scandale du niveau des pollutions pétrolières, ça coûtera 10 fois plus, mais tous le monde se tait, espérons que les allemands développent leur expertise dans le domaine, car nous en auront besoin.

simon

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L'ancien PDG d'EDF, Luc Rémond, estimait qu'il fallait des prix du MWh aux alentours des 100 € pour pouvoir financer les futurs réacteurs nucléaires (EPR2).
Oui, et encore, les bruits de couloir que j'ai eu, c'est qu'il n'a pas osé demander plus. Mais oui, c'est inférieur aux 120-180 euros/MWh si on exclut le sourcing du combustible, son traitement, et le démantèlement.

C'est moins que les prix garantis des EnR (en complément de rémunération), qui sont entre 120 à 180 € le MWh. Et si les prix spot sont négatifs un peu partout et que l'on ne peut pas exporter les surplus, ce n'est même plus la peine...
Le fait que les prix SPOT soient négatifs n'est une conséquence d'un retard de l'adaptation des habitudes de consommation et du manque de flexibilité. On a besoin de l'énergie, ce n'est pas comme si on était excédentaire plusieurs jours voire semaines d'affilée (c.f. les 3TWh bridés que tu mentionnais plus haut par rapport aux ~400TWh consommés, mais on peut aussi citer comme exemple les business plans caduques des électrolyseurs pour faire naître une filière hydrogène, qui cherchaient à vouloir se financer en consommant à balle lors des épisodes de prix négatifs... qui ne représentent finalement pas assez d'énergie pour rentabiliser les installations).
L'Espagne, dont on parlait ce matin, est l'exemple même qu'il est possible de s'adapter à une cloche solaire *massive* sans en souffrir économiquement,.

Si on se concentre sur SPOT en particulier, on voit que bien souvent, les prix restent à 0 ou -0.1 euros/MWh : les acteurs capables d'absorber l'énergie excédentaire et ceux capables de réduire leur production sont en nombre suffisant. Le marché fait office, il n'y a pas surproduction, les blocs sont échangés à coût nul et les producteurs ne paient pas pour que leur énergie excédentaire soit consommée.
Quand les prix s'emballent, c'est un peu comme quand une autoroute arrive à capacité : il ne faut que très peu de voitures supplémentaires pour passer d'une circulation ralentie mais fluide à des bouchons s'étalant sur des dizaines de km.

Personnellement, je ne suis pas inquiet sur notre capacité à résoudre ces épisodes de prix négatifs dans les années à venir. Il faut un peu de volonté politique, mais les solutions sont là.

Quand au démantèlement, il est repoussé de plus en plus loin avec la prolongation des centrales, et intervient de moins en mois dans le calcul de leur rentabilité.
Il faudra pourtant le payer un jour, et il sera de taille. Je doute qu'il soit financé sur fonds propre par EDF... à mon sens, ce sera la collectivité qui passera à la caisse, mais on verra.

La cour des comptes, dans un rapport de 2020 sur le sujet, exposait que le coût de démantèlement de Fessenheim était estimé par EDF et Orano à 46.4 milliards d'euros en 2018, avec une marge d'aléas que la cour considère à renforcer et des coûts annexes potentiellement importants volontairement exclus par EDF de cette estimation.
(https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2023-10/20200304-rapport-arret-demantelement-installations-nucleaires-2_0.pdf)

Fessenheim, c'est 2 réacteurs. Il y en a 54 autres.

Je ne suis pas antinucléaire, loin de là. Entre nucleaire et chargon/gaz, il n'y a pas le moindre doute à avoir. Mais pour avoir une discussion éclairée sur le sujet, il faut considérer tous les facteurs en jeu.
On subit en ce moment même une crise de combustibles fossiles avec une envolée des prix et on se souvent du chaos causé par la mise à l'arrêt de d'une grosse partie du parc nucléaire en 2022 pour craintes de corrosion sous contraintes.
Le sourcing de l'uranium expose la France à un risque géopolitique non négligeable car nos fournisseurs ne sont pas exactement stables politiquement.
Nous savons enrichir le combustible sur notre sol, mais une partie de la chaîne du retraitement du combustible est aujourd'hui toujours faite en Russie, il me semble, sans autre option viable. Le risque d'un conflit miliaire direct avec la Russie n'est pas aujourd'hui hors de portée.

