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Veille technologique => Discussion démarrée par: vivien le 18 février 2026 à 22:04:34
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En février, ce sont les "Safer Internet Day". Créé par la Commission Européenne en 2004, c'est un événement annuel de sensibilisation aux usages responsables du numérique à destination des jeunes.
(https://lafibre.info/images/doc/logo_safer_internet_days.webp)
Le contenu ci-dessous va surtout intéresser les parents.
Je vais commencer par faire un résumé plus accessible d'un rapport essentiel :
« Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu »
À gauche le rapport complet, à droite mon résumé avec des images, également repris ci-dessous :
(cliquez sur les miniatures ci-dessous - les documents sont au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_rapport.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_rapport.pdf) (https://lafibre.info/images/doc/202404_synthese_enfants_et_ecrans_a_la_recherche_du_temps_perdu.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202404_synthese_enfants_et_ecrans_a_la_recherche_du_temps_perdu.pdf)
Le président de la République a commandé, à une Commission constituée d’experts de la société civile, un rapport pour évaluer les impacts de l’exposition des enfants aux écrans et formuler des recommandations. Le rapport de 142 pages comporte de nombreuses informations à destination pouvoirs publics ou des professionnels en contact avec les enfants. On y retrouvera, par exemple, une proposition de « démarrage des cours au collège et au lycée à 10 h 00 (https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_demarrer_les_cours_a_10h00.webp) ; étant précisé qu’il ne s’agit pas là d’une réponse à laquelle on pourrait substituer l’intention de coucher plus tôt les adolescents […], mais d’un enjeu qui a trait directement au rythme biologique des enfants et des adolescents ».
La synthèse ci-dessous se limite aux principales informations à destination des parents.
Cette synthèse, que j'ai réalisée, tente d’être aussi fidèle que possible au rapport, toutefois, il est recommandé de se référer à la source. De plus, j'ai approfondi et actualisé certaines ressources externes citées par le rapport.
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1 Panorama de la présence des écrans auprès des mineurs
Dans la première partie « Exposition des enfants et des adolescents aux écrans : de quoi parle-t-on ? », la Commission, co-présidée par Servane Mouton, neurologue, et Amine Benyamina, psychiatre addictologue fait un état des lieux de la présence des écrans et de leur usage par les mineurs.
1.1 Niveau d’équipement en écrans des enfants et adolescents
Les écrans sont omniprésents, en moyenne un foyer français détient 11,2 écrans :
• 3,1 téléphones mobiles/smartphones ;
• 2,2 téléviseurs (il peut être relevé que le nombre de téléviseurs tend à diminuer) ;
• 2,2 ordinateurs (portables ou fixes) ;
• 1,4 tablette ;
• 1,2 console de jeu portable ;
• 1,1 montre ou bracelet connecté.
Source : données du baromètre du numérique, édition 2026 (cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202602_barometre_du_numerique_edition_2026.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_barometre_du_numerique_edition_2026.pdf)
Le taux d’équipement personnel (véritablement dédiés à leur usage propre), des enfants et des adolescents :
• Les 7 – 12 ans détiennent en moyenne 1,6 écran personnel : 35 % détiennent smartphone personnel ; 19 % sont équipés d’un ordinateur personnel ; 58 % d’une console de jeux personnelle.
• Les 13 – 19 ans détiennent en moyenne 2,9 écrans personnels : 89 % détiennent un smartphone (+12 points par rapport à 2016) ; 69 % sont équipés d’un ordinateur et 63 % d’une console de jeux.
Parmi les jeunes qui possèdent un smartphone personnel à l’âge de 10,5 ans (34 % en 2022), l’âge moyen d’acquisition était estimé à 9 ans et 8 mois (étude IPSOS, Junior Connect’, Edition 2022 (https://www.ipsos.com/fr-fr/malgre-un-temps-croissant-passe-sur-les-ecrans-les-jeunes-lisent-toujours-autant)).
1.2 Usage des écrans : vidéos, jeux et réseaux sociaux
D’après une enquête de e-Enfance avec Toluna-Harris Interactive de février 2023 (https://harris-interactive.fr/wp-content/uploads/sites/6/2023/03/Presentation-Toluna-Harris-Les-enfants-les-parents-et-les-enjeux-numeriques-Google-VF.pdf), les parents interrogés indiquaient que leurs enfants avaient commencé à utiliser Internet (avec un adulte) à 5 ans et 10 mois et que l’âge auquel ils avaient commencé à utiliser Internet seul était de 6 ans et 10 mois.
Les premiers usages d’Internet par les 6-10 ans concernent surtout des activités en lien avec le divertissement, dans le but de se détendre, de s’amuser et d’assouvir sa curiosité : 44 % pour regarder des vidéos, 34 % pour utiliser des applications créatives et 33 % pour écouter de la musique. Une étude de l’association e-Enfance 3080-Caisse d'épargne de juin 2023 (https://e-enfance.org/wp-content/uploads/2023/10/20231017_Infographie_Etude-Caisse-dEpargne_e_Enfance_Cyberharcelement.pdf) montre que 86 % des 8-18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux.
Les enfants âgés de moins de 13 ans sont inscrits en nombre sur des réseaux sociaux, pourtant en théorie interdits au moins de 13 ans : selon une étude Génération numérique de février 2022 (https://asso-generationnumerique.fr/wp-content/uploads/2022/02/Enquete-pratiques-nume%CC%81riques-2022.pdf), 58 % des jeunes de 11 – 12 ans en 2021 avaient un compte sur au moins l’un des réseaux sociaux. Le rapport du Sénat sur TikTok de juillet 2023 a signalé que 45 % des Français de 11-12 ans sont inscrits sur l’application TikTok.
D’après une enquête de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) de février 2020 (https://www.cnil.fr/sites/cnil/files/atoms/files/sondage_ifop_-_comportements_digitaux_des_enfants_-_fevrier_2020.pdf), la première inscription sur un réseau social interviendrait en moyenne vers l’âge de 8 ans et demi et plus de la moitié des enfants de 10 à 14 ans seraient présents sur ces plateformes.
Une étude de l’ARCOM de mars 2023 (https://www.arcom.fr/sites/default/files/2023-05/La_frequentation_des_sites_adultes_par_les_mineurs%20-%20Etude_Arcom_0.pdf), effectuée via les mesures d’audience Internet de Médiamétrie, précise pour sa part que 2,3 millions de mineurs en France fréquenteraient des sites pornographiques chaque mois, dont la moitié des garçons à partir de l’âge de 12 ans et deux tiers des garçons âgés entre 16 et 17 ans. Ces données sont en nette progression (+600 000 en 5 ans, soit +36 %). Pour 75 % des moins de 18 ans, les contenus sont visionnés sur un téléphone portable. Il doit être souligné que ces contenus sont inadaptés à un public mineur, qui parfois n’a pas explicitement cherché ce contenu et y a eu accès alors qu’il cherchait à se renseigner sur la sexualité.
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2 Les impacts des écrans sur les enfants et adolescents
La seconde partie « Exposition des enfants et des adolescents aux écrans : Est-ce grave ? » va synthétiser en 34 pages les nombreuses études publiées sur le sujet.
2.1 Résumé des effets présumés des écrans par âge
• Avant 2 ans, les effets de l’exposition aux écrans sont associés à de moins bonnes performances au niveau du langage et des capacités attentionnelles ;
• De 2 à 6 ans, un temps d’écran supérieur à une heure par jour ou de télévision supérieur à 30 minutes par jour est souvent associé à de moins bonnes performances cognitives globales, attentionnelles, langagières et socio-émotionnelles ;
• De 6 à 17 ans : un temps d’écran supérieur à deux heures par jour pourrait être associé pour certains usages à de moindres capacités attentionnelles et à de moindres performances en lecture et scolaires, mais cela reste à confirmer ;
• Entre 15 et 18 ans : un usage à haute fréquence du smartphone (plusieurs fois par jour) a été associé à une augmentation des symptômes de type inattention, impulsivité et hyperactivité.
2.2 Temps moyen de consultation des écrans par les jeunes
Le temps d’écran moyen par jour : (moyenne des 4 grandes enquêtes de l’Anses et de Santé publique France)
• 3 à 6 ans : 1 heure et 58 minutes par jour ;
• 7 à 10 ans : 2 heures et 41 minutes par jour ;
• 11 à 14 ans : 3 heures et 47 minutes par jour ;
• 15 à 17 ans : 4 heures et 23 minutes par jour.
C’est beaucoup trop ! La tendance assez nette est celle d’une augmentation assez sensible du temps d’écran des enfants et des adolescents quand on regarde les études disponibles sur les périodes antérieures.
