Auteur Sujet: Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP  (Lu 10217 fois)

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eruditus

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #60 le: 20 janvier 2017 à 12:04:58 »
J'ai pas creusé, mais c'est pas parce qu'une offre existait qu'elle était suffisante et satisfaisante en terme de "fonctionnement".

Note que ce n'est pas ce que je dis. J'ai juste fait un peu d'archéologie pour confronter les propos d'un acteur à la réalité. Il y a eu d'autres décisions depuis 2008 sur le sujet, et les offres de France Telecom ont évolués au fur et à mesure de ces décisions.

Par contre, tu peux lire la décision de 2008, l'accès aux immeubles y est déjà débattu. A un moment, les acteurs économiques sont aussi en droit d'attendre une certaine stabilité. On a quand même vu le régulateur dans la presse, évoqué "innocemment" ("menacé" ?) que l'autorité pourrait aussi (ou aurait pu/du) décider le dégroupage sur la fibre. ;D

Kaelhan

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #61 le: 10 février 2017 à 18:26:44 »
L'ARCEP a mis en ligne hier les documents pour la consultation publique sur les marchés du haut et très débit. Les documents sont à la fin du message.
Voici le communiqué de presse :
Faisant suite aux orientations rendues publiques le 9 janvier, l'Arcep détaille aujourd'hui ses travaux de révision des analyses des marchés du haut et du très haut débit fixe, en soumettant à consultation publique les projets de décisions qui s'appliqueront sur la période 2017 - 2020.

Dans ces documents, l'Arcep analyse la situation des marchés, identifie les enjeux de la régulation pour les prochaines années et propose les évolutions correspondantes. Son ambition est d'adapter la régulation aux objectifs clés identifiés : accélérer l'investissement sur l'ensemble des territoires et favoriser le développement du marché des services aux entreprises.

Accélérer l'investissement et la migration vers les réseaux en fibre optique à très haut débit

L'Arcep se félicite de l'effort d'investissement porté par Orange et souhaite qu'il se prolonge et se renforce. Les besoins des citoyens et des entreprises, ainsi que l'atteinte des objectifs du plan France Très Haut Débit, nécessitent néanmoins un rythme d'investissement accru qui ne sera possible qu'en mobilisant les capacités d'investissement de tous les opérateurs. La dynamique d'investissement doit donc maintenant se généraliser à l'ensemble des acteurs du marché et sur les différentes zones du territoire. L'Autorité entend le favoriser et veillera, par son action, à lever les verrous opérationnels pour accélérer le déploiement des réseaux très haut débit et la migration des abonnés.

L'Autorité interroge ainsi les acteurs du marché sur deux obligations ciblées sur le FttH :

    • la première porte sur la facilitation du raccordement en fibre entre la rue et le pied des immeubles dans les zones très denses, où chaque opérateur doit déployer son propre réseau dans les rues ;

    • la seconde porte sur les processus opérationnels inter-opérateurs liés à la mutualisation de la fibre (vérification d'éligibilité, commande d'accès, réparation en cas de panne, etc.).

L'Autorité propose également des évolutions des procédures d'accès aux infrastructures d'Orange pour le déploiement des réseaux en fibre optique, pour tenir compte des retours d'expérience ainsi que des besoins des réseaux d'initiative publique qui se déploient dans le cadre du plan France Très Haut Débit.

Démocratiser la fibre et favoriser la numérisation des entreprises françaises

Sur le marché " entreprises ", l'Arcep a dressé le constat d'une concurrence très insuffisante. L'Autorité propose une série de mesures de régulation pour saisir l'opportunité de créer un marché concurrentiel de la fibre pour les petites et moyennes entreprises à l'occasion du déploiement des réseaux FttH, et ainsi favoriser la numérisation de l'économie française.

