Après un abaissement du coefficent d'énergie primaire pour le chauffage électrique de x2.3 à 1.9 au 1er Janvier 2026, selon Challenge le gouvernement envisagerait de l'abaisser à 1.7, le minimum requis par l'Europe, pour limiter le nombre de logements qui sortiraient de la location.
Ce sont 382.000 logements qui pourraient sortir de l'interdiction de location, alors que les logements à louer manquent, au moins dans les grandes villes.
Il serait aussi envisagé une action au niveau de l'Europe pour pouvoir porter la valeur minimale à x1. Ce serait dans ce cas 2.28 millions de logements qui sortiraient de l'interdiction de louer, la moitié du stock F et G.
Actuellement, paradoxalement pour l'objectif de limiter les gaz à effet de serre, ce sont le gaz et le fioul, avec un coef de 1, qui sont favorisés par le DPE, alors que l'électricité est très largement décarbonée en France, et que elle-ci est aussi pénalisée par des taxes plus élevées que le gaz.
DPE : découvrez le nouveau calcul du gouvernement qui pourrait sauver votre logement de l'interdiction de louer
Le gouvernement veut favoriser encore davantage les logements chauffés à l’électricité dans le calcul du DPE. Une nouvelle réforme devrait sortir, de nouveau, des centaines de milliers de logements du statut de passoire thermique, en un claquement de doigts.
Léandre Herman-Kasse - 19 mai 2026 à 12h59
quoi bon engager des travaux de rénovation si l’étiquette de votre logement peut changer du jour au lendemain ? Ce jeudi 21 mai, le gouvernement réunit les premières assises du diagnostic immobilier, dans un contexte où le DPE pourrait être bouleversé une nouvelle fois. Après l’annonce du retour possible de certaines passoires thermiques sur le marché locatif, c’est bientôt son mode de calcul qui va (encore) connaître une évolution majeure. Derrière sa formule complexe et ses dizaines de paramètres, un chiffre pèse particulièrement lourd pour de nombreux logements : le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire, aussi appelé CEP.
Dans le DPE, chaque énergie consommée est convertie en énergie primaire. Pour le gaz ou le fioul, le coefficient est fixé à 1. Pour l’électricité, il est plus élevé : 1,9 aujourd’hui. Ce facteur vise à tenir compte de l’énergie nécessaire pour la produire, la transformer et l’acheminer jusqu’au domicile, avant son usage final. Plus ce chiffre est élevé, plus les logements chauffés à l’électricité sont pénalisés. Longtemps fixé à 2,58, ce coefficient a été abaissé à 2,3 en 2021, puis à 1,9 depuis le 1er janvier 2026. Ces baisses ont mécaniquement amélioré l’étiquette de nombreux logements chauffés à l’électricité, sans nécessiter les moindres travaux de rénovation. Cette dernière réforme a ainsi fait sortir environ 850 000 logements du statut de passoire thermique, selon les estimations de Bercy. Et l’exécutif ne compte pas s’arrêter là. Selon nos informations, le gouvernement prépare désormais une nouvelle baisse du coefficient vers 1,7.
Une nouvelle réforme à venir
Dans un petit encadré glissé en plein milieu du plan d’électrification présenté en avril dernier, l’exécutif annonce la couleur, disant vouloir « étudier un rééquilibrage du DPE pour les logements chauffés à l’électricité ». « Le cadre européen permet d’abaisser ce facteur de conversion jusqu’à environ 1,7, affirme le communiqué. Une telle évolution améliorerait l’étiquette DPE de millions de logements chauffés à l’électrique. » Une annonce qui a fait bondir Ruben Arnold, le fondateur de la start-up Krno, spécialisée dans l’analyse des DPE.
Selon une étude publiée par son entreprise, un passage du coefficient à 1,7 enlèverait le statut de passoire thermique à 382 000 logements supplémentaires, en un claquement de doigts. Dans ce scénario, 1,5 million de passoires auraient ainsi disparu des radars depuis 2021, soit 37 % des logements énergivores français, du seul fait des réformes successives du DPE. « Dès le moment où l’on joue avec l’indicateur dans un but politique, on enlève son utilité au DPE, s’exaspère Ruben Arnold. Avec cette instabilité, un propriétaire n’a aucune raison rationnelle de faire des travaux de rénovation. »
Le gouvernement veut faire bouger les règles européennes
La nouvelle est accueillie bien plus favorablement du côté de certains professionnels : « c’est une mesure que l’on soutient depuis plus de 3 ans, se félicite Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim). C’est une modification qui va dans le bon sens et qui va permettre de sortir du statut un grand nombre de passoires énergétiques qui n’en sont pas en réalité ». La Fnaim pousse même pour descendre encore plus, jusqu’à 1,5.
Bonne nouvelle pour le syndicat, l’exécutif ne compte pas s’arrêter là. « On va porter une proposition au niveau de l’Union européenne pour aller encore plus loin », confirme-t-on du côté du gouvernement, qui veut proposer un plan d’électrification « au niveau européen ». L’étude de Krno anticipe un scénario dans lequel le coefficient serait abaissé jusqu’à 1. Dans cette hypothèse, ce sont 2,28 millions de logements qui seraient reclassés, soit plus de la moitié du parc de passoires thermiques en France.
Mauvaise nouvelle pour les locataires de passoires
Pour certains experts, cette réduction du coefficient ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle. « Le coefficient d’énergie primaire n’est pas une vérité scientifique absolue. C’est une convention statistique, rappelle Andreas Rüdinger, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Le gaz et le fioul sont comptés à 1, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont réellement un rendement de 100 %. » « Si l’objectif est de ne plus désavantager l’électricité par rapport aux énergies fossiles, cela peut se défendre, mais il faut des garde-fous. » Car derrière le chauffage électrique peuvent se cacher plusieurs réalités, très différentes en termes de consommation, de facture et d’émissions. « Le risque, c’est de privilégier les grille-pains électriques, alors que l’objectif devrait être de pousser vers les pompes à chaleur », met-il en garde.
« On soutient l’électrification, mais cela ne doit pas être le seul axe de travail, prévient de son côté Maider Olivier, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le logement. On va avoir moins de passoires thermiques, mais la réalité pour les gens qui habitent dans ces logements ne change pas du tout. Certains vont même perdre des droits ». En effet, pour les locataires, ces reclassements pourraient avoir des conséquences concrètes : si leur logement sort des classes F ou G, leur loyer pourra à nouveau être augmenté, alors même que leur facture d’électricité, elle, n’aura pas baissé d’un centime.
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