L’utilisation des écrans contribue, directement ou indirectement, aux déficits de sommeil.
Le rapport rappel les recommandations de durée de sommeil, en fonction de l’âge : (Source (https://www.sleephealthjournal.org/action/showPdf?pii=S2352-7218(15)00015-7))
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_temps_sommeil.webp)
Dès la période intra-utero et jusqu’à l’âge de 25 ans environ, le cerveau est en développement et dispose d’une grande plasticité pour assimiler toutes les informations utiles et donc, dans le même temps, par une vulnérabilité plus forte encore aux événements néfastes de l’environnement.
Les perturbations susceptibles d’intervenir durant les moments clés du développement des systèmes perceptifs, notamment chez le très jeune enfant, entraîneront parfois des conséquences irréversibles. De manière similaire l’exposition à des substances psychoactives (alcool, cannabis et autres drogues) chez les jeunes adolescents avant 15 ans produisent des effets non réversibles sur le cerveau et les systèmes de régulation de l’impulsivité.
En contrepartie, ces périodes « sensibles » sont aussi des fenêtres d’opportunité pour intervenir sur l’environnement et pour agir positivement au bénéfice de la santé et de l’éducation des enfants et des adolescents.
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3 Qu’a-t-on fait jusqu’à présent pour réguler, conseiller et sécuriser l’usage des écrans par les mineurs ?
Le site Internet grand public « je protège mon enfant.gouv.fr (https://jeprotegemonenfant.gouv.fr/) » est cité, mais il est indiqué qu’il reste cependant assez peu connu du grand public et assez peu fréquenté.
3.1 La règle du « 3-6-9-12 » de Serge Tisseron
Parmi les recommandations les plus connues, la règle du « 3-6-9-12 » proposée dès 2008 par le psychiatre Serge Tisseron (https://www.3-6-9-12.org/les-balises-3-6-9-12/). Concrètement, cette règle se détaille de la façon suivante :
• Pas d’écran avant 3 ans ;
• Pas de console de jeu portable avant 6 ans ;
• Pas d’Internet avant 9 ans (puis Internet « accompagné » jusqu’à l’entrée en collège) ;
• Internet seul possible à partir de 12 ans, mais avec prudence.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_regle_du_3-6-9-12_de_serge_tisseron_2.avif)
Depuis 2011, cette règle, qui a le mérite de la clarté et de la lisibilité, a été fortement relayée par les pédiatres et dans les PMI et s’est imposée comme une référence.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_regle_du_3-6-9-12_de_serge_tisseron_1.avif)
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202404_regle_du_3-6-9-12_de_serge_tisseron.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202404_regle_du_3-6-9-12_de_serge_tisseron.pdf)
3.2 Des recommandations sur les temps d’écran par âge insuffisamment harmonisées
Serge Tisseron précise que la règle des « 3-6-9-12 » est nécessaire, mais qu’elle n’est pas suffisante à elle seule. Il recommande en complément de « cadrer le temps d’écran à tout âge ». Interview de Serge Tisseron par Lyon Capitale : « Comment poser des limites » (https://sergetisseron.com/wp-content/uploads/2021/02/interviewSergeTisseron.pdf).
De son côté, l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) ne donne pas de bornes de temps par âge, mais conseille comme base aux parents de se référer à la capacité d’attention moyenne (https://afpa.org/dossier/ecrans/) de la tranche d’âge de leur enfant, soit :
• De 3 à 6 ans : 20 minutes ;
• De 6 à 8 ans : 30 minutes ;
• De 8 à 10 ans : 45 minutes ;
• Après 10 ans : 1 heure.
Au niveau international, l’OMS a émis de premières « lignes directrices » sur les interventions de santé numérique en 2019 (https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/e296ab3f-d4cc-441b-a5c2-e64cc96692c1/content), dans lesquelles elle recommande :
• Moins de 2 ans : ne pas du tout exposer les enfants aux écrans ;
• De 2 à 5 ans : « pas plus d’une heure, moins c’est mieux ».
(https://lafibre.info/images/doc/202004_oms_lignes_directrices_sante_enfants_de_moins_de_5ans_1.avif)
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202004_oms_lignes_directrices_sante_enfants_de_moins_de_5ans.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202004_oms_lignes_directrices_sante_enfants_de_moins_de_5ans.pdf) (https://lafibre.info/images/doc/202404_serge_tisseron_interview.avif)
3.3 La règle des « quatre pas » de Sabine Duflo
Autre recommandation, celle des « quatre pas » émise par la psychologue clinicienne Sabine Duflo (http://www.sabineduflo.fr/vous-et-les-ecrans-conseils-pratiques/), proposant les règles suivantes : « pas d’écran avant d’aller à l’école, pas d’écran dans la chambre à coucher, pas d’écran avant d’aller se coucher et pas d’écran pendant les repas » :
(Cliquer sur l'image pour ouvrir l'affiche au format A4 - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202404_regle_des_quatre_pas_sabine_duflo.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202312_regle_des_quatre_pas_sabine_duflo.pdf)
3.4 Des effets limités, faute de connaissance des recommandations et de cadre d’action harmonisé
En résumé, il ressort des constats faits pas la Commission que :
• Des recommandations et des conseils en termes de bonnes pratiques sur les usages des écrans par les enfants existent (que ce soit en fonction de leur âge, du temps passé, de la qualité des contenus…). Leur diversité, un manque d’harmonisation et de coordination dans les messages diffusés conduisent cependant à brouiller la lisibilité de la communication. Finalement, ces recommandations semblent insuffisamment connues du grand public et, quand elles le sont, semblent peu mises en œuvre.
• Beaucoup des règles proposées indiquent ce qu’il ne faut pas faire, mais pas toujours suffisamment comment il faut faire et pourquoi.
• Des actions locales intéressantes de mise en œuvre de certaines des recommandations sont proposées, mais elles restent encore très isolées ou localisées.
Un besoin de clarification des messages semble s’imposer, ainsi qu’une démarche de communication d’envergure pour atteindre et diffuser de façon massive les recommandations utiles sont nécessaires.
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4 Recommandations de mesures opérationnelles pour protéger les jeunes des effets néfastes des écrans
À l’issue de réflexions sur le bénéfice/risque, la Commission propose les principes d’action suivants :
• Renforcer la recommandation en vigueur de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans ;
• Déconseiller l’usage des écrans jusqu’à l’âge de 6 ans, ou tout au moins qu’il soit fortement limité, occasionnel, avec des contenus à qualité éducative et accompagné par un adulte ;
• Après 6 ans, appeler à une exposition modérée et contrôlée.
La Commission se garde, en l’état actuel des connaissances, d’émettre des recommandations en termes de temps d’écran, car le temps d’écran est une variable très imparfaite pour réguler les activités numériques dont les effets s’avèrent souvent « usage-dépendant ». La Commission est en faveur de l’abandon de la logique du « temps maximum par jour », qui délivre insidieusement le message que regarder des écrans tous les jours est acceptable pour un jeune enfant. La Commission suggère qu’une limite de temps hebdomadaire serait plus à même de signifier qu’il est acceptable de regarder, de temps en temps, des programmes adaptés à l’âge de l’enfant, sur des moments balisés et accompagnés par un adulte.
La Commission déconseille les écrans non éducatifs les jours d’école : « les activités récréatives sur écran trouvent difficilement leur place les jours d’école. Elles ne sont pas forcément incontournables les jours de congés ».
La Commission propose par ailleurs d’interdire l’usage des « jouets connectés » destinés aux enfants de moins de 6 ans, à l’exclusion des boites à histoire connectées. Elle rappelle qu’il existe au contraire des alternatives stimulantes : lecture, mais aussi livres audio et histoires interactives, jeu libre, jeux de société, jeux de rôles, activités créatives, sportives et artistiques, discussions avec les pairs.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_mpedia_les_propositions_de_la_commission_par_age.avif)
4.1 Les propositions de la Commission par age
• Moins de 3 ans : ne pas exposer les enfants aux écrans.
• De 3 à 5 ans (école maternelle) : écrans occasionnels, avec des contenus à qualité éducative et accompagné par un adulte.
• De 6 à 10 ans (école élémentaire) : exposition aux écrans modérée et contrôlée.
• De 11 à 12 ans (entrée au collège) : possibilité pour les jeunes de disposer de leur premier téléphone « briques » ou « à clapet ». Ce téléphone doit cependant être limité à la seule possibilité de téléphoner et d’envoyer de messages, mais pas encore de pouvoir aller sur internet de façon autonome.
• De 13 à 15 ans : sans inciter pour autant à un équipement dès l’âge de 13 ans, il pouvait être considéré comme possible d’équiper les jeunes de téléphones avec internet à partir de 13 ans, à la condition que l’accès aux réseaux sociaux et aux contenus illégaux ne leur soit pas permis.