L'Autorité interroge ainsi les acteurs du marché sur la pertinence de deux obligations d'accès portant sur la fibre optique à destination des entreprises :

    • la première vise à créer les conditions de l'èmergence d'un marché de gros à au moins trois offreurs, là où seuls deux acteurs verticalement intégrés sont présents aujourd'hui ;

    • la seconde vise à faciliter le développement, sur l'infrastructure FttH, d'offres à qualité de service renforcée adaptées aux besoins diversifiés des entreprises.

Calendrier de la suite des travaux sur les décisions d'analyse des marchés

Ces documents sont mis en consultation publique pour une durée de cinq semaines, à la suite de laquelle ils seront transmis pour avis à l'Autorité de la concurrence, conjointement avec les réponses formulées par les acteurs du marché lors de cette consultation.

Après prise en compte de ces réponses et de l'avis de l'Autorité de la concurrence, les nouveaux projets de décision feront l'objet d'une seconde consultation publique, d'ici l'été, puis seront notifiés à la Commission européenne.

Les décisions finales seront adoptées au cours du second semestre 2017.
(src :http://www.arcep.fr/index.php?id=8571&no_cache=1&tx_gsactualite_pi1[uid]=2035&tx_gsactualite_pi1[annee]=&tx_gsactualite_pi1[theme]=&tx_gsactualite_pi1[motscle]=&tx_gsactualite_pi1[backID]=26&cHash=b69abcb19bcec53012e7cca999975713)

raf

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #62 le: 11 février 2017 à 14:18:36 »
Sans rire, il va demander quoi en ZTD ? Qu'Orange tire des fibres pour adducter les PMs d'immeubles afin que les concurrents puissent commercialiser ?

Voyons-voir, en cuivre il y a la collecte, et le degroupage + connexion se font au niveau des NRA. En FTTH, il n'y a pas (en ZTD) de collecte et en plus du NRO il faut relier chaque PM (tres- tres neombreux en ZTD) au NRO, et installer un equipement (generalement passif, mais certains ont d'autres idees en tete) dans le PM. Ca devient tres rapidement un massacre financier pour les moyens; pour les petits c'est no-go direct (faute de ressources).


Nico

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« Réponse #63 le: 11 février 2017 à 14:25:12 »
Ceci dit les petits sont intéressés par autre chose que de la collecte ? (hors qqs acteurs B2B j'entends)

Parce que sur le dégroupage Cu ils n'y sont pas allés...

eruditus

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« Réponse #64 le: 11 février 2017 à 14:57:33 »
Abandonnons toute concurrence par les infrastructures.  ;D

Je vais encore me répéter, mais pour les évolutions à venir des réseaux mobiles, les opérateurs ont intérêt à avoir une très bonne capilarité de leur réseau fibre. Ils devront de toute manière faire cet effort sur les ZTDs.

raf

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #65 le: 12 février 2017 à 10:51:03 »
Ceci dit les petits sont intéressés par autre chose que de la collecte ? (hors qqs acteurs B2B j'entends)

Parce que sur le dégroupage Cu ils n'y sont pas allés...
Entre la lourdeur de l'offre de degroupage et une repartition des clients qui fait que plus de 20 clients/NRA c'est exceptionnel, le choix de la collecte devient evident.
Deja avoir des collectes regionales c'est un grand progres pour un operateur "vraiment alternatif" (hors BOFS). Le degroupage c'est une etape majeure, dont tres peu arrivent a franchir.

letsar

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #66 le: 17 février 2017 à 17:10:30 »
Page 49 de l'analyse Arcep du marché 3b :  " Les bras m'en tombent... Encore une occasion superbement gâchée pour le développement de la France à l'ère numérique. "

" Lors du précédent cycle d’analyse du marché de gros pertinent des offres d’accès central en position déterminée à destination  du  marché  de  masse, l’Autorité avait estimé qu’il n’était « ni justifié ni proportionné d’imposer à Orange, au titre de sa puissance sur le marché, de faire droit aux demandes d’accès activé très haut débit fondées sur son réseau de boucle locale optique.»