La France a donc tout intérêt à diversifier son mix électrique, surtout dans un contexte européen où elle sert de stabilisateur (et génère un excédent de 5-6 milliards d'euros/an au passage, ce n'est pas rien pour les finances de l'état). Diversifier avec des énergies fossiles n'a pas de sens car plus cher que toutes les alternatives et sujet aux mêmes risques géopolitiques.
Diversifier avec du solaire et de l'éolien en a, même si il faut gérer leur variabilité et potentiellement payer un prix un peu plus élevé (discutable, l'éolien on-shore et le solaire au sol sont rentables et compétitifs sans EDF OA, c.f. le post d'Olivier ci-dessus).

L'argument massue en faveur du solaire et éolien est le même que pour l'hydraulique : il n'y a que du capex, l'opex est minime voire inexistant car il n'y a pas de combustible à approvisionner.
Le fait que les contrats EDF OA et le mécanisme de compensation de la CRE ait été mal calibré est un autre sujet, par contre.

alain_p

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Le fait que les prix SPOT soient négatifs n'est une conséquence d'un retard de l'adaptation des habitudes de consommation et du manque de flexibilité.

Au moins, ce que l'on observe, c'est que c'est partout pareil en Europe. On ne doit pas être très doués...

Citer
On a besoin de l'énergie, ce n'est pas comme si on était excédentaire plusieurs jours voire semaines d'affilée (c.f. les 3TWh bridés que tu mentionnais plus haut par rapport aux ~400TWh consommés, mais on peut aussi citer comme exemple les business plans caduques des électrolyseurs pour faire naître une filière hydrogène, qui cherchaient à vouloir se financer en consommant à balle lors des épisodes de prix négatifs... qui ne représentent finalement pas assez d'énergie pour rentabiliser les installations).

D'une part, les 3 TWh sont en augmentation chaque année nous coûtent quand même très cher, 8.3 milliards d'euros prévus cette année, et ces deux dernières années la prévision initiale a été dépassée (même si cela va se tasser quand les anciens contrats, de 2010-2020, vont expirer). D'autre part, je pense que la filière hydrogène est mort née, on ne voit pas grand chose qui roule à l'hydrogène, cela consomme trop d'énergie et cela coûte trop cher de liquéfier l'hydrogène. En plus des risques d'explosion...

Citer
L'Espagne, dont on parlait ce matin, est l'exemple même qu'il est possible de s'adapter à une cloche solaire *massive* sans en souffrir économiquement,.

Que l'Espagne ne souffre pas pas économiquement, c'est à voir. J'ai lu que le maintien des centrales au gaz sur le réseau, qui est payé par REE, revient très cher.

Citer
Si on se concentre sur SPOT en particulier, on voit que bien souvent, les prix restent à 0 ou -0.1 euros/MWh : les acteurs capables d'absorber l'énergie excédentaire et ceux capables de réduire leur production sont en nombre suffisant. Le marché fait office, il n'y a pas surproduction, les blocs sont échangés à coût nul et les producteurs ne paient pas pour que leur énergie excédentaire soit consommée.
Quand les prix s'emballent, c'est un peu comme quand une autoroute arrive à capacité : il ne faut que très peu de voitures supplémentaires pour passer d'une circulation ralentie mais fluide à des bouchons s'étalant sur des dizaines de km.

Personnellement, je ne suis pas inquiet sur notre capacité à résoudre ces épisodes de prix négatifs dans les années à venir. Il faut un peu de volonté politique, mais les solutions sont là.

Quand on voit l'augmentation du nombre d'heures de prix négatifs ces deux dernières années, malgré les mesures qui ont été prises en 2025 pour les limiter, et qui continuent à être prises en 2026, et d'autre part l’augmentation prévue des capacités éoliennes et surtout solaires dans les années à venir, qui vont augmenter la surproduction aux mêmes heures de journée, je suis beaucoup moins optimiste que toi.

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Il faudra pourtant le payer un jour, et il sera de taille. Je doute qu'il soit financé sur fonds propre par EDF... à mon sens, ce sera la collectivité qui passera à la caisse, mais on verra.

La cour des comptes, dans un rapport de 2020 sur le sujet, exposait que le coût de démantèlement de Fessenheim était estimé par EDF et Orano à 46.4 milliards d'euros en 2018, avec une marge d'aléas que la cour considère à renforcer et des coûts annexes potentiellement importants volontairement exclus par EDF de cette estimation.
(https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2023-10/20200304-rapport-arret-demantelement-installations-nucleaires-2_0.pdf)

Fessenheim, c'est 2 réacteurs. Il y en a 54 autres.

