Proposition de la CRE de réformer le calcul de la rémunération complémentaire du solaire pour favoriser l'installation de batteries.La commission de Régulation de l'Energie (CRE), qui est en charge en particulier de déterminer le mode de calcul des compléments de rémunération des producteurs d'énergie renouvelable, a publié le 19 Mars, une proposition, qui vise à diminuer la rémunération complémentaire des installations solaires de puissance > 100 kWc aux heures où le solaire produit le plus, pour favoriser le stockage sur batterie, pour revendre la production aux heures où les prix du marché sont plus élevés.
https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Communiques_de_presse/2026/260319_CP_Note_PV_Stockage.pdfhttps://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Rapports_et_etudes/2026/260305_Note_PV_Stockage.pdfLe calcul de la rémunération complémentaire est basé sur une valeur appelée M0, qui est différentes selon les énergies, solaire, éolien, bio-énergies (voir tableau et graphique pour 2024 ci-dessous, les prix du marché ont encore baissé à ces heures en 2025)... Pour le solaire, ce M0 est la moyenne des tarifs du marché chaque mois, aux heures où le solaire produit.
Le complément de rémunération est la différence entre le prix garanti par l'état dans son appel d'offre, avec la marge de gestion, et ce M0.
Or évidemment, avec l'essor du solaire, et la courbe des prix spot en forme de bassine (ou duck curve), voir ci-dessous pour aujourd'hui, où l'énorme production solaire fait chuter les prix au printemps et à l'été, comme on le sait bien, les prix en journée sont très bas. D'où un différentiel de plus en plus grand, et une subvention à payer pour l'état de plus en plus élevée, d'autant que les contrats déjà engagés vont faire augmenter le production solaire de 10 GW supplémentaires dans les années à venir.
D'où la proposition de la CRE de ne plus calculer ce M0 sur un moyenne pondérée sur les heures de production solaire, mais de prendre la moyenne générale des prix sur toute la journée, ce qui fait mécaniquement augmenter le M0, et donc diminuer la subvention à payer.
La CRE espère que cela favorisera l'installation de batteries sur les installations solaires, pour vendre l'électricité produite aux heures où le prix du marché est le plus élevé (pointe du soir par exemple).
Elle a constaté que sur les appels d'offre PPE2, seuls 22 projets sur les 1470 retenus avaient prévu d'installer des batteries. Donc le stockage sur batterie est infime. Et pour une bonne raison. L'installation de batteries renchérit le projet, sans gagner plus puisque jusqu'ici les installations étaient payées la même chose, le complément de rémunération, aux heures où elle produisait.
De plus, comme depuis l'an dernier, on leur demande d'arrêter de produire aux moments où les prix deviendraient négatifs, ce qui a conduit à la perte de 1.6 TWh de production l'an dernier, quand même payés par le complément de rémunération, donc revenant de plus en plus cher avec la croissance du nombre d'heures à prix négatifs.
Pour cela, elle propose de ne plus interdire de produire, mais d'injecter sur le réseau, à ces heures de prix négatifs, pour stocker sur batterie, et revendre plus tard quand le prix du marché est plus élevé.
Voir le CP de la CRE :
La Commission de régulation de l’énergie publie ses propositions pour optimiser le développement des grandes installations photovoltaïques
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) publie ce jour une note présentant ses propositions de modifications des dispositions des cahiers des charges applicables aux grandes installations photovoltaïques (PV) – plus de 100 kWc – afin d’encourager le développement des installations couplant PV et stockage, plus pertinentes pour le système énergétique. Ces propositions s’inscrivent dans le cadre des différents travaux de la CRE visant à optimiser le soutien public aux énergies renouvelables, et ont été partagées avec la Mission Lévy-Tuot qui se penche actuellement sur ces sujets
Dans son rapport sur le complément de rémunération publié en juillet 2025, la Commission de régulation de l’énergie a émis de premières recommandations pour répondre à la multiplication des heures à prix négatifs et au renforcement de la cannibalisation du photovoltaïque. Ce phénomène consiste en une baisse de la valeur d’un profil de production PV sur le marché de gros liée à l’augmentation de la part du PV dans le mix électrique qui augmente mécaniquement le soutien public dont bénéficient ces installations. La CRE avait notamment proposé à l’occasion de ce rapport de faire évoluer la prime pour prix négatifs (qui vise à compenser les producteurs incités à stopper leur production en période de prix spot négatifs). Ses propositions s’inscrivaient dans un objectif plus large de faire évoluer le partage de risque entre l’Etat et les producteurs, et plus particulièrement de favoriser l’émergence de projets hybrides PV + stockage, dont le profil de production est plus adapté aux besoins du système.
Constatant que seuls 22 projets sur les 1 470 retenus dans le cadre des appels d’offres PV PPE2 étaient des projets hybrides et devant l’amplification du phénomène des prix négatifs (513 heures en 2025, après 352 en 2024), la CRE a approfondi ses réflexions et détaille aujourd’hui ses propositions. Elle relève qu’en 2025 les épisodes de prix négatifs ont conduit à renoncer à 1,6 TWh1 de production solaire, soit environ 20 % du productible total des centrales PV sous complément de rémunération ; et qu’en parallèle, le prix capté par la production PV non-écrêtée a été plus faible de 32% par rapport à un ruban
en base sur les heures de prix positifs ou nuls. Ces phénomènes sont actuellement presqu’entièrement compensés par le budget de l’Etat, ce qui engendre un risque significatif d’évolution à la hausse des charges de service public de l’énergie (CSPE), et ce d’autant qu’un grand nombre d’installations sera
mis en service ces prochaines années (pour un volume supplémentaire d’environ +10 GWe d’ores et déjà engagé).
La CRE recommande ainsi, pour l’ensemble des nouveaux contrats de soutien attribués de tester :
- la mise en place d’un prix de marché de référence M0 non pondéré, permettant à l’Etat de ne plus prendre à sa charge le risque d’écart entre le prix capté par la filière PV pendant les périodes de prix positifs et le prix capté par un ruban en base qui serait porté par le producteur.
L’ajout d’une batterie permet au producteur PV, en déplaçant une partie de sa production solaire, de capter un prix se rapprochant, voire dépassant en moyenne celui capté par un profil en base.
- le conditionnement du versement de la prime pour prix négatifs à la non-injection de l’installation hybride sur le réseau et non plus à la non-production de l’installation PV, ce qui permettrait de mieux répondre aux signaux-prix.
- le versement du complément de rémunération sur la production PV qui aura pu être déplacée en dehors des heures de prix négatifs afin d’inciter à réduire la quantité d’électricité solaire écrêtée. La prime pour prix négatifs devrait alors être adaptée en conséquence pour couvrir uniquement le risque résiduel de productible écrêté qu’il n’est pas possible de déplacer, même en hybridant le parc avec une batterie. La CRE propose plusieurs options en ce sens.
Dans un premier temps, la CRE recommande une approche expérimentale visant à s’assurer que ces dispositions permettent effectivement le développement de projets hybrides. Les prix plafonds seraient alors ajustés régulièrement de manière à limiter le risque budgétaire. Elle rappelle toutefois qu’il est déjà
possible dans le cadre actuel d’hybrider un projet PV avec une batterie, même si les modalités des appels d’offres n’y encouragent pas les acteurs.