L’Autorité maintient cette conclusion dans  le  cadre  de  la  présente  analyse  de  marché.  En  effet, le cadre réglementaire du  déploiement  du  FttH,  c’est-à-dire la   combinaison   des   obligations asymétriques  d’accès aux infrastructures  de  génie civil et des obligations  symétriques  d’accès à la partie terminale des réseaux en fibre optique jusqu’à l’abonné, vise au déploiement  des  nouvelles infrastructures  de  boucle  locale  optique  par  les  opérateurs et à l’établissement d’une concurrence pérenne au travers de l’accès passif et du coinvestissement.

L’expérience du dégroupage montre que la concurrence est d’autant plus pérenne que les opérateurs tiers sont susceptibles de s’autonomiser par rapport à l’opérateur d’infrastructure et de contribuer ainsi à l’èmergence d’offres innovantes et différenciées. Il serait souhaitable qu’une telle concurrence se développe de la même manière sur le segment très haut débit des marchés de gros et de détail."


Le lien : http://bit.ly/2kXAca3

obinou

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« Réponse #67 le: 17 février 2017 à 23:51:04 »
Page 49 de l'analyse Arcep du marché 3b :  " Les bras m'en tombent... Encore une occasion superbement gâchée pour le développement de la France à l'ère numérique. "

" Lors du précédent cycle d’analyse du marché de gros pertinent des offres d’accès central en position déterminée à destination  du  marché  de  masse, l’Autorité avait estimé qu’il n’était « ni justifié ni proportionné d’imposer à Orange, au titre de sa puissance sur le marché, de faire droit aux demandes d’accès activé très haut débit fondées sur son réseau de boucle locale optique.»

L’Autorité maintient cette conclusion dans  le  cadre  de  la  présente  analyse  de  marché.  En  effet, le cadre réglementaire du  déploiement  du  FttH,  c’est-à-dire la   combinaison   des   obligations asymétriques  d’accès aux infrastructures  de  génie civil et des obligations  symétriques  d’accès à la partie terminale des réseaux en fibre optique jusqu’à l’abonné, vise au déploiement  des  nouvelles infrastructures  de  boucle  locale  optique  par  les  opérateurs et à l’établissement d’une concurrence pérenne au travers de l’accès passif et du coinvestissement.

L’expérience du dégroupage montre que la concurrence est d’autant plus pérenne que les opérateurs tiers sont susceptibles de s’autonomiser par rapport à l’opérateur d’infrastructure et de contribuer ainsi à l’èmergence d’offres innovantes et différenciées. Il serait souhaitable qu’une telle concurrence se développe de la même manière sur le segment très haut débit des marchés de gros et de détail."


Le lien : http://bit.ly/2kXAca3

Je sais pas.... d'un coté je suis d'accord avec raf : Le dégroupage implique (du moins actuellement) rapidement des coûts très (trop) importants pour l'acquisition d'une poignée de clients géographiquement proche pour un petit opérateur, donc ce dégroupage implique forcèment une commercialisation de masse, et donc seulement un petit nombre d'opérateurs de grande taille capable de "tenir" un long moment avant un retour sur ces gros investissements. Je reste persuadé que ceci explique en partie une moindre différenciation entres opérateurs en terme d'offres et de positionnement, ainsi qu'une perte de choix des consommateurs (une fois que t'a fait le tour des services clients de 4 , t'en reviens à ton 1er...)

Une chose qui n'était pas possible sur le cuivre et qui le devient sur la fibre en revanche c'est la différentiation technologique: A condition de dégrouper les PM (compliqué...) il est possible pour un opérateur de proposer des offres spécifiques, en terme de technologie, débit, canalisation.
En DSL c'était impossible (essayez donc de proposer du vectoring en France...)  , de toute façon le gain est négligeable.
Mais en fibre ça deviens possible.

