RTE pourra imposer à EDF de garder ses réacteurs en ligne pendant des périodes de prix négatifs, contre rémunérationRTE a demandé à la commission de régulation de l'énergie (CRE), de pouvoir imposer à EDF de garder ses réacteurs nucléaires en ligne, même en cas de prix négatifs, pour réguler la tension, contre rémunération, a révélé La Tribune dans un article hier. Les raisons évoquées rappellent le backout espagnol, où le nombre de réacteurs nucléaires en service, 3 sur 7, permettant de réguler la tension et la fréquence par l’inertie de leur turbine, avaient manqué. Et aussi les informations données par RTE disant que le 1er Avril 2025, 9 GW de production EnR avaient disparu brusquement, menaçant l'équilibre du réseau, et en Octobre dernier un événement similaire s'était produit.
La CRE a délibéré à ce sujet le 26 Mars, et a publié son avis, positif, le 7 Avril dernier. RTE pourra imposer à EDF de garder ses réacteurs en ligne du 4 Avril dernier au 30 Octobre prochain.
Personnellement, je m'étonne un peu de cet avis, car les centrales nucléaires ont beaucoup plus de lourdeur à arrêter leur production que les centrales photovoltaïques, en particulier, et sont donc souvent prêtes à payer des prix négatifs pour ne pas arrêter leurs réacteurs. Contrairement aux centrales PV qui on le sait peuvent arrêter et reprendre pratiquement instantanément.
Donc je me demande, si après le rapport publié par EDF il y a quelques semaines, mais en partie caviardé, sur les conséquences négatives de la modulation des réacteurs nucléaires sur l'usure de certains équipements, le coût augmenté de leur maintenance, et donc la longévité des réacteurs, cette décision n'aurait pas pour raison de réduire cette modulation, et de compenser les pertes pour EDF de cette vente à prix négatifs sur le marché.
Il y a une formule publiée par la CRE pour calculer le montant de la compensation financière, mais je n'ai pas vu d'estimation du coût total, pour RTE, et donc les finances publiques, sur une année de mise en oeuvre. De plus, le maintien en production des réacteurs nucléaires pendant ces périodes de prix négatifs pourrait il me semble augmenter l'amplitude des prix négatifs. Et comme d''un autre côté, on donne un complément de rémunération au solaire et à l'éolien lorsque les prix sont inférieurs à un tarif garanti, je me demande si cela ne va pas amplifier les coûts au total pour l’État.
La délibération de la CRE a été publiée ici :
https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Deliberations/2026/260327_2026-67_Approbation_Accord_Injection_THT.pdfLe passage le plus intéressant est l'explication du contexte :
Délibération de la Commission de régulation de l’énergie du 27 mars 2026 relative à l’approbation d’un accord portant sur l’imposition de puissance à l’injection pour la gestion des contraintes de tension haute, conclu entre RTE et EDF
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2. Contexte de la saisine de RTE
Les études d’exploitation menées par RTE en prévision du printemps-été 2026 mettent en évidence des contraintes accrues concernant la gestion de la tension sur l’ensemble du réseau électrique national de transport. Ces contraintes s’inscrivent dans un contexte identifié par RTE d’augmentation des phénomènes de tension haute.
Dans ce contexte, il est nécessaire que RTE puisse disposer de moyens de réglage de la tension suffisants afin de garantir l’exploitation du réseau. Les centrales de production raccordées au réseau public de transport mettent à disposition du GRT les capacités de réglage de la tension conformément aux dispositions de l’article L. 321-11 du code de l’énergie lorsque celles-ci sont couplées au réseau.
L’historique récent montre que les phénomènes de prix de marché bas sont de plus en plus fréquents en particulier au printemps et à l’été sur certains week-ends, voire certaines semaines selon les conditions météorologiques et le contexte affectant le niveau de la demande. EDF pourrait donc être amené à arrêter certains de ses groupes nucléaires pour des raisons économiques sur des périodes de prix de marché bas au cours de la période printemps-été 2026. Ces arrêts induiraient une réduction des moyens de réglage de tension à disposition de RTE dans une période identifiée comme critique.
RTE pourra donc être ainsi amené à conclure des accords en amont du J-1 avec EDF afin de maintenir certains groupes nucléaires en fonctionnement pour gérer la tension. RTE et EDF ont souhaité mettre en place un accord d’imposition de puissance à l’injection pour la gestion des contraintes de tension haute (ci-après l’« Accord ») afin notamment de :
• permettre à RTE de mieux anticiper les conditions d’exploitation des centrales nucléaires d’EDF, d’identifier les centrales nucléaires les moins chères en échangeant avec EDF plus en amont et améliorer la gestion des impositions en amont du J-1 en facilitant la coordination entre les parties ;
• définir les conditions de la contrepartie financière et de partage du risque pour RTE et EDF en ayant une formule de prix connue ex ante. A la suite d’échanges avec les services de la CRE, RTE a soumis à la CRE, le 26 mars 2026, pour approbation, l’Accord au titre des articles L. 111-17 et L. 111-18 du code de l’énergie.
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L'article de La Tribune à ce sujet :
EDF sera bientôt payé pour faire tourner ses centrales nucléaires à perte
Marine GODELIER - Publié le 09 avril 2026 à 18:08 - Mis à jour le 09 avril 2026 à 18:09
Le responsable de l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité en France, RTE, va imposer aux centrales nucléaires d’EDF de fonctionner même lors des périodes de surproduction. L’objectif : utiliser ces machines pour stabiliser la tension du réseau, ce que font mal les énergies renouvelables. En échange d’une compensation financière.
Un an après le traumatisme du black-out espagnol, le gestionnaire des lignes à haute tension en France, RTE, s’organise pour que le réseau ne lui échappe pas. Et s’apprête à imposer au parc nucléaire d’EDF de fonctionner même lorsqu’il vend à perte… non pas pour produire de l’électricité, mais pour maintenir la tension au bon niveau.
En effet, dans une délibération publiée mardi, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a donné son feu vert à un nouveau modèle d’accord entre RTE et EDF. L’objectif : forcer le maintien en fonctionnement de certains réacteurs nucléaires, même lorsque les prix de marché sont négatifs et que l’électricien aurait tout intérêt à les déconnecter, en échange d’une compensation financière.
Plus de renouvelables, moins de machines synchrones
Et pour cause, au-delà de la production d’électrons, ces centrales rendent un « service » au système. Concrètement, le réseau de transport (THT) doit rester calé sur une certaine tension, c’est-à-dire la force qui met les électrons en mouvement et permet leur circulation dans les lignes électriques. Pour fonctionner sans encombre, elle ne doit pas dépasser les 400 000 volts environ, au risque d’endommager les composants connectés voire, dans le pire des cas, d’entraîner des déconnexions en cascade.
Historiquement, les alternateurs des centrales thermiques, hydrauliques et nucléaires assuraient ce réglage. En modulant l’aimantation de leur rotor (ce qu’on appelle « l’excitation »), ces machines tournantes sont capables de réguler le voltage localement, afin de garantir une stabilité à l’échelle globale.
https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/1120757566595814/electricite-edf-sera-bientot-paye-pour-faire-tourner-ses-centrales-nucleaires-a-perteCette décision a aussi donné lieu à un article de Bloomberg :
https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-10/edf-will-be-paid-to-run-reactors-at-a-loss-to-keep-grid-stableAvec un graphique montrant le peu de capacité de stockage sur batterie par rapport à l'augmentation de la production solaire (déjà vu plus haut).