• De 15 ans à 17 ans (entrée au lycée) : accès complémentaire aux réseaux sociaux éthiques.
• À partir de 18 ans : accès complet à internet.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_pas_de_tel_avant_11_ans_1.webp)
L’âge du premier téléphone et de l’accès ou non à internet sur ce téléphone cristallisent une grande partie des enjeux et des réflexions en matière d’écrans. L’identification de bornes d’âge est expliquée par la Commission, pour répondre à la demande des parents qui cherchent parfois à être étayés dans leur décision face à leurs enfants.
Un téléphone, et a fortiori un smartphone possédé avant l’âge de 11 ans expose en effet trop fortement les enfants aux différents risques sanitaires, à un âge où ils sont tout particulièrement vulnérables, qu’il s’agisse par exemple des risques de myopie, d’exposition à la lumière bleue, de troubles du sommeil ou encore des risques de sédentarité.
Une première étape est envisageable à l’âge de 11 ans. Cet âge correspond à une étape importante dans la vie du jeune qui sort progressivement de l’enfance et prépare son entrée dans l’adolescence. C’est l’âge à partir duquel, le plus souvent, il fait son entrée au collège. Le lien avec les parents évolue et le jeune commence à entrer dans un cycle de vie dans lequel il sera un peu plus autonome. L’éloignement du collège du domicile familial, l’usage des transports sans accompagnement des parents ou encore le début de certaines activités en autonomie (loisirs extérieurs ou activités sportives par exemple) peuvent justifier un besoin souvent plus important de pouvoir joindre ou être joint ses parents, ses éducateurs, voire ses amis. Pour l’ensemble de ces raisons, il paraît cohérent de proposer que le cap des 11 ans s’accompagne de la possibilité pour les jeunes de disposer de leur premier téléphone. Ce téléphone doit cependant être limité à la seule possibilité de téléphoner et d’envoyer de messages, avec des forfaits limités, mais pas encore de pouvoir aller sur Internet de façon autonome. La Commission recommande donc de privilégier plutôt des téléphones « briques » ou « à clapet » à cet âge. Elle considère que les acteurs du numérique ont un rôle essentiel à jouer en termes d’offre en appareils adaptés et de forfaits limités aux communications téléphoniques et aux textos, et ce faisant moins chers.
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4.2 L’âge du premier smartphone : 13 ans, mais sans les réseaux sociaux
Concernant le premier smartphone, au vu de la difficulté à protéger les jeunes des contenus addictogènes et toxiques, et des enjeux de santé somatique (notamment visuelle), la borne de 15 ans pour accéder à un smartphone pourrait être défendue ; elle a en outre la cohérence d’être conforme à la majorité numérique et au RGPD qui ouvre la possibilité de partager ses données personnelles sans consentement parental à cet âge ; d’être cohérente avec l’étape symbolique de l’entrée au lycée alors que les portables ne peuvent être utilisés au collège ; et permettrait enfin de faire fortement baisser la pression sociale sur l’acquisition du téléphone, attentes qu’ont pu exprimer certains collectifs et acteurs de la société civile.
Mais, dans le même temps, à 13 ans déjà, les enfants sont pleinement entrés dans l’adolescence, ont encore progressé en autonomie. Leurs activités en dehors du foyer sont plus nombreuses et s’ils ont toujours besoin naturellement de l’appui et de l’accompagnement de leurs parents, la place des pairs et de l’information qu’ils peuvent obtenir par eux-mêmes prennent une part plus importante. Et certains défendent à ce titre que cet âge de 13 ans puisse être considéré, sous réserve que l’étape du téléphone connecté soit fortement préparée avec les enfants.
À l’issue de sa réflexion, la Commission a considéré que, sans inciter pour autant à un équipement dès l’âge de 13 ans, il pouvait être considéré comme possible d’équiper les jeunes de téléphones avec Internet à partir de 13 ans, à la condition que l’accès aux réseaux sociaux et aux contenus illégaux ne leur soit pas permis.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_resume_parents_2.avif)
4.3 Le cas des téléphones au collège et au lycée
Collège :
La Commission considère que, dans l’ensemble, l’interdiction du téléphone portable au collège est respectée et ne présente pas de difficultés majeures. Les deux motifs principaux de consultation du téléphone en classe étant les messages envoyés par les parents eux-mêmes à leurs enfants pendant le temps scolaire et le fait de pouvoir consulter l’heure pour les élèves pourraient être limités en :
• Faisant signer une charte à tous les parents leur rappelant la règle d’interdiction des téléphones portables dans l’établissement et leur demandant de s’engager à ne pas envoyer de messages en journée aux collégiens.
• Remettant des horloges dans toutes les salles de classe, pour renseigner les enfants sur l’heure.
Lycée :
La Commission estime intéressant, et utile, que puissent être proposée dans les lycées la définition d’une stratégie partagée sur la place et l’usage des téléphones. Elle suggère pour cela que soient prévus, par exemple :
• La définition d’espaces « sans portables » (en plus des salles de cours) à déterminer en lien et autour du projet d’établissement, et en accord avec le conseil de la vie lycéenne ;
• L’accompagnement des établissements volontaires pour des expérimentations de « lycées sans smartphone », et évaluer les impacts de cette action, notamment sur l’ambiance générale de l’établissement ou les relations entre les élèves.
Temps d’échange sur l’état d’exposition de l’enfant aux écrans :
Ce temps pourrait ainsi être organisé lors des « visites annuelles » de santé prévues de l’âge de 3 ans à l’âge de 6 ans, puis aux trois « périodes » prévues jusqu’à l’âge de 16 ans : 8-9 ans ; 11-13 ans ; 15-16 ans.
Ces moments seraient aussi l’occasion pour les parents :
• De bénéficier d’un regard extérieur sur l’état des usages fait des écrans par leur enfant ;
• D’être à nouveau sensibilisés aux côtés de leurs enfants, aux bonnes pratiques et d’être conseillés et accompagnés si besoin par les professionnels de santé.
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5 Les réseaux sociaux : pas avant 15 ou 18 ans
L’adolescence étant une période critique à bien des titres : il convient d’engager d’ores et déjà les moyens de mieux protéger les adolescents, et notamment les filles, de tout ce qui n’est pas éthique dans les médias sociaux, en particulier la mobilisation de procédés de type addictifs et enfermants. En effet, la communauté scientifique s’accorde pour dire que les médias sociaux ont le potentiel de tout à la fois créer des bénéfices aux adolescents, et nuire à leur santé mentale. Or, alors que l’usage des réseaux sociaux est aujourd’hui quasi universel, l’impact négatif, même limité, peut concerner un nombre très important d’adolescents fragilisés. Les médias sociaux constituent pour eux un facteur de risque supplémentaire dont il faut les protéger.
En matière de réseaux sociaux, la loi du 7 juillet 2023 (dite « loi Marcangeli ») (http://) a fixé une majorité numérique à 15 ans, pour l’inscription et l’utilisation des réseaux sociaux. En dessous de cet âge, l’inscription à un réseau social ne peut se faire que sur autorisation expresse de l’un des titulaires de l’autorité parentale. Ce principe important n’est cependant pas encore mis en œuvre en France, en raison notamment d’un sujet de cohérence avec le droit de l’Union européenne. Il convient au passage de noter, concernant les conditions d’accès aux réseaux sociaux, l’influence du droit américain. En effet, les règles d’âge déterminées par les réseaux eux-mêmes pour l’inscription, sont fixées à 13 ans le plus souvent, ce qui correspond aux exigences du droit américain (Children's Online Privacy Protection Act de 1998 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Children's_Online_Privacy_Protection_Act)).
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_reseaux_sociaux_15ans.webp)
La Commission recommande de soumettre désormais la possibilité de s’inscrire sur un réseau social au respect de deux conditions cumulatives :
• Une condition d’âge, comme c’est déjà le cas actuellement sur le principe, mais dans une logique renforcée : en établissant cet âge à 15 ans (plus de dérogation possible avant 15 ans) et en se donnant les moyens de faire appliquer le respect de cette condition.
• Une condition liée aux modalités de conception même du réseau social, de fonctionnement de ses algorithmes, de définition de ses paramétrages. L’idée consisterait ainsi à ce que, pour les mineurs à partir de 15 ans la possibilité de s’inscrire sur un réseau ou une plateforme soit limitée aux seuls réseaux considérés comme éthiques, car fonctionnant selon des principes connus et garantissant l’absence de mécanismes addictogènes et enfermants ainsi que de contenus préjudiciables pour les jeunes.