Pour ce qui du démantèlement des réacteurs, et donc de ceux de Fessenheim en particulier, qui ont été arrêtés en 2020, et qui attendent un décret autorisant le démantèlement, qui devrait venir en 2026, voici ce qu'en dit l'ASNR :

EDF prévoit une phase de préparation au démantèlement de 5 ans, qui s’étendra jusqu’à l’obtention du décret qui prescrira le démantèlement des réacteurs. Une fois ce décret obtenu, le démantèlement du site devrait durer une vingtaine d’années jusqu’à l’atteinte de l’état final, avec pour objectif le déclassement de l’INB.

https://reglementation-controle.asnr.fr/controle/l-asnr-en-region/grand-est/centrale-nucleaire-de-fessenheim

Donc le démantèlement prendra, quand il sera autorisé, 20 ans. En fait, on a tout intérêt à attendre 10-20 ans pour démanteler un réacteur nucléaire. Les éléments radio-actifs les plus actifs, sont ceux qui ont la demi-vie la plus courte. Donc dans 10-20 ans, il n'en restera pratiquement plus, il ne restera que les déchets les moins radio-réactifs, même si c'est sur une longue période, qui sont beaucoup plus faciles à traiter, ou à enfouir. Le combustible a déjà été déchargé et envoyé La Hague. Pour le béton, on sait faire, on a déjà détruit des immeubles, bunkers et autres.

Personnellement, je ne pense pas que cela coûtera 54 milliards d'euros, si on prend le temps. Là dessus, je serai plus de l'avis de Steph.

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Je ne suis pas antinucléaire, loin de là. Entre nucleaire et chargon/gaz, il n'y a pas le moindre doute à avoir. Mais pour avoir une discussion éclairée sur le sujet, il faut considérer tous les facteurs en jeu.
On subit en ce moment même une crise de combustibles fossiles avec une envolée des prix et on se souvent du chaos causé par la mise à l'arrêt de d'une grosse partie du parc nucléaire en 2022 pour craintes de corrosion sous contraintes.

Cela pour moi, c'est le plus gros soucis, la plupart de nos centrales ont dépassé 40 ans, arrivent à 50 ans, avec un nouveau grand carénage en vue. Des soucis de vieillissement de et de fatigue des matériaux peuvent, et même c'est sûr à moyenne échéance, réapparaitre. Et toutes ont été plus ou moins construites sur le même modèle. C'est pourquoi il faut en construire de nouvelles, mais il y a aussi moyen, on le voit en Chine, de construire plus vite et à moindre coût.

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Le sourcing de l'uranium expose la France à un risque géopolitique non négligeable car nos fournisseurs ne sont pas exactement stables politiquement.
Nous savons enrichir le combustible sur notre sol, mais une partie de la chaîne du retraitement du combustible est aujourd'hui toujours faite en Russie, il me semble, sans autre option viable. Le risque d'un conflit miliaire direct avec la Russie n'est pas aujourd'hui hors de portée.

En fait, il existe des solutions, comme les surgénérateurs, que l'on a arrêté, pour utiliser tout l'uranium, et pas seulement la partie qui a été enrichie. Et donc ne plus dépendre de fournisseurs extérieurs

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cycle_du_combustible_nucl%C3%A9aire

D'autre part, on aurait tout intérêt à passer à des réacteurs de 4eme génération, comme ceux à sels fondus, qui peuvent retraiter les déchets nucléaires, mais aussi utiliser du thorium, bien plus abondant, et sans risque de prolifération nucléaire. La Chine a commencé à tester un tel réacteur (les américain ont testé un prototype pendant plusieurs années dans les années 60), le TSMR (Thorium Molten Salt Reactor).

Voir : https://www.revolution-energetique.com/actus/une-premiere-conversion-du-thorium-en-uranium-dans-un-reacteur-a-sels-fondus-reussie-par-la-chine/

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La France a donc tout intérêt à diversifier son mix électrique, surtout dans un contexte européen où elle sert de stabilisateur (et génère un excédent de 5-6 milliards d'euros/an au passage, ce n'est pas rien pour les finances de l'état). Diversifier avec des énergies fossiles n'a pas de sens car plus cher que toutes les alternatives et sujet aux mêmes risques géopolitiques.
Diversifier avec du solaire et de l'éolien en a, même si il faut gérer leur variabilité et potentiellement payer un prix un peu plus élevé (discutable, l'éolien on-shore et le solaire au sol sont rentables et compétitifs sans EDF OA, c.f. le post d'Olivier ci-dessus).

L'argument massue en faveur du solaire et éolien est le même que pour l'hydraulique : il n'y a que du capex, l'opex est minime voire inexistant car il n'y a pas de combustible à approvisionner.
Le fait que les contrats EDF OA et le mécanisme de compensation de la CRE ait été mal calibré est un autre sujet, par contre.

