La France a frôlé deux fois le blackout cette année
C'est du sensationnalisme stérile. Le système était loin de frôler le blackout car des mécanismes automatiques (et des procédures manuelles, éventuellement) étaient en place, notamment:
- le marché des réserves / régulation de fréquence (fcr, ffr, etc.), prévu par RTE et donc contractualisé par le biais de différents marchés et activé en moins de 15s pour les parcs de batteries, quelques minutes pour des turbines à gaz,
- le pilotage automatique des STEP, qui ont réduit leur pompage d'environ 3GW si je ne m'abuse, et en moins de quelques minutes,
- le marché de flexibilité (conso à la baisse), également automatiquement opéré par RTE, qui répond en ~5-15min généralement en agissant sur les gros sites industriels (baisse des points de consignes des fours à alumine, démarrage de groupes de secours par certains datacenters/aéroports/centres commerciaux, etc),
- la disponibilité des intercos avec les pays étrangers, capables à elles seules d'absorber le delta de production subitement effactée, et de manière instantanée,
- l'augmentation automatique de la production hydraulique en quelques minutes, mobilisant les bandes de réglage prévues à cet effet (hors marché de réserve si je ne m'abuse, car historiques),
- la capacité des réacteurs nucléaires en fonctionnement d'augmenter à la hausse leur production de quelques % en moins d'une minute.
Ca, ce n'est qu'une partie des mécanismes prévus *pour éviter tout déclenchement*.
Ensuite, avant le black-out, il y a toute une série de délestages automatiques prévus pour s'activer à des niveaux de fréquence différents (il me semble que <49.2Hz, <49Hz, <48.5 Hz, <48.2Hz sont des paliers communs), qui permettent en dernier recours d'éviter un black-out en concentrant l'interruption de fourniture sur un faible nombre de clients importants (SNCF par exemple).
On peut certes recommander que les règles de gestion du marché changent, et je dois être un des premiers à pousser en ce sens, mais faire du sensationnalisme et disséminer de la peur n'est pas utile. On était *très*, très loin d'avoir mobilisé la totalité des moyens de contingence, et encore plus loin d'un éventuel black-out. 8-10GW de prod disparaissant en quelques minutes, c'est beaucoup, mais c'est gérable et géré. La preuve, le système a tenu.
Vu que ce thread concerne à la base le blackout espagnol/portugais, qui rappelons le, est majoritairement dû à un manque de capacités de régulation de tension dans le réseau espagnol (et selon moi en grande partie à un grid code inadapté, qui demande (demandait?) aux producteurs solaires et éoliens de ne pas faire de régulation de tension mais d'injecter à cos phi fixe), on peut souligner quelques différences notables:
- le réseau de transport français dispose de capacités de régulation de tension importantes et indépendantes des producteurs,
- la France est bien mieux interconnectée du fait de sa position géographique centrale en Europe occidentale, contrairement à la péninsule ibérique qui n'a que ~4-5GW d'intercos avec le reste de la plaque européenne, par le biais de la France exclusivement,
- les producteurs connectés sur le réseau de transport (parcs solaires et éoliens > 20MW, thermiques, nucléaires, hydrauliques, etc.) doivent participer à l'effort de régulation de tension, quitte à réduire la production si nécessaire (sur l'électronique de puissance, on va réduire la production de puissance active pour absorber/injecter de la puissance réactive, qui agit sur la tension. Sur des machines tournantes, on est plus limité, mais ca se fait aussi),
Donc des cas de figure très différents.