5.1 Limiter l’accès aux réseaux sociaux considérés comme toxiques pour les moins de 18 ans
La Commission considère qu’il faut accompagner les jeunes pour répondre à leurs besoins en termes de sociabilisation et d’échanges. Il est important que l’utilisation des réseaux sociaux puisse avoir lieu de façon sécurisée. Aussi, la Commission est favorable à une règle claire et homogène permettant d’autoriser la mobilisation des réseaux sociaux à compter de 15 ans, mais auprès d’acteurs vertueux, et non de prédateurs.
La Commission n’est naturellement pas en mesure matériellement de dresser elle-même une « liste blanche » des « réseaux éthiques » sur lesquels les adolescents pourraient s’inscrire à partir de l’âge de 15 ans et considère que, quand bien même elle aurait été en mesure matériellement de le faire, cette tâche ne saurait lui incomber.
La question est alors avant tout de savoir comment identifier les services, environnements et activités les plus toxiques pour les mineurs, pour ensuite imposer un contrôle strict de l’âge (≥ 18 ans). Ainsi, il devrait revenir aux autorités étatiques d’identifier les réseaux sociaux qui devraient être soumis à une obligation de contrôle strict de non-accessibilité. En France, ce rôle pourrait être confié à l’Arcom, sous le contrôle du juge.
Un faisceau d’indices pourrait être défini à cette fin et composé, par exemple, des comportements suivants :
• Nuire aux enfants de manière générale ;
• Conduire à ce que les enfants subissent ou soient la cible de contacts préjudiciables ;
• Soumettre les enfants à des comportements préjudiciables sans recours efficace ;
• Exposer les enfants à l’exploitation par des contacts préjudiciables ;
• Collecter des informations personnelles sensibles ;
• Nuire aux enfants par ses systèmes de publicité ;
• Nuire aux enfants par ses algorithmes, en particulier ceux reposant sur des flux addictifs ;
• Porter atteinte aux enfants par des fonctions d’incitation ou d’engagement, notamment l’exposition aux likes et aux commentaires ;
• Conduire à l’adoption de comportements compulsifs et sans limite de temps.
Plus largement, la Commission recommande qu’une démarche de convergence soit initiée au niveau européen, sous l’égide de la France et de tous les États membres qui souhaiteraient s’associer, pour que le respect de ce dispositif à deux conditions devienne la règle pour l’inscription des jeunes sur les réseaux sociaux dans l’ensemble de l’Union européenne.
7 jeunes sur 10 ont déjà été exposés à du contenu choquant sur internet ou sur les réseaux sociaux :
(https://lafibre.info/images/doc/202302_generation_numerique_enquete_contenus_choquants_accessibles_aux_mineurs_1.avif)
Source : Génération numérique, Enquête sur les contenus choquants accessibles aux mineurs, février 2023. (https://asso-generationnumerique.fr/wp-content/uploads/2023/02/Enquete-2023-les-contenus-choquants-accessibles-aux-mineurs.pdf)
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202302_generation_numerique_enquete_contenus_choquants_accessibles_aux_mineurs.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202302_generation_numerique_enquete_contenus_choquants_accessibles_aux_mineurs.pdf)
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5.2 La prison des réseaux sociaux : l’enfermement algorithmique hyper-personnalisé
L’avènement du numérique constitue une opportunité en ce qu’il offre une liberté inégalée d’accès à la connaissance. Dans l’étude 2024 du Pew Research Center (https://www.pewresearch.org/short-reads/2024/02/23/majorities-in-most-countries-surveyed-say-social-media-is-good-for-democracy/), le sentiment majoritaire en Europe est que les médias sociaux sont davantage une « mauvaise chose » qu’une « bonne chose » pour le fonctionnement démocratique.
(cliquer sur le schéma pour l'agrandir)
(https://lafibre.info/images/doc/202402_pew_research_center_social_media_democracy.avif)
Si certains médias sociaux font le choix de sanctuariser des espaces d’information conformes à des lignes directrices, d’autres sont construits avec les seuls objectifs du temps passé en ligne et de la satisfaction des préférences. Ils n’ont pas pour objet de présenter une information pertinente, ni de la diversifier, mais de choisir celle qui va le plus capter l’attention de l’utilisateur, ce qui conduit à mettre en avant des messages provoquant des réactions émotionnelles fortes.
Eli Pariser, qui a popularisé en 2011 le terme de « bulle de filtre » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bulle_de_filtres), a proposé de définir l’enfermement algorithmique comme une forme de prison dans laquelle la possibilité d’une découverte fortuite devient exclue. La question ainsi posée, en particulier pour les jeunes, est celle de l’accès au pluralisme de l’information : les modèles de certaines grandes plateformes, qui ne permettent pas aux utilisateurs de savoir ce que les algorithmes ont exclu en termes de contenu, conduisent-ils à ce que nous passions d’une culture de la recherche d’information, à une logique de « confirmation » de ses propres opinions ? Certains évoquent ainsi le risque de communautés enfermées dans leurs propres convictions, et refusant de « faire société ». (Morin, 2021)
Cet effet d’amplification des algorithmes est particulièrement sensible pour les enfants et les adolescents qui sont en pleine construction de leur identité et de leur rapport au monde. Il est de la responsabilité des adultes de bâtir les bonnes digues en termes d’esprit critique, ainsi que de faire connaître, pour mieux les déjouer, les biais cognitifs possibles dans le traitement de l’information.
Le CSA (aujourd’hui l’Arcom) a publié en novembre 2020 une étude sur la propagation des fausses informations sur Twitter (https://www.csa.fr/content/download/259475/793066/version/1/file/La%20propagation%20des%20fausses%20informations%20sur%20les%20r%C3%A9seaux%20sociaux%20-%20%C3%A9tude%20du%20service%20Twitter.pdf).
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202011_csa_propagation_des_fausses_informations_sur_les_reseaux_sociaux.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202011_csa_propagation_des_fausses_informations_sur_les_reseaux_sociaux.pdf)
Il est montré que le nombre d’abonnés aux comptes dits « non fiables » est significativement plus faible que celui de la majorité des comptes d’information dits « fiables » ; en revanche ces comptes « non fiables » affichent une quantité de Retweets équivalente sur le plan numérique, les abonnés de ces comptes « non fiables » ayant une propension beaucoup plus élevée à la diffusion des informations. L’étude montre que ces comptes « non fiables » privilégient largement les thèmes d’actualité et clivants, comme la politique, l’immigration, la santé, la religion ou encore le terrorisme.
Plusieurs études montrent en outre que les fausses nouvelles de nature politique ou en contexte de crise ne sont consommées quasi exclusivement que par des personnes en accord avec le point de vue qu’elles expriment.
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5.3 L’amplification des représentations et stéréotypes et violences sexistes et sexuelles
Il est difficile d’agir contre les « représentations » véhiculées par la consommation des réseaux sociaux, ou encore l’écoute d’influenceurs. Ils peuvent façonner chez les enfants et les adolescents une vision des rapports sociaux, des rapports de genres, du travail… discutables sur le plan éthique.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_mpedia_les_ecrans_sexisme.avif)
Internet permet de relayer dans ses contenus les plus vus, des stéréotypes et violences sexistes et sexuelles. Pour les jeunes filles, pour leur développement, pour leurs relations aux hommes, ces évolutions sont « gravissimes ». Le rapport annuel de 2024 du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-6eme-etat-des-lieux-du-sexisme-en-france-sattaquer-aux-racines-du-sexisme) alerte sur le fait que ces stéréotypes sont encore plus présents sur les services dédiés aux enfants, faisant courir le risque de représentations ancrées durablement chez ces derniers.
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202402_hce_rapport_sur_etat_du_sexisme_en_france.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202402_hce_rapport_sur_etat_du_sexisme_en_france.pdf)
L’activité d’influenceuses les plus populaires de France renforce les rôles genrés qui leur sont traditionnellement attribués (rôle maternel, enceintes, jeunes mamans, dévouées à leur grossesse ou leurs enfants en bas âge). Le sexisme présent dans les contenus est reproduit à grande vitesse permettant sa banalisation et son ancrage profond dans la société.
Enfin, le Haut conseil met le projecteur sur la diffusion via le numérique des contenus pornographiques, alertant sur le fait que « l’initiation précoce au porno semble avoir des effets réels sur les représentations que se font les hommes des femmes dans les relations sexuelles qu’ils et elles peuvent entretenir. Selon l’Ifop en 2023 (https://www.monpetitforfait.com/vpn/wp-content/uploads/2023/09/120319_Porno_Resultats_ifop_2023.09.28.pdf), plus les jeunes hommes ont été exposés tôt à du contenu hard, plus ils adhèrent à des représentations violentes ».