La seule question à mon sens reste donc  : Est-ce que c'est ce que souhaite le régulateur, notamment via ce qu'on appellerais le "FTTE" (cad offres "pro" sur boucle locale mutualisé)  ou pas. Pour que ce soit possible, il faut à mon avis 2 choses :

1) Que le dégroupage de la boucle locale soit économiquement rentable sur un nombre de clients restreints
2) Que des offres de collecte qui tiennent la route soient proposée. Pas seulement en LFO ou en activé, mais en tirant partie justement des possibilités de la fibre , tel que la mise à dispo de waves par exemple et le retrait des conditions d'usage pour y avoir accès.

Sinon ça implique que le régulateur souhaite "juste" maintenir la situation actuelle, où Orange & SFR conserveront 97% des PDM des pro.
On peux le comprendre, et même le souhaiter  (surtout bercy qui lorgne sur les dividendes) , mais faut alors que ce soit clair et que l'ARCEP arrête de dire le contraire.

Le problème de l'accès activé , c'est qu'il y a très très peu de différenciation possible entre les acteurs, et pire encore lorsque l'opérateur d'infra est lui-même opérateur de détail, et peux donc proposer de meilleurs offres, à de meilleurs tarifs. C'est en principe interdit, mais comme c'est difficile à prouver, que ça prends des années à porter en justice et qu'en général ça fini en eau de boudin, là encore c'est une possibilité que seuls les plus gros acteurs ont, donc au détriment des usagers.


obinou

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #68 le: 18 février 2017 à 00:50:29 »

Pour l'autre point, l'accès physiques aux immeubles. Orange a évoqué qu'il mettait en place de nouvelles offres pour les opérateurs ayant du mal à gérer cet aspect des choses. Les offres ont été présentées en Novembre à l'arcep. Elles sont disponibles sur le site wholesale d'Orange (Offres FTTH ZTD).

Moi je trouve ce document édifiant et incomplet.

Incomplet car il ne traite pas des problèmes hors de l'immeuble : Adduction bouchée, fourreaux bouchés / saturés / introuvables / non référencés ... comme ça arrive partout, et en ZTD plus qu'ailleurs à cause de la densité (pas partout bien sur).

Et édifiant car ils reconnaissent à demi-mot que la "légitimité" de France Télécom leur donne un avantage certain pour entrer chez les gens et négocier les contrats, la preuve c'est qu'ils se proposent d'accompagner (avec le gilet "Orange" ou "France Télécom" sinon ça marche pas) un tech d'un OC tiers , jusqu'à commencer immédiatement les travaux.

Donc oui, on peut le déplorer, mais en pratique, quand tu as la propriété des fourreaux depuis 50 ans (réelle ou supposée par les gens), ben ça joue. En plus d'avoir leurs plans et de ne pas avoir la charge administrative de demander la permission à un tiers l'autorisation de les utiliser (enfin, de les louer).
Idem pour les câbles en façade, ce sera pareil.

Je pense que c'est ce que voulais dire Lombardini, même si l faut avouer que Free Infra a quand même bien bien fait de la merde à son époque quand ils ont commencé eux-même, et que quelque part ça justifie la position de certains syndic.
Quoique j'ai vu des trucs absolument honteux dans des immeubles à Toulouse posés par Orange, donc à mon avis ils n'ont pas de quoi pavoiser non plus...



Kaelhan

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Marchés du haut et du très haut débit fixe : Orientations de l'ARCEP
« Réponse #69 le: 11 juillet 2017 à 11:15:07 »
Un article du site "La Tribune" ce jour suite aux premières conclusions de l'ARCEP annoncées aujourd'hui avec une interview de son président:
L'Arcep, le gendarme des télécoms, a publié ce mardi les conclusions de son analyse de marché de la fibre. Déterminé à en finir avec le monopole d’Orange dans les télécoms d’entreprise, l'institution a décidé de lui imposer plusieurs mesures pour épauler la concurrence. Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, les explique à La Tribune.
Les télécoms d'entreprise, il en a fait une de ses grandes priorités stratégiques. Pour Sébastien Soriano, le président de l'Arcep, le régulateur des télécoms, ce marché ne tourne pas rond. Moins médiatisé que les télécoms grand public, celui-ci pèse pourtant plus de 10 milliards d'euros. Mais surtout, il est largement monopolisé par Orange. L'opérateur historique possède pas moins de 70% de ce marché. Il est suivi par SFR (20%), Bouygues Telecom (5%) et par une multitude de petits opérateurs locaux.