Diversifier son mix énergétique, oui, mais de façon mesurée, pour ne pas introduire de surproduction conduisant à des prix négatifs, car produisant tous à la même heure, et pas du tout la nuit, et nous coûtant très cher en subventions.

Une solution, ce serait de développer le stockage, mais qui est très peu utilisé (25 cas sur 1400 projets présentés dans les appels d'offre), mais cela coûte cher. Vu les dernières conditions (pas de subventionnement aux heures de prix négatifs), j'espère que cela se développera.

brupala

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Au moins, ce que l'on observe, c'est que c'est partout pareil en Europe. On ne doit pas être très doués...
En même temps, on ne va pas trop se créer de besoins que l'on a pas, faut être sérieux, déjà la climatisation à développer peut-etre dans l'habitat collectif, mais c'est déjà assez répandu sur les lieux les plus critiques à ce niveau, sinon, les baraques à serveurs, mais la tendance est plutôt à réduire leur consommation à ces machins même si on exponentielle leur nombre actuellement.
Encore un domaine où il va falloir suivre les CN, pas les US.

alain_p

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #509 le: Aujourd'hui à 08:39:55 »
On atteint des sommets aujourd'hui, avec des prix spot de près de -500 €/MWh à 14h, sauf en Espagne et au Portugal où on est à -5 et -2 €.
Je crois qu'en fait les prix sont bloqués à -500 €, et que l'on ne peut pas descendre plus bas.

alain_p

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #510 le: Aujourd'hui à 09:47:20 »
J'ai interrogé l'IA Gemini sur le Grid Forming, et pourquoi, si c'est si facile à mettre en oeuvre, comme le dit Simon, ce n'est pas en mis en oeuvre plus rapidement. Il n'y a pas à dire, les IA apportent souvent des éléments de réflexion intéressants, même si elles peuvent "délirer", et que donc leurs arguments présentés peuvent être incorrects.

Voici donc la réponse de Gemini à pourquoi le Grid Forming n'est pas mis en oeuvre plus rapidement. Pour lui, parce qu'il faut une surcapacité des onduleurs, pour pouvoir injecter à certains moments une surcapacité, que cela doit être couplé à des batteries, peu présentes encore, et que les dizaines de milliers d'onduleurs et de marques présents sur le réseau doivent être coordonnés et apporter la même "réponse" aux fluctuations, sinon, il y a un risque d’interactions harmoniques. Et que donc que cela a un coût non négligeable, qui pour l'heure n'est pas rémunéré.

Citer
C'est une excellente question. Le Grid Forming est souvent décrit comme le "Saint Graal" de l'électronique de puissance, car il permet aux onduleurs de se comporter comme des maîtres du réseau (en imposant une tension et une fréquence) plutôt que comme de simples suiveurs (Grid Following).

Si la technologie est prête en laboratoire, son déploiement massif se heurte à des obstacles de "vie réelle" assez complexes :

1. Le surcoût matériel (Le matériel doit être "surdimensionné")

Pour qu'un onduleur puisse faire du Grid Forming, il doit être capable d'injecter un courant de court-circuit instantané très élevé pour stabiliser le réseau en cas de perturbation, exactement comme le ferait la masse d'un alternateur nucléaire.

    Le problème : Les composants électroniques actuels (IGBT) n'aiment pas les surcharges. Pour supporter ce rôle de "pilier", un onduleur doit être dimensionné 20% à 50% plus largement que pour un usage classique.

    Cela signifie plus de silicium et de meilleurs systèmes de refroidissement, ce qui renchérit le coût de l'installation sans forcément augmenter le nombre de kWh vendus.

2. L'absence de rémunération des "Services Système"

Dans le modèle actuel du marché de l'électricité, on rémunère principalement l'énergie (le MWh produit).

    L'inertie et la tenue de la tension sont considérées comme des "services système". Historiquement, c'était un sous-produit gratuit des centrales classiques.

    Aujourd'hui, un producteur solaire qui investit dans le Grid Forming rend un service immense au réseau, mais il n'est pas (ou peu) payé pour cela. Sans incitation financière ou obligation réglementaire stricte, les investisseurs choisissent l'option la moins chère : le Grid Following.

3. Les défis de la normalisation technique

Faire fonctionner un alternateur (physique) avec un onduleur (électronique) est maîtrisé. Mais faire fonctionner 10 000 onduleurs Grid Forming de marques différentes simultanément sur le même réseau est un défi de synchronisation inédit.

    Il existe un risque d'interactions harmoniques ou d'oscillations entre les onduleurs de différents constructeurs qui pourraient "se battre" entre eux pour imposer leur fréquence.