Audience des sites « Adultes » par les mineurs :
(https://lafibre.info/images/doc/202305_arcom_frequentation_des_sites_adultes_par_les_mineurs_1.webp)
Diapositive extraite du rapport de mai 2023 de l’Arcom sur la fréquentation des sites « Adultes » par les mineures (https://www.arcom.fr/sites/default/files/2023-05/La_frequentation_des_sites_adultes_par_les_mineurs%20-%20Etude_Arcom_0.pdf).
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202305_arcom_frequentation_des_sites_adultes_par_les_mineurs.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202305_arcom_frequentation_des_sites_adultes_par_les_mineurs.pdf)
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5.4 Le cas de l’application TikTok, qui encourage les idées suicidaires et l’automutilation
Le rapport de la commission d’enquête du Sénat de juillet 2023 (https://www.senat.fr/rap/r22-831-1/r22-831-11.pdf) sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence mentionne, page 150 « Constat : malgré l’interdiction de principe de s’y inscrire, près de 45 % des jeunes Français de 11 à 12 ans ont un compte TikTok ».
La chambre haute du Parlement français a publié une vidéo de deux heures sur les conclusions de la commission d’enquête. La vidéo est disponible sur videos.senat.fr (https://videos.senat.fr/video.4029911_64a655880a37a.tiktok--les-conclusions-de-la-commission-d-enquete).
La Commission « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu » mentionne également un rapport de 100 pages dédiées à TikTok et publié par Amnesty International en 2023 : Poussé·e·s vers les ténèbres : Comment le fil « Pour toi » encourage l’automutilation et les idées suicidaires (https://www.amnesty.org/fr/wp-content/uploads/sites/8/2023/12/POL4073502023FRENCH.pdf).
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202311_amnesty_international_tiktok_encourage_les_idees_suicidaires.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202311_amnesty_international_tiktok_encourage_les_idees_suicidaires.pdf)
Le rapport explique la stratégie menée par TikTok pour obtenir l’attention des utilisateurs et des utilisatrices. Il mentionne le risque d’aggraver les problèmes de santé mentale comme la dépression, l’anxiété et l’automutilation. L’étude technique se fonde sur plus d’une trentaine de comptes automatisés qui ont été paramétrés de manière à représenter des enfants de 13 ans au Kenya et aux États-Unis afin de mesurer les effets du système de recommandation de ce réseau social sur les jeunes utilisateurs et utilisatrices. Une deuxième simulation, exécutée manuellement, a été réalisée sur un compte au Kenya, un aux Philippines et un aux États-Unis.
(https://lafibre.info/images/doc/202311_amnesty_international_tiktok_encourage_les_idees_suicidaires_1.webp)
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6 Conclusion : Le numérique, pour être promoteur d’égalité chez les enfants, doit être accompagné
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_resume_parents_1.avif)
La fracture numérique n’est pas le seul fait de l’accès ou non aux équipements, de l’accès ou non au savoir. L’égalité réelle se déplace vers la capacité des familles à accompagner ou non les enfants dans leurs pratiques et leurs usages numériques.
Les enfants et les adolescents qui sont en pleine construction de leur identité et de leur rapport au monde, les procédés addictifs et enfermants sont un vrai danger.
Les réseaux sociaux ont le potentiel de tout à la fois créer des bénéfices aux adolescents, et nuire à leur santé mentale. Face à l’enfermement algorithmique, à l’amplification des représentations et stéréotypes et violences sexistes et sexuelles, les enfants, qui ne doivent pas être laissés seuls face à ce façonnement des réalités et de leurs comportements sociaux. Il est impératif de pouvoir déconstruire en temps réel ces représentations, et de se doter d’une ambition à hauteur de ces alertes en matière d’éducation.
La Commission insiste enfin sur l’importance qu’il y aurait à ses yeux à ce que les jeunes de moins de 15 ans, encore trop jeunes donc pour accéder aux réseaux sociaux, puissent toutefois autant que possible bénéficier d’un accompagnement préalable. Ces moments de « préparation » à leur future rencontre avec les réseaux sociaux doivent être à la hauteur des enjeux, afin de ne pas arriver complètement démunis à l’âge de la majorité numérique (15 ans). Cela devra être construit et proposé dans le cadre, notamment, des mesures envisagées en termes de formation, de sensibilisation et de préparation des jeunes au numérique.
6.1 Tableau récapitulatif des propositions des 29 propositions
(https://lafibre.info/images/doc/202404_enfants_et_ecrans_29_propositions.webp)
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6.2 Parler de numérique avec les enfants
En lien avec les recommandations d’accompagner les enfants dans leurs pratiques et leurs usages numériques, voici des conseils pour entamer une discussion avec les jeunes.
(https://lafibre.info/images/doc/202404_internetmatters_conversation_enfant.webp)
Démarreurs de conversation pour comprendre la vie en ligne de votre enfant (source : Internet Matters (https://www.internetmatters.org/fr/resources/guide-to-encourage-kids-to-share-their-digital-lives/))
• Réputation en ligne :
◦ Comprendre comment l’activité en ligne crée une « empreinte numérique » qui dure pour toujours ;
◦ Être un bon citoyen numérique, par exemple traiter des personnes comme si vous étiez face à face ;
◦ Réfléchir avant de poster.
• Pensée critique :
◦ Leur faire prendre conscience que certaines personnes se cachent derrière de faux profils ;
◦ Être critique sur ce qu’ils voient en ligne, car tout n’est pas vrai ;
◦ Convenir de limites numériques pour leur permettre de prendre des décisions en connaissance de cause.
• Sécurité personnelle :
◦ Protection des informations confidentielles sur les appareils et les applications qu’ils utilisent via les paramètres de confidentialité ;
◦ À quoi ressemble un bon profil de média social ;
◦ Créez des mots de passe forts pour chaque compte en ligne.
• Résoudre les problèmes en ligne :
◦ Outils et stratégies pour faire face aux problèmes auxquels ils peuvent être confrontés en ligne, tels que la cyberintimidation ou la visualisation de contenu inapproprié ;
◦ Où et comment signaler un problème – les encourager à parler à un adulte.
• Le meilleur du net :
◦ Ce qu’ils aiment le plus à propos de leurs applications ou sites préférés ;
◦ Les sites et les applications les plus cools parmi leur groupe d’amis ;
◦ Parler de choses en ligne que vous pouvez apprécier ensemble et des moyens de rester impliqué dans leur monde numérique.
Guide « Internet, comment accompagner et protéger votre enfant sur internet » de la Fédération Française des Télécoms (https://www.fftelecoms.org/app/uploads/2024/02/FFTelecoms-Guide-parents-accompagner-son-enfant-sur-Internet.pdf) (février 2024), qui donne des conseils pour activer le contrôle parental, encadrer l’usage de l’internet et sur ce qu’il faut faire en cas de cyberharcèlement.
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202402_fftelecoms_internet_comment_accompagner_son_enfant_sur_internet.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202402_fftelecoms_internet_comment_accompagner_son_enfant_sur_internet.pdf)
6.3 Supports gratuits pour intéresser votre enfant à l’information, sans l’exposer à du contenu violent
• Vidéo : ARTE Junior (https://www.arte.tv/fr/videos/info-et-societe/junior/), dédié aux enfants de 6 à 12 ans. Contenu intelligent, curieux et ouvert sur le monde, sans publicité. Ensuite Le Dessous des Cartes (https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014036/le-dessous-des-cartes/) (Quotidien, produit par Arte) à partir de 10 ans.
(https://lafibre.info/images/logo/logo_arte_dessous_des_cartes.webp)
• Podcast : Salut l’info ! (https://www.franceinfo.fr/replay-radio/salut-l-info/) (Hebdomadaire, produit par France Info / Astrapi) et Le Quart d’heure d’Actu (https://www.bayardeducation.com/le-quart-d-heure-actu/) (Quotidien, produit par MK2 / Bayard) 6 minutes d’information.
(https://lafibre.info/images/logo/logo_franceinfo_salut_l_info.avif)
• Informatique : PrimTux (https://primtux.fr/) système d’exploitation Linux dédié à l’apprentissage (de 3 à 11 ans), conçu par des pédagogues, pour l’école et la maison. PrimTux est recommandé par l’Éducation Nationale.
Les points forts de PrimTux
1. Des environnements adaptés par âge L'interface change selon le niveau de l'enfant
• Mini (3-6 ans / Cycle 1) : Très visuel, rose, avec des icônes simplifiées.
• Super (6-8 ans / Cycle 2) : Jaune, introduit plus de fonctionnalités.