Pour Sébastien Soriano, il est urgent de réinjecter de la concurrence sur ce marché. Ce qui implique d'en finir avec un des derniers « bastions », dit-il, de monopole de l'ex-France-Télécom. Lors de la présentation de son analyse de marché de la fibre, ce mardi, le régulateur a annoncé avoir activé différents leviers. L'objectif étant de permettre à tous les opérateurs de commercialiser rapidement des offres de fibre bon marché dans tout l'Hexagone. Sur le fond, l'Arcep espère favoriser l'accès des TPE et des PME, aux finances parfois limitées, à l'Internet à très haut débit.

Outre la connectivité, la fibre constitue surtout un moyen pour les petites et moyennes entreprises françaises de se convertir au cloud et autres nouveaux services digitaux. Un domaine où la France est à la traîne. D'après un classement de la Commission européenne, l'Hexagone échoue à une piètre 18ème place concernant l'utilisation des technologies digitales des entreprises. Ce qui constitue un boulet et une source d'inquiétude pour la compétitivité de l'économie.
LA TRIBUNE - Depuis votre arrivée à la tête de l'Arcep, il y a deux ans et demi, vous mettez un point d'honneur à ouvrir le marché des télécoms d'entreprise à la concurrence, et en finir avec le monopole d'Orange. Où en êtes-vous ?

SEBASTIEN SORIANO - Le marché des entreprises est une de nos principales priorités. Si la concurrence est bien installée sur le marché grand public, ce n'est effectivement pas du tout le cas sur le marché des télécoms professionnelles. Nous avons vraiment la volonté de faire bouger les lignes, de secouer le cocotier, et d'ouvrir très fortement le jeu. Notre stratégie repose sur le déploiement du FTTH [Fibre to the home, pour fibre jusqu'au logement, NDLR] dans tout le pays. Nous avons aujourd'hui une opportunité de faire de la fibre pour entreprises un marché de masse, et en particulier auprès des TPE et des PME, qui sont notre cœur de cible. L'enjeu, au final, c'est de favoriser la transformation numérique des entreprises et donc la compétitivité de l'économie française.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Ce que l'on constate, c'est que les patrons de TPE et de PME ne changent pas facilement d'abonnement et d'opérateur. Le prix et une meilleure connectivité ne suffisent pas à provoquer une telle décision. Le plus souvent, les TPE et les PME décident de migrer vers la fibre lorsqu'elles font leur « révolution digitale ». C'est notamment le cas lorsqu'elles souhaitent accéder à de nouveaux services numériques - comme l'hébergement des données à distances, où l'accès à des applications de gestion dans le cloud - qui nécessitent une connectivité bien supérieure à l'ADSL. C'est pourquoi nous sommes convaincus que la fibre peut constituer le cheval de Troie du développement de la concurrence des télécoms d'entreprises.

D'après vous, il ne suffit donc pas de baisser le prix de la fibre pour que les entreprises s'y convertissent ?

Evidemment, tous les chefs d'entreprise veulent la meilleure connectivité au meilleur prix. Mais nous craignons que ce ne soit pas un argument suffisant. Ce qui peut les faire bouger, c'est, une fois encore, l'adoption de nouveaux services numériques et outils digitaux. Il n'y a que la fibre, aujourd'hui, qui permette cette transition, car seul le FTTH permet d'apporter à une large échelle une qualité de service suffisante à un prix abordable.

Quelle est votre stratégie de régulation ?