    Les gestionnaires comme RTE ou National Grid (UK) testent actuellement des démonstrateurs pour définir des standards techniques communs avant de les imposer dans les codes de réseau.

4. Le besoin crucial d'un "buffer" d'énergie

Pour simuler une inertie, il faut avoir une petite réserve d'énergie immédiatement disponible (pour compenser une chute de fréquence en quelques millisecondes).

    Cela implique que l'onduleur Grid Forming soit obligatoirement couplé à une batterie ou à des condensateurs.

    Comme nous l'avons vu, tant que le stockage n'est pas généralisé, le Grid Forming ne peut pas être déployé à grande échelle sur le parc solaire "pur".

Où en est-on aujourd'hui ?

Les choses bougent enfin, poussées par l'urgence que vous soulignez :

    En Grande-Bretagne : C'est le pays le plus avancé. Ils ont lancé des appels d'offres spécifiques pour rémunérer la "stabilité" (Stability Pathfinder), ce qui a permis l'installation des premières batteries Grid Forming géantes.

    En France : RTE mène des expérimentations (comme le projet "Ringo") et commence à intégrer ces exigences dans les nouveaux raccordements, mais le cadre réglementaire pour rémunérer cette inertie synthétique est encore en cours de finalisation.

En résumé : On ne manque pas de technologie, on manque d'un modèle économique qui récompense la stabilité autant que l'énergie. Le passage au Grid Forming est une transition de la "quantité" vers la "qualité" de l'électricité.


Qu'en pensent les spécialistes ? l'IA délire-t-elle ?

alain_p

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #511 le: Aujourd'hui à 09:51:20 »
Je ne connaissais pas le projet Ringo. Après petite recherche, il y a un texte sur le site RTE qui remonte à 2021 :

Citer
Stockage de l'électricité - l'expérimentation RINGO

19/02/2021

Expérimenter le stockage de l'électricité : pourquoi ?

Selon les conditions météorologiques (ensoleillement important, vents forts), la production locale d’électricité éolienne ou solaire peut connaître des pics ponctuels, et être trop abondante pour être transportée par le réseau électrique. Le surplus d’électricité serait alors perdu.

Fort de son rôle d’innovateur et acteur majeur de la transition énergétique, c'est à cette problématique que RTE répond avec l'expérimentation de stockage de l'électricité RINGO, approuvée par la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie).

Le projet consiste en trois innovations qui, ensemble, permettront d’accueillir sur le réseau les énergies renouvelables :

  -  Des automates développés par RTE qui, pour la première fois au monde, captent en temps réel les données numériques du réseau. Ils permettent de piloter à distance et de façon autonome ce qui se passe sur les lignes haute-tension ;

 -    Des batteries de stockage de fournisseurs, raccordées sur le réseau et qui permettront de conserver l’énergie renouvelable produite en surplus ;

 -     De l’électronique de puissance, c’est-à-dire des puces électroniques grands formats qui font la conversion entre l’énergie stockée et l’électricité injectée dans le réseau pour les consommateurs.

https://www.rte-france.com/projets/stockage-electricite-ringo#Leprojet

Expérimentation à Vingeanne (Côte d'Or) :
https://www.rte-france.com/projets/nos-projets/stocker-lelectricite-lexperimentation-ringo-vingeanne#Leprojet
« Modifié: Aujourd'hui à 10:19:08 par alain_p »

brupala

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« Réponse #512 le: Aujourd'hui à 10:11:43 »
Il est clair que le découpage du réseau en éléments interconnectés en courant continu avec tampon de stockage ou pas, et donc désynchronisés entre eux  est un élément de stabilité important pour éviter les blackout généraux.
Avec la technologie disponible maintenant c'est de plus en plus faisable en grosse puissance.
« Modifié: Aujourd'hui à 10:51:17 par brupala »

thierry68

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jerome34

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Prix de l'électricité négatifs, une menace pour les producteurs
« Réponse #514 le: Aujourd'hui à 11:00:35 »
En même temps, on ne va pas trop se créer de besoins que l'on a pas, faut être sérieux, déjà la climatisation à développer peut-etre dans l'habitat collectif, mais c'est déjà assez répandu sur les lieux les plus critiques à ce niveau, sinon, les baraques à serveurs, mais la tendance est plutôt à réduire leur consommation à ces machins même si on exponentielle leur nombre actuellement.
Encore un domaine où il va falloir suivre les CN, pas les US.

Il faut inciter les Français a consommer de l'électricité. Un tarif bas l'été avec l'obligation d'installer des clims dans tous les nouveaux logements serait une bonne idée.