• Maxi (8-11 ans / Cycle 3) : Rouge, ressemble plus à un bureau classique pour préparer l'entrée au collège.
• Prof : Un accès sécurisé pour l'administration et la préparation des cours.
2. Sécurité et protection
• Filtrage Web : Intègre par défaut Qwant Junior et un dispositif de filtrage pour éviter que les enfants ne tombent sur du contenu inapproprié.
• Pas de publicité : Contrairement aux tablettes classiques, l'environnement est totalement protégé des sollicitations commerciales.
3. Une logithèque impressionnante PrimTux arrive "clés en main" avec prés de 300 logiciels éducatifs préinstallés, couvrant toutes les matières
Liste et descriptif des logiciels inclus dans PrimTux 8 : (cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/linux/202404_primtux8_liste_logiciels.avif) (https://lafibre.info/images/linux/202404_primtux8_liste_logiciels.pdf)
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Grandir et vivre avec les écrans : quels impacts sur la santé mentale ?
Ce colloque s’est tenu le mardi 10 février 2026 au Ministère de la Santé. Il a réuni experts scientifiques, institutions publiques et acteurs associatifs autour de tables rondes pour partager constats, analyses et solutions concrètes, dans le prolongement des travaux engagés depuis le rapport « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu ».
🎯 Objectif : éclairer les enjeux, valoriser les actions existantes et ouvrir des pistes concrètes pour mieux accompagner et protéger les jeunes face à des usages numériques de plus en plus précoces.
Synthèse que j'ai réalisée en version PDF - c'est le même contenu qui est repris ci-dessous : (cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202602_grandir_et_vivre_avec_les_ecrans_impacts_des_reseaux_sociaux_sur_la_sante.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_grandir_et_vivre_avec_les_ecrans_impacts_des_reseaux_sociaux_sur_la_sante.pdf)
Introduction du colloque par Sarah Saubermont, directrice générale adjointe à la santé
(https://lafibre.info/images/doc/202502_grandir_et_vivre_avec_les_ecrans.avif)
Diagnostique de santé publique France :
• 15 % des enfants de 6 ans ont une tablette ;
• 1 enfant sur 4 de la tranche 9 -11 ans utilisent les réseaux sociaux ;
• 1 enfant sur 2 a un smartphone à 11 ans ;
• Les enfants et adolescents passent en moyenne cinq heures par jour devant les écrans.
Le rapport « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu » (2024) est considéré comme une boussole.
La puissance publique doit agir simultanément pour faire évoluer le cadre de régulation :
• Augmenter la responsabilité des plateformes. Les algorithmes addictifs de TikTok pourraient contrevenir aux règles de l’UE ;
• Pas de smartphone au collège ;
• Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ;
• Fermeture des ENT le soir, pour éviter l’hyperconnexion des jeunes ;
• Diffuser les bonnes pratiques (notamment les repaires sur les usages en fonction des ages).
Replay du colloque :
(https://lafibre.info/images/doc/202502_grandir_et_vivre_avec_les_ecrans_video.avif) (https://www.youtube.com/watch?v=iDPVybbT6J8)
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Présentation du professeur Hoertel : Modèle de micro-simulation pour évaluer l'impact des réseaux sociaux sur le risque de dépression chez les adolescents en France
Sous la coordination du professeur Nicolas Hoertel, les équipes du service de psychiatrie de l’hôpital Corentin-Celton AP-HP, de l’Université Paris Cité, de l’Inserm et de l’Institut de psychiatrie et neuroscience de Paris, ont développé un modèle de micro-simulation pour évaluer l'impact des réseaux sociaux sur le risque de dépression chez les adolescents en France. Cette étude, dont les résultats ont été publiés le 21 octobre 2025 dans PLOS Medicine (https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1004737), révèle qu’un usage excessif des réseaux sociaux serait associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les jeunes nés entre 1990 et 2012.
(https://lafibre.info/images/doc/202602_aphp_reseaux_sociaux_600000_cas_supplementaires_de_depression_chez_les_adolescents_francais_1.avif)
En France, la prévalence annuelle de la dépression caractérisée chez les adolescents a fortement augmenté ces dernières années, passant de 2 % en 2014 à 9 % en 2021, une tendance particulièrement marquée chez les adolescentes. Les filles sont en effet plus exposées sur les réseaux sociaux (les filles utilisent plus les réseaux sociaux que les garçons comme le montre le graphique ci-dessous, elles utilisent davantage des réseaux sociaux fondés sur le partage d’images et sur la mise en scène de soi, elles subissent davantage de pression sociale liée aux stéréotypes de genre, elles sont plus souvent cyberharcelées que les garçons et elles semblent accorder plus d’importance aux contenus des réseaux sociaux, avec un engagement émotionnel plus marqué).
Cette évolution s’accompagne d’une augmentation rapide du temps passé sur les réseaux sociaux, estimé à 2 h 12 par jour en moyenne en 2021.
(https://lafibre.info/images/doc/202602_aphp_reseaux_sociaux_600000_cas_supplementaires_de_depression_chez_les_adolescents_francais_2.avif)
Les chercheurs ont développé une approche innovante de modélisation avec un modèle de micro-simulation inédit fondé sur les données démographiques françaises de 18,6 millions d’adolescents nés entre 1990 et 2012 et suivis entre 2000 et 2022. Ce modèle intègre 95 paramètres, tels que les habitudes d’utilisation des réseaux sociaux et les facteurs de risque classiques de dépression (adversités durant l'enfance et l'adolescence, pathologies chroniques, inactivité physique, obésité ou usage de substances). La validation de ce modèle a été réalisée sur des données américaines prospectives indépendantes.
(https://lafibre.info/images/doc/202602_aphp_reseaux_sociaux_600000_cas_supplementaires_de_depression_chez_les_adolescents_francais_5.avif)
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Les résultats de ces simulations montrent que l’usage excessif des réseaux sociaux serait associé, chez cette génération d’adolescents, à :
• 590 000 cas supplémentaires de dépression au cours de leur vie (intervalle de crédibilité à 95 % : 400 000 – 760 000) ;
• 799 décès par suicide supplémentaires (intervalle de crédibilité à 95 % : 547 – 1 028) ;
• 137 000 années de vie en bonne santé perdues (intervalle de crédibilité à 95 % : 94 000 - 176 000) ;
• 3,94 milliards d’euros de coûts économiques et sociaux liés à ces troubles (intervalle de crédibilité à 95 % : 2,70-5,07).
(https://lafibre.info/images/doc/202602_aphp_reseaux_sociaux_600000_cas_supplementaires_de_depression_chez_les_adolescents_francais_3.avif)
Ces chiffres soulignent l’enjeu majeur de santé publique que constitue l’impact des médias sociaux sur la santé mentale.
À partir de ces résultats, les chercheurs ont testé plusieurs pistes concrètes de prévention :
• La limitation de l’usage des réseaux sociaux à 1 heure par jour pourrait réduire la prévalence cumulée de la dépression de 14,7 % ;
• Le remplacement de 30 minutes de réseaux sociaux par 30 minutes d’activité physique permettrait une baisse de cette même prévalence de 12,9 % ;
• L’arrêt complet des réseaux sociaux pour les 8,5 % d’adolescents les plus à risque pourrait réduire cette même prévalence de 12,0 %.
(https://lafibre.info/images/doc/202602_aphp_reseaux_sociaux_600000_cas_supplementaires_de_depression_chez_les_adolescents_francais_4.avif)
À noter, toutefois, que cette micro-simulation ne permet pas d’établir un lien causal direct et repose sur des mesures d'exposition basées uniquement sur la durée d'utilisation, sans capturer le type de contenu consulté ou la nature de l'interaction entre utilisation active et passive. Elle représente néanmoins le plus haut niveau de preuve scientifique accessible pour étudier cette question, les essais cliniques randomisés à long terme n'étant pas réalisables pour des raisons éthiques et logistiques.
Les résultats suggèrent fortement que l’usage excessif des réseaux sociaux a contribué de manière substantielle à la hausse récente de la dépression chez les jeunes en France et qu’il est essentiel de renforcer l'information et les mesures de prévention ciblées pour les enfants et adolescents, particulièrement ceux à risque de dépression.
Cette étude, promue par l’AP-HP, a été menée en collaboration avec des équipes de Columbia University (New York, États-Unis), National Institute on Drug Abuse et de Public Health Expertise.
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Présentation de l’Anses : Sécuriser les usages des réseaux sociaux pour protéger la santé des adolescents
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_1.avif)
Le développement extrêmement rapide des usages des réseaux sociaux numériques par les adolescents suscite des préoccupations croissantes. L’Anses a mené une expertise scientifique collective approfondie des risques sanitaires associés à ces usages. Elle identifie de nombreux risques possibles, en particulier pour la santé mentale des adolescents. Les réseaux sociaux tels que conçus aujourd’hui pour capter l’attention et maintenir l’engagement exploitent les vulnérabilités propres à cet âge.