Notre premier objectif, c'est d'élargir la gamme des offres auxquelles les entreprises ont accès. Aujourd'hui les télécoms d'entreprise sont constituées par un important « bas de marché ». Celui-ci compte entre 2 et 3 millions de clients, essentiellement en  ADSL, avec des offres autour de 50 euros par mois. Le problème, c'est que ces abonnements n'offrent pas une qualité suffisante. Ils ne comprennent pas de garantie de temps de rétablissement. Cela signifie qu'en cas de problème sur le réseau, les entreprises peuvent parfois attendre très longtemps avant de retrouver leur connexion. Cela, beaucoup de sociétés ne peuvent pas se le permettre... Ensuite, il existe un « milieu de marché », assez étroit, qui représente environ 500.000 accès. Commercialisés entre 100 et 200 euros par mois, ces abonnements disposent de garanties de temps de rétablissement. Mais en revanche, leur débit est limité car il ne s'agit que d'offres SDSL [sur le réseau cuivré, NDLR]. En clair, il n'existe pas d'offre de fibre adaptée à ce milieu de marché. Enfin, il y a le « marché du luxe », celui de la fibre dédiée [du sur-mesure, NDLR], avec 90.000 accès. On retrouve ici essentiellement des grandes entreprises et les grosses PME industrielles, qui ont les moyens de débourser entre 500 et 1.000 euros par mois pour une qualité de service maximale.

Dans ce paysage, à l'Arcep, nous souhaitons clairement favoriser le développement d'offres de fibre pour ce bas et milieu de marché. Voilà pourquoi notre première décision, c'est d'imposer à Orange, partout où il déploie le FTTH, de proposer une offre de gros avec en option une qualité de service augmentée. Ces offres comprendront une garantie de temps de rétablissement de dix heures (heures ouvrées). Concrètement, tous les opérateurs pourront commercialiser cette nouvelle option. Sachant que cette offre de gros sera accessible d'ici la fin de l'année aux opérateurs qui co-investissent avec Orange dans la fibre [c'est-à-dire les grands opérateurs, comme Bouygues Telecom ou SFR, NDLR].

Mais que faites-vous pour les petits opérateurs alternatifs, qui n'ont pas, comme Orange ou SFR, les moyens d'investir des milliards d'euros dans les infrastructures ?

A ce sujet, notre vision du marché des entreprises, c'est justement qu'il doit vivre avec un paysage concurrentiel différent que celui du marché grand public. En d'autres termes, nous sommes persuadés qu'il n'est pas condamné à se concentrer autour d'une poignée d'opérateurs verticalement intégrés [propriétaires de leurs réseaux, NDLR]. Il y a, au contraire, de la place pour une diversité d'acteurs innovants par les services ou d'opérateurs locaux capables de fournir des offres de proximité. Mais pour faire vivre cette multitude de petits acteurs, encore faut-il qu'ils aient accès à un marché de gros sur la fibre.

Comment allez-vous faire èmerger ce marché ?

Notre ambition est de créer un marché national et concurrentiel d'offres de gros « activées » [soit des offres de fibre disponibles sans avoir à déployer de coûteux équipements le long des réseaux, NDLR]. Or aujourd'hui, seuls deux acteurs, Orange et SFR, ont la possibilité d'être présent sur ce marché, et ils n'ont pas forcèment intérêt à le développer. Pour faire èmerger durablement ce marché, nous voulons permettre à de nouveaux acteurs de s'y faire une place. Certains, à l'instar de Kosc ou de Bouygues Telecom, nous ont déjà fait des marques d'intérêt, parfois très prononcées. Pour les accompagner, nous allons imposer à Orange de leur fournir une offre de gros, à prix régulé, leur permettant de vendre de la connectivité à tous les petits opérateurs alternatifs intéressés.

Vous auriez aussi pu, comme le souhaitaient beaucoup de petits opérateurs alternatifs, imposer à Orange de lancer une offre activée sur le marché de gros pour leurs permettre de se développer. Pourquoi n'avez-vous pas retenu cette solution ?