En France, un adolescent sur deux passe entre deux et cinq heures par jour sur un smartphone, souvent pour s’y connecter aux réseaux sociaux numériques, une pratique de plus en plus répandue et fréquente. Selon le baromètre du numérique 2025, 58 % des 12-17 ans déclarent consulter quotidiennement les réseaux sociaux. La plupart y publient leurs propres contenus ou partagent et commentent ceux des autres.
Les chiffres de l'Arcom (publication de novembre 2024) sont cités. Le temps passé par les ados sur les très grandes plateformes et moteurs de recherche (VLOPSEs) est détaillé par application.
Le VLOPSEs (Very Large Online Platforms Search Engines) sont définis et désignés par la Commission européenne dans le cadre du Règlement sur les Services Numériques (DSA - Digital Services Act). C'est la Commission européenne qui détient le pouvoir exclusif de désignation, quand elle dépasse 45 millions d'utilisateurs mensuels actifs dans l'Union européenne (10 % de la population européenne).
Liste des VLOPSEs en 2026 : AliExpress, Amazon Store, App Store, Pornhub, Booking.com, Google Search, Google Play, Google Maps, Google Shopping, YouTube, Shein, LinkedIn, Facebook, Instagram, Bing, XNXX, Pinterest, Snapchat, Stripchat, TikTok, X (ex Twitter), Temu, XVideos, Wikipedia, Zalando.
(https://lafibre.info/images/doc/202411_arcom_observatoire_audience_plateformes_en_ligne_1.webp)
Le modèle économique des réseaux sociaux vise à maximiser le temps d’utilisation à des fins commerciales. L’objectif est de vendre à la fois des espaces publicitaires et des données sur les préférences et habitudes des utilisateurs. Les entreprises qui développent les réseaux sociaux mettent donc en œuvre des stratégies de captation de l’attention visant à maintenir l’engagement des utilisateurs le plus longtemps possible. Ces stratégies s’appuient sur des dispositifs incitatifs puissants comme des interfaces manipulatrices (dark patterns) et des algorithmes qui proposent des contenus ultra personnalisés. Ces algorithmes peuvent générer un “effet spirale” où les utilisateurs se voient enfermés dans des contenus de plus en plus ciblés, parfois extrêmes.
(https://lafibre.info/images/doc/202411_arcom_observatoire_audience_plateformes_en_ligne_2.webp)
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Les experts ont étudié les mécanismes utilisés par les réseaux sociaux pour capter l’attention des adolescents. « Pour évaluer les effets des réseaux sociaux sur la santé, il était important d’aller plus loin que le temps passé sur les réseaux, et de considérer ce que font réellement des adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel » explique Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise.
(https://lafibre.info/images/doc/202411_arcom_observatoire_audience_plateformes_en_ligne_3.webp)
Observatoire de l'audience des plateformes en ligne de l'Arcom :
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202411_arcom_observatoire_audience_plateformes_en_ligne.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202411_arcom_observatoire_audience_plateformes_en_ligne.pdf)]
Baromètre du numérique 2026 :
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202602_barometre_du_numerique_edition_2026.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_barometre_du_numerique_edition_2026.pdf)
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L’Anses recommande donc que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé.
« L’adolescence est une période sensible dans le développement et la construction de l’identité individuelle et sociale. Les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux » expliquent les experts.
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_2.avif)
De nombreux effets sur la santé identifiés, en particulier dans le champ de la santé mentale.
• Altération du sommeil : En maximisant le temps passé sur les réseaux sociaux, l’heure du coucher est retardée et le processus d’endormissement peut être perturbé, ce qui va entraîner une altération du sommeil. Un sommeil de mauvaise qualité provoque notamment une somnolence la journée, de l’irritabilité, de la tristesse et peut favoriser des symptômes dépressifs.
• Dévalorisation de soi : Les échanges de contenus visuels centrés sur l’apparence physique, au travers d’images retouchées ou non, peuvent altérer l’image de son corps. Ces pratiques, associées aux injonctions sociales à se conformer à des idéaux corporels, peuvent exacerber les troubles alimentaires. De plus, l’expertise confirme que l’exposition sur les réseaux à des contenus fictifs ou idéalisés peut engendrer une dévalorisation de soi et constitue donc un terrain fertile pour l’émergence de symptômes dépressifs.
• Comportements à risques : Les algorithmes de personnalisation de contenu amplifient l’exposition à des contenus pouvant porter sur des comportements à risques comme des troubles alimentaires, l’automutilation, la consommation de drogues ou des tentatives de suicide.
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_3.avif)
- Exposition aux cyberviolences : Les cyberviolences et le cyberharcèlement (insultes, rumeurs, exclusion, chantage ou encore diffusion d’images intimes sans consentement) ont des répercussions sur la santé mentale. L’anonymat et la facilité de diffusion des menaces amplifient l’engagement dans la cyberviolence.
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_4.avif)
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Les filles plus exposées sur les réseaux sociaux
L’expertise montre que sur l’ensemble de ces effets, les filles sont plus impactées que les garçons. Ce constat s’explique par plusieurs facteurs :
• les filles utilisent plus les réseaux sociaux que les garçons ;
• elles utilisent davantage des réseaux sociaux hautement visuels fondés sur l’échange et le partage d’images et sur la mise en scène de soi ;
• elles subissent davantage de pression sociale liée aux stéréotypes de genre ;
• elles sont plus souvent cyberharcelées que les garçons ;
• elles semblent aussi accorder plus d’importance aux contenus des réseaux sociaux numériques, avec un engagement émotionnel plus marqué.
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_5.avif)
Les plateformes doivent garantir des réseaux respectueux de la santé des mineurs.
Pour protéger la santé des adolescents, l’Anses préconise d’agir en priorité à la source des usages délétères des réseaux sociaux. Elle recommande donc que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé.
Cela implique également une révision en profondeur des principes de fonctionnement des réseaux sociaux : ne pas avoir recours aux techniques d’interfaces manipulatrices, interdire la diffusion de contenus délétères pour la santé (conduites à risques, jeux d’argent, régimes alimentaires extrêmes, contenus violents, pornographiques, haineux, harcèlement, etc.), limiter l’amplification de contenus préjudiciables à la santé, encadrer les fonctionnalités destinées à augmenter, maintenir ou étendre l’utilisation du service par l’utilisateur.
L’Agence rappelle d’ailleurs qu’il incombe aux plateformes de garantir des services de réseaux sociaux qui préservent la santé des utilisateurs mineurs. Faire respecter cette responsabilité implique des mesures réglementaires et des actions de contrôle robustes. À cette fin, l’Anses souligne l’importance d’œuvrer au respect du Règlement européen sur les services numériques (https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/digital-services-act.html) (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024.
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents_6.avif)
Lire l'avis et rapport de l'Anses sur les usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents : (si le fichier ne fait que 7 Mo, il comporte pas moins de 562 pages)
(cliquez sur la miniature ci-dessous - le document est au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202601_anses_usages_des_reseaux_sociaux_et_sante_des_adolescents.pdf)
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Présentation du PEReN : exploration des fonctionnalités engageantes des plateformes numériques utilisées par les mineurs
Les plateformes numériques, en particulier les réseaux sociaux, qui cherchent à maximiser l'attention de leurs utilisateurs pour générer des revenus, déploient des mécanismes conçus pour encourager une utilisation fréquente et prolongée de leurs services, susceptibles de nuire au bien-être des utilisateurs, en particulier des mineurs.
Ces pratiques soulèvent des préoccupations majeures eu égard à la manipulation en ligne des comportements des utilisateurs, notamment mineurs, et aux conséquences spécifiques sur leur développement physique, mental et social.
Le PEReN a réalisé une étude technique pour caractériser les principales fonctionnalités engageantes (visant à prolonger le temps passé sur le service) mises en œuvre par les plateformes numériques et qui impactent les mineurs.
Objectif : Éclairer le débat autour des fonctionnalités et conceptions des plateformes numériques qui seraient préjudiciables aux mineurs en les regroupant selon différents critères pour faciliter leur analyse et les réflexions sur les possibilités de paramétrage visant à assurer un usage plus sûr des plateformes par les mineurs.
(https://lafibre.info/images/doc/202512_peren_exploration_des_fonctionnalites_engageantes_des_plateformes_numeriques_1.avif)
Les dark patterns sont un exemple d’un design persuasif, avec l’objectif d’inciter l’utilisateur à accomplir une action qu’il n’aurait pas effectuée sinon.