Parce que cela aurait été une erreur stratégique, une solution de facilité à très courte vue, qui aurait encore conforté la domination d'Orange. Contrairement à certaines idées reçues, beaucoup préfèrent le monopole. C'est tellement plus facile d'acheter chez Orange ! Si nous imposions à Orange une offre de gros activée, tous les opérateurs s'approvisionneraient chez lui. Et en cas de problème, ils n'auraient qu'à faire appel au régulateur ! Mais l'ennui, c'est qu'en procédant de la sorte, il est impossible de développer, comme nous le souhaitons, la concurrence sur ce marché de gros, qui est la meilleure garantie d'avoir un marché de détail dynamique. Pour casser le quasi-monopole d'Orange dans les télécoms d'entreprise, il faut agir sur le long terme. Cela implique qu'il y ait une pluralité d'acteurs d'infrastructures qui soient des offreurs sur ce marché de gros.

Reste que les petits opérateurs craignent de se faire tailler des croupières par Orange, SFR ou Bouygues Telecom dans la fibre le temps qu'une vraie concurrence èmerge sur ce marché de gros...

Beaucoup de petits opérateurs affirment qu'ils sont souvent coincés lorsqu'Orange commercialise des offres de fibre qu'ils ne sont pas en mesure de proposer... Nous avons entendu ce message. C'est pour répondre à cette urgence que, dans le même temps, nous imposons à l'opérateur historique la revente de ses offres fibre basées sur l'infrastructure FTTH à la concurrence. De cette façon, ils auront les moyens de marquer Orange à la culotte partout où il est présent. Mais j'insiste : cette option de revente n'est pas la panacée. De fait, les opérateurs qui y recourent ne pourront pas beaucoup se différencier. C'est pour cela que nous pensons qu'ils auront intérêt à s'approvisionner sur le marché de gros concurrentiel que nous souhaitons voir èmerger.

Côté prix, la fibre sera-t-elle vraiment plus abordable pour les entreprises ?

Avec cette régulation, on crée les conditions pour que des offres de fibre de qualité soient disponibles de manière massive autour de 100 euros par mois. Cela représente une division par cinq par rapport aux tarifs souvent pratiqués pour la fibre dédiée...

Quand ces mesures prendront-elles effet ?

Concernant la création d'une offre de gros avec garantie de temps de rétablissement sur le réseau FTTH d'Orange, elle sera disponible d'ici la fin de l'année. Comme elle est totalement nouvelle par rapport à ce qui existe sur le marché, nous l'évaluerons pour savoir si elle correspond bien à nos attentes. Les acteurs intéressés pour fournir une offre de gros activée pourront s'appuyer sur le réseau d'Orange dès le 1er janvier. Sachant qu'un accès généralisé à ses infrastructures doit être effectif au 1er mars au plus tard. Le calendrier est en principe le même pour la revente des offres en fibre d'Orange. Voilà pourquoi, à l'Arcep, nous espérons un printemps du marché entreprise l'année prochaine.

A quelle vitesse, d'après vous, les entreprises se convertiront-elles à la fibre ?

A ce sujet, franchement, je n'ai pas de boule de cristal. Il y a quelques territoires pionniers où la fibre pour entreprises est bien développée mais il est difficile de généraliser. Néanmoins, de nouvelles offres, attractives et de qualité, vont arriver sur le marché. Tous les acteurs auront bientôt la possibilité de commercialiser de la fibre à bon prix. Mais en tant que régulateur, nous ne contrôlons pas la demande ! Ce sera aux opérateurs de convaincre les entreprises qu'elles ont intérêt à passer à la fibre. Quoi qu'il en soit, la situation sera forcèment meilleure qu'aujourd'hui. Il n'est pas normal que seules 90.000 entreprises sur 3 millions disposent de la fibre avec une bonne qualité de service.

(src : http://www.latribune.fr/technos-medias/telecoms-le-regulateur-promet-un-printemps-du-marche-des-entreprises-743499.html)
« Modifié: 11 juillet 2017 à 11:16:54 par Nico »

 

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