Le « Feature fog » désigne les modèles d'interface utilisateur qui induisent l'inconscience en réduisant l'autonomie du contrôle du temps passé par l'utilisateur. Ces modèles d'interface utilisateur sont conçus de manière que l'utilisateur soit moins en mesure d'obtenir un retour d'information sur le temps passé lors d'une session de visionnage. Par exemple, la fonction « temps écoulé » qui permet à l'utilisateur de contrôler le temps écoulé depuis le début de la vidéo est absente de Netflix.
Le « Extrême countdown », soit « compte à rebours extrême » fait référence aux modèles d'interface utilisateur dotés d'une minuterie et qui s'exécutent automatiquement s'ils ne sont pas interrompus dans un court laps de temps.
(cliquer sur la photo pour zoomer)
(https://lafibre.info/images/doc/202512_peren_exploration_des_fonctionnalites_engageantes_des_plateformes_numeriques_2.avif)
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Dans le tableau ci-dessous, le PEReN a :
1) répertorier un ensemble de fonctionnalités présentes sur les applications de réseaux sociaux (TikTok, Snapchat, YouTube, Instagram, Pinterest, X, BeReal) et de jeux immersifs (Roblox) ;
2) regrouper ces fonctionnalités selon différents critères pour faciliter leur analyse, dans le cadre des débats réglementaires et législatifs sur les possibilités de paramétrage dans une perspective d’un usage d’internet plus sûr pour les mineurs.
Colonne « Phase » : Les fonctionnalités peuvent être groupées en fonction de la phase d’utilisation de l’application :
• les fonctionnalités utilisées pour l’initialisation de l’usage, par exemple, l’expérience ludique de création d’avatar (Bitmoji) lors de la création d’un compte sur Snapchat. Ce groupe de fonctionnalités a pour objectif de fidéliser l’utilisateur, prolonger le temps moyen d’une première visite et l’intéresser dès ses premiers instants sur l’application ; en effet une part importante des applications ne sont lancées qu’une unique fois par les utilisateurs. Il est donc capital pour un développeur de préparer une première expérience fluide et engageante ;
• les fonctionnalités utilisées pour induire une récurrence de l’usage, par exemple, les notifications. Ce deuxième ensemble de fonctionnalités a pour objectif de faire revenir les utilisateurs sur l’application en leur rappelant par différentes manières son existence ;
• les fonctionnalités utilisées pour la prolongation de l’usage, par exemple, le scroll infini ou une messagerie. Ce groupe de fonctionnalités sert à garder l’utilisateur sur la même application plus longtemps.
Colonne « Catégorie de fonctionnalité » : il y a une grande diversité de fonctionnalités qui peuvent être groupées par « type » de fonctionnalité :
• Gamification : des fonctionnalités ludiques pour « gamifier » l’usage, comme l’existence de récompense, de badge de récompense, de barres de progression ou encore l’usage des filtres pour photos ou vidéos ;
• Signal d’attention : des fonctionnalités qui servent à attirer l’attention et rappeler l’existence d’une application d’une façon récurrente, comme les notifications ;
• Bundling : des fonctionnalités pratiques qui ne sont pas liées à l’objectif principal d’une application, comme les services de messageries intégrés dans une application type réseau social (Inbox sur TikTok), ou l’intégration d’un assistant IA (myAI sur Snapchat) ou encore le déploiement d’une place de marché (TikTok Shop ou Snap store) ;
• Personnalisation : des fonctionnalités qui servent à offrir une expérience différente en fonction des intérêts de chaque utilisateurs, comme la personnalisation du fil des contenus sur TikTok (For You feed) ;
• Sociabilisation : des fonctionnalités qui servent à retrouver un cercle social déjà existant dans le monde physique ou une nouvelle communauté dans le monde virtuel (Find Friends sur Snapchat ou Friends of friends sur BeReal) ;
• Assimilation : des fonctionnalités qui servent à faciliter l’adoption immédiate d’une fonctionnalité essentielle d’une application et à rendre l’usage passif. Par exemple, l'Autoplay de YouTube rend la consommation de la plateforme passive. Ce n'est plus l'utilisateur qui choisit le contenu qu'il regarde, la plateforme affiche, potentiellement infiniment, du contenu à l'utilisateur. Les tutoriels interactifs peuvent également pousser l’utilisateur à assimiler un « geste » facilement – comme le Swipe sur TikTok.
(cliquer sur le tableau pour zoomer)
(https://lafibre.info/images/doc/202512_peren_exploration_des_fonctionnalites_engageantes_des_plateformes_numeriques_3.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202512_peren_exploration_des_fonctionnalites_engageantes_des_plateformes_numeriques_3.avif)
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(https://lafibre.info/images/doc/202512_peren_exploration_des_fonctionnalites_engageantes_des_plateformes_numeriques.avif)
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Présentation d'Internet Sans Crainte : un programme national de sensibilisation des jeunes au numérique
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Internet Sans Crainte propose des ressources numériques pédagogiques gratuites à destination des professionnels de l’éducation et des familles : éducation au numérique, sécurité en ligne, protection de la vie privée, cyberharcèlement, réseaux sociaux, impact environnemental du numérique, fabrique de l’information, parentalité numérique.
(https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_programme_de_sensibilisation_1.avif)
(https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_programme_de_sensibilisation_2.avif)
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(https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_programme_de_sensibilisation_3.avif)
Kit interactif primaire / collège / lycée à l'occasion du Safer Internet Day 2026 : Les écrans et toi, comment ça va ?
(cliquez sur les miniatures ci-dessous - les documents sont au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_kit_primaire.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_kit_primaire.pdf) (https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_kit_college_lycee.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202502_internet_sans_crainte_kit_college_lycee.pdf)
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Présentation de l'Association e-Enfance
(https://lafibre.info/images/logo/logo_e-enfance_3018.webp)
L’association est « signaleur de confiance » : statut récent (introduit par le DSA qui encadre l’usage des réseaux sociaux par les mineurs) conféré par l’Arcom à des structures qui ont une expérience et une indépendance dans le signalement.
• Contenu illicite ;
• Contenu préjudiciable (pas illicite, mais dangereux pour les mineurs).
Numéro de téléphone 3018 (https://e-enfance.org/le3018/) pour signaler les violences numériques (hors et en ligne). Ouvert 7j/7, de 9h à 23h. 30 écoutants professionnels et 5 encadrants. 115 000 appels chaque année (en augmentation). Application "3018" pour Android et iOS qui permet de stocker des preuves.
L’association remonte que de plus en plus d’utilisateurs très jeunes (7-8 ans) sont victimes de violence numérique.
Les mineurs sont des victimes faciles pour abuser (piratage de compte, hameçonnage, vol d’identité, deek fake sexuel, pédocriminalité).
Les réseaux sociaux et les jeux vidéos sont des portes d’entrée. Le prédateur peut inciter le jeune à changer de réseau, pour un réseau moins surveillé / sécurisé.
L’association intervient sur tous les fronts de la vie digitale des jeunes. Son objectif est double : prévenir les risques et guérir quand le mal est fait. Le nom « contrôle parental » n’est pas bon. Il faut co-construire les limites avec l’enfant. Ne pas oublier de débrider les choses au fur et à mesure que l’enfant grandit.
Elle traite principalement :
• Le cyber-harcèlement (insultes, menaces, exclusion).
• L’exposition à la pornographie et aux contenus violents.
• Le chantage à la webcam (sextorsion).
• L’addiction aux écrans et aux jeux vidéo.
• L'usurpation d'identité en ligne.
Au-delà de l'urgence, e-Enfance agit sur le terrain pour éduquer :
• Interventions scolaires : Ils sensibilisent des milliers d'élèves, de parents et d'enseignants chaque année.
• Études : L'association publie régulièrement des baromètres sur le harcèlement scolaire et cyber pour alerter les pouvoirs publics.
• Conseils aux parents : Ils fournissent des guides pratiques sur le contrôle parental et le paramétrage des consoles ou smartphones.
(https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_parents_1.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_parents_2.avif)
Fiches conseils pour les parents (à gauche) pour les enfants (à droite) : (cliquez sur les miniatures ci-dessous - les documents sont au format PDF)
(https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_parents.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_parents.pdf) (https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_enfants.avif) (https://lafibre.info/images/doc/202602_e-enfance_safer_internet_day_fiches_conseils_enfants.pdf)
Un rapport de transparence est réalisé (et imposé à tous les « signaleur de confiance »). Premier rapport pour e-Enfance au S1 2026.
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La solution c’est l’interdiction pour les mineurs. Qui aura le courage politique